• Il y a urgence à rétablir l'équilibre du commerce mondial

    Il y a urgence à rétablir l'équilibre du commerce mondial

                Parfois, les crises ont d'étonnantes vertus curatives. A l'occasion d'une allocution donnée, mardi 19 janvier, le gouverneur de la Banque d'Angleterre (BOE), Mervyn King, a fait remarquer que, pour l'instant, ce n'était pas vraiment le cas du dernier séisme financier en date.

    On aurait pourtant aimé voir cette crise régler le problème posé par l'accumulation des avoirs libellés en devises. Chaque balance commerciale en déséquilibre contribue à les faire s'entasser les uns sur les autres, telle une tour dont les briques ne seraient pas cimentées. En 2008, les pays à forte épargne ont ajouté des briques au rythme de 1 000 milliards de dollars, soit l'équivalent de 2 % du produit intérieur brut mondial.

    Problème politique

    Mais voilà, le monde n'offre pas assez de placements sûrs pour absorber tout cet argent. C'est ainsi que la tour a tendance à tanguer sous l'effet des variations rapides des taux de change et du cours des actifs sur les marchés, et qu'elle pourrait finir par s'écrouler tout à fait. Plus elle continue de s'élever, plus les chances d'assister à une chute vertigineuse augmentent. Elle a réussi à résister à la grande crise du crédit. Le dollar a été laminé, mais reste la monnaie de réserve internationale. Si le déficit commercial américain a régressé, il garde des proportions dangereuses, et commence même à s'accroître de nouveau. Les réformes du secteur financier qui se discutent en ce moment ont beau être nécessaires, elles seront impuissantes à renforcer l'assise de la fameuse tour.

    M. King rejette la responsabilité de l'existence d'un édifice aussi instable sur les pays qui pratiquent des " stratégies économiques " différentes. Une façon polie de dire que la Chine et tous les autres grands pays exportateurs ne veulent pas changer de politique pour participer à la réduction des excédents commerciaux, tandis que, de leur côté, Américains et Britanniques préfèrent s'endetter pour continuer à consommer.

    La tour grimpe depuis la fin des années 1960, quand le système institué par les accords de Bretton Woods, qui avaient arrimé les devises au dollar et le dollar à l'or, a commencé à donner des signes de défaillance. A l'époque, après vingt ans de paix et de prospérité grandissante, les Etats se sont montrés de plus en plus réticents à sacrifier l'intérêt national sur l'autel de l'intérêt collectif mondial.

    Quarante ans et une ribambelle de crises financières transfrontalières plus tard, les décisions drastiques qui s'imposent pour rééquilibrer les échanges " brillent toujours par leur absence ", pour reprendre les termes de M. King, qui soutient à juste titre que le problème n'est pas technique, mais politique. Il ne reste plus qu'à espérer avec lui que le G20 n'aura pas besoin d'une nouvelle crise - plus grave encore - pour admettre que " la coopération est plus profitable que l'affrontement ".

    Sur Breakingviews.com

    Edward Hadas

    (Traduction de Christine Lahuec)


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