• L’austérité est tout, sauf de rigueur

    L’austérité est tout, sauf de rigueur

    Sa timide réforme des retraites mise à part, le gouvernement français ne semble pas prêt à suivre l’exemple de ses voisins qui se serrent la ceinture, regrette The Economist.

    The Economist

    L’un après l’autre, les gouvernements de la zone euro préparent des plans d’austérité, dans l’espoir de rassurer des marchés obligataires très nerveux. Après la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande et l’Italie, l’Allemagne, pourtant solvable, a annoncé un train de mesures d’économies budgétaires. Le seul grand pays européen à n’avoir pas encore agi est la France, qui en aurait pourtant bien besoin. Paris pense avoir trouvé le moyen de maîtriser les finances publiques. Le 16 juin, le gouvernement français a dévoilé sa réforme des retraites, qui repoussera l’âge légal de la retraite de 60 à 62 ans d’ici à 2018. Le projet traduit, plutôt sérieusement, une détermination à agir sur le long terme. Mais, en termes budgétaires, ces dispositions n’auront qu’un impact limité dans l’immédiat. Même à long terme, l’âge de la retraite restera toujours plus tardif en France qu’en Grèce.

    Les Français ont également parlé de réduire les dépenses publiques par d’autres moyens. Quelques jours après l’annonce faite par Angela Merkel de son projet de réaliser 80 milliards d’euros d’économies d’ici à 2014, François Fillon a apparemment pris le dessus avec un chiffre de 100 milliards d’euros d’ici à 2013. Mais le Premier ministre n’a rien révélé de nouveau. Il a simplement parlé des économies que la France devrait faire pour tenir son engagement de ramener ses déficits à 3 % du PIB en 2013, contre 8 % cette année. Par ailleurs, il a soutenu allègrement que la moitié des économies serait obtenue grâce à la croissance économique. Le reste du plan est bien flou.

    Tant à droite qu’à gauche, on ne veut pas en parler

    Pourquoi ces réticences à agir ? Les esprits généreux répondront que Paris doute de l’opportunité d’opérer un tour de vis budgétaire de façon aussi prématurée. Au gouvernement, on craint qu’un plan d’austérité ne “tue la croissance”. Mais il est plus plausible que le gouvernement rechigne à dire aux électeurs qu’il faut tailler brutalement dans les dépenses, à deux ans de l’élection présidentielle. Le mot “rigueur” reste tabou tant à droite qu’à gauche. Il reste associé au douloureux plan mis en œuvre par François Mitterrand en 1983, après sa “rupture avec le capitalisme” qui avait provoqué l’effondrement de la monnaie nationale et creusé un déficit colossal. La classe politique est aussi hantée par le sort du l’ex-Premier ministre Alain Juppé, qui, en 1995, avait voulu réformer le système de protection sociale et de retraite. Des semaines durant, le pays avait été paralysé par les grèves, et la droite avait ensuite perdu les législatives de 1997, Juppé étant contraint à la démission. Avec près de 5 millions de fonctionnaires, soit près d’un actif sur cinq, la moindre baisse des salaires ou des avantages acquis fait descendre dans la rue des foules immenses. Nicolas Sarkozy a été élu sur la promesse de faire bouger les choses, mais la récession a tempéré son ardeur libérale. Abstraction faite de la réforme des retraites, il semble surtout soucieux de contenir le mécontentement social avant l’échéance électorale de 2012.

    L’ennui est que la réalité économique exige des mesures énergiques. Cette année, le déficit budgétaire de la France devrait atteindre 8 % du PIB, pas très loin des 9 % de la Grèce. La dette publique, à 84 % du PIB, atteint des niveaux préoccupants. Pour l’heure, les agences de notation financière continuent d’accorder leur meilleure note (AAA) à la dette souveraine française, ce qui permet au pays de continuer d’emprunter à taux réduit. L’économie française est diversifiée et la périphérie de la zone euro suscite assez d’inquiétudes pour que les obligations françaises fassent figure de valeurs refuges aux yeux des investisseurs. Mais l’écart de rendement avec les obligations allemandes se creuse et, en février, l’agence de notation Moody’s a prévenu que, en l’absence d’une consolidation, l’alourdissement de la dette mettrait en péril la note AAA. Tout est essentiellement un problème de crédibilité.

    Nicolas Sarkozy dit vouloir inscrire dans la Constitution l’obligation pour les gouvernements de maîtriser le déficit, comme en Allemagne. Mais cette clause mettrait du temps à produire ses effets, et nul ne sait dans quelle mesure elle serait contraignante. La vérité est de fait cruelle : aucun gouvernement français n’a présenté de budget équilibré depuis le début des années 1970. Comme le souligne Jacques Delpla, économiste au Conseil d’analyse économique, l’Etat français a vécu au-dessus de ses moyens même durant les années fastes, une défaillance qu’il juge “scandaleuse”.

    Et demain ?

    “La France se prépare à de grandes coupes budgétaires”, titre le Financial Times dans son édition du 21 juin. Le quotidien financier britannique, citant le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, annonce que des mesures d’économie “sérieuses et résolues” seront prises à l’automne.


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