• L'annee de la "Grande Falaise"

    L’analyse de jean-marc vittori

    L’année de la   « Grande Falaise »  
     

    Une chute vertigineuse, à couper le souffle. Dans l’économie mondiale, 2009 fut d’abord un effondrement phénoménal. De la confiance, de la Bourse, des échanges, de la production. En six mois, la valeur des exportations mondiales de marchandises a chuté de 38 %. A en croire les experts, la dégringolade a été plus brutale que dans les années 1930. L’indice CAC 40 des grandes entreprises françaises a perdu 23 % entre le 1er janvier et le 9 mars, une pente encore plus forte que fin 2008. A l’échelle de la planète, le patrimoine des individus a dévissé de plus de 10.000 milliards de dollars ! La production industrielle française, elle, a perdu 20 % en un an. Là aussi, la correction a été encore plus sévère que dans les années 1930.L’année 2009, c’est la grande falaise d’Etretat. Alors que la déprime du début des années 2000 ressemblait à la plage du Touquet – une très lente descente où l’économie française était restée sur un îlot de sable alors que celle des Etats-Unis ou de l’Allemagne était passée sous l’eau. Et la récession d’après le choc pétrolier, en 1975, tenait plutôt du bord de mer à Granville – un talus pentu mais pas très élevé. Tout le monde n’est pas tombé de la grande falaise, ou pas de la même manière. Il y a d’abord eu ceux qui ont basculé d’un coup – pays, entreprises ou particuliers. Leur activité dépendait étroitement de la finance et donc du crédit : l’immobilier et l’automobile au premier plan, et les acteurs du commerce planétaire au second plan, des compagnies aériennes aux armateurs en passant par toute la chaîne logistique. Il y a eu ensuite tous ceux qui ont eu peur. Sans forcément perdre leur emploi ou leurs marchés, ils ont brutalement limité leurs achats au minimum vital. Dans les entreprises, le PDG, mué en directeur financier à l’ancienne, a coupé toutes les dépenses qui ne paraissent pas indispensables à court terme, comme les investissements ou la publicité. Dans les foyers, on a repoussé l’achat d’une nouvelle voiture et sabré le budget vacances lointaines. C’est sans doute ce réflexe, jouant pour la première fois à l’échelle de la planète, d’un seul coup, qui a provoqué la formation d’une pente à la fois aussi raide et aussi élevée. La « Grande Falaise » est la première crise du village-monde. Mais cet effondrement a déclenché deux mouvements en sens contraires, comme si une poussée d’Archimède pouvait aussi exister en économie. Le premier fut politique, presque instinctif : il fallait éviter la catastrophe des années 1930, où la passivité et les décisions absurdes ont transformé un krach financier en dépression globale. La réaction a commencé dès fin 2008 avec l’abaissement brutal des taux d’intérêt, le sommet de Washington et les premiers plans de relance, chinois ou français. Elle s’est poursuivie et approfondie en 2009 avec le plan Obama, l’achat de bons du Trésor par la Réserve fédérale, les avancées du sommet de Londres pour coordonner la réaction des grands pays et éviter la montée du protectionnisme. Le second mouvement fut technique, presque physique. Après le réflexe du blocage, il a bien fallu recommencer à acheter. Changer les ordinateurs défaillants au bureau, profiter de la prime à la casse pour changer la vieille R19, faire rentrer des poutres métalliques à l’entrepôt pour le chantier en cours…Ces deux mouvements ont provoqué une rupture dans la rupture. L’activité est repartie. Les industriels ont retrouvé le moral. A la « Grande Falaise » a brutalement succédé la plage. Rien que de très normal, au fond. Mais il y a un signe inquiétant : les économistes l’ont aussitôt baptisée « Grande Stabilisation ». C’est sans doute l’indice que les reliefs sont loin d’avoir disparu !La question désormais, c’est de savoir si la plage est constituée de sable dur, sur lequel on peut avancer puis commencer à rebâtir, ou de périlleux sables mouvants. L’impression change chaque jour, au gré des indicateurs publiés. Et le doute vient des moyens colossaux mis en œuvre pour arrêter la chute – moyens budgétaires (5.000 milliards de dollars à l’échelle mondiale dans les plans de relance et garanties bancaires) et moyens monétaires (taux d’intérêt pratiquement nuls et interventions exceptionnelles). Sans eux, que se passerait-il ?La « Grande Falaise » s’est formée à partir d’une trop forte accumulation de dettes privées dans les pays développés, financées à partir des colossales réserves de change accumulées par les pays émergents, Chine en tête. Pour arrêter la chute vertigineuse, ces pays ont constitué une formidable montagne de dette publique. En Europe, cet endettement (mesuré par son niveau rapporté au PIB) aura progressé de moitié en quatre ans ! L’an dernier, l’Etat islandais avec ses 300.000 habitants avait fait défaut. En cette fin 2009, c’est l’Etat grec et ses 11 millions de citoyens qui a frôlé la faillite. En 2010, des nations encore plus grandes pourraient avoir des difficultés. Au moment même où il deviendra pourtant évident que seule la dépense publique peut préserver l’activité dans un monde où particuliers comme entreprises veulent d’abord alléger leurs dettes ! Bienvenue dans l’année des sables.

    Jean-Marc Vittori est éditorialiste aux « Echos ».

    Oui la crise n’est pas finie et maintenant il faut agir pour que cela ne recommence plus.

    Mais l’action actuellement n’existe pas. Nous sommes passé très prés du gouffre, mais on l’a évité. Nous avons poussé un gros ouf de soulagement, mais nous continuons comme avant. Voila le problème.


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