• « Jusqu’ici, la crise a eu un effet de désintégration sur l’Europe » Tommaso Padoa-Schioppa

    Interview

    Tommaso Padoa-Schioppa ancien ministre italien des Finances, président de Notre Europe

    « Jusqu’ici, la crise a eu un effet de désintégration sur l’Europe »  

     

    Pensez-vous que les Européens ont tiré les leçons de la crise ?

    Je pense que l’Europe, comme les autres régions du monde, n’a tiré que des leçons superficielles, sans s’attaquer aux causes profondes. La crise a en effet plusieurs couches : la plus visible a été constituée par la panique des marchés, mais, au dessous, il y avait la bulle financière et, au fond, les déséquilibres d’un modèle de croissance fondé sur la consommation et l’endettement. Nous sommes sortis de la panique, mais l’on peut craindre que d’autres bulles réapparaissent du fait de la surabondance de liquidités aggravée par les politiques monétaires expansionnistes. Mais une question reste posée : va-t-on reprendre le même modèle de croissance ou s’engager sur une autre voie ?

    Vous montrez dans votre dernier livre (1) que l’Europe n’a pas su réagir à la tempête.

    L’Europe souffre d’un désavantage : elle n’est construite qu’à moitié. La crise a révélé cette faiblesse. Ou elle en sortira désagrégée ou le choc provoquera une accélération de son intégration. Jusqu’ici, l’effet de désintégration a été le plus fort. Les secteurs les plus frappés ont été secourus par des politiques nationales et même nationalistes. On a re-fragmenté un marché qui était en train de s’unifier. Les soutiens à l’automobile ont été décidés sur le plan national et la politique européenne de la concurrence a été mise à mal. Il a manqué une réponse unique. Le rapport de Larosière sur la supervision bancaire en Europe, repris par la Commission, essaie de tirer l’Europe vers plus d’intégration. Mais il est trop tôt pour dire laquelle des deux forces va l’emporter.

    Comment éviter cette désintégration ?

    Je crois qu’il faut que le Parlement européen exerce un rôle très fort et que les pays qui ont la volonté d’apporter des solutions plus ambitieuses soient disposés à l’appliquer en avant-garde du reste de l’Europe.

    A propos du Conseil des ministres de l’Union européenne, vous parlez du « cartel des nationalismes ». Pourquoi ?

    Je l’ai constaté en tant que ministre. Très souvent, la décision sécrétée par le Conseil des ministres est une décision de ne pas agir ensemble.

    Alors c’est la Commission qui a manqué à l’appel ?

    Il est vrai que la Commission Barroso a été particulièrement hésitante à prendre le risque de faire des propositions sans avoir la certitude qu’elles seraient acceptées par le Conseil. Je pense qu’elle devrait prendre plus souvent le risque d’une défaite et proposer ce qui est dans l’intérêt commun.

    Est-ce que vous êtes néanmoins confiant dans le fait que la croissance puisse repartir durablement ?

    Je pense que le modèle de croissance des pays qui vivent dans l’opulence doit être corrigé. Il faut accepter le fait que les pays riches ne reviendront pas à leur croissance d’avant la crise.

    Etes-vous favorable à une taxation des transactions financières ?

    Une partie de la spéculation est devenue hypertrophiée et nuisible. Une taxe pourrait corriger ce défaut, même s’il y a d’autres idées comme la séparation entre banques commerciales et banques d’investissement ou l’augmention des fonds propres. Mais la taxe est envisageable. Ce qu’il faut éviter c’est d’en parler sans rien changer ou de faire des réformes contradictoires entre les différentes parties du monde.

    PROPOS RECUEILLIS PARCATHERINE CHATIGNOUX

    (1) « Contre la courte vue ». Entretiens sur le Grand Krach. Editions Odile Jacob. Tommaso Padoa-Schioppa.

    Voila une analyse réaliste sur l’Europe. A mon sens tous s’y trouve( les menaces, comme les possibilités d’avancer) . Pourquoi on n’écoute pas ?

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