• L’austérité, une aubaine pour la coopération militaire

    L’austérité, une aubaine pour la coopération militaire

    El País Madrid


    L'Airbus A400M, avion de transport militaire réalisé conjointement par plusieurs pays européens. AFP
     

    Paralysée par les intérêts nationaux, la coopération militaire européenne reste embryonnaire. Mais la crise économique pousse les États à rechercher des synergies et à mettre en commun leurs ressources et leurs infrastructures de défense.

    Andrea Rizzi

    La vague d'austérité qui déferle en Europe va durement frapper la défense. L'Allemagne planche sur une réduction des dépenses militaires d'1 milliard d'euros en quatre ans, et envisage de supprimer la conscription obligatoire. La France veut économiser 3,5 milliards d'ici 2013. Le Royaume-Uni doit concrétiser une coupe que le gouvernement annonce douloureuse et qui, selon les analystes spécialistes du secteur, devrait représenter près de 10% du budget. La tendance est identique sur tout le continent : la défense est une cible de compressions socialement moins explosive que d'autres domaines.

    Contraints de fermer les vannes, les principaux gouvernements européens commencent à explorer de nouvelles formes de coopération pour optimiser leurs moyens et garder intacte la capacité d'action de leurs armées. La France et l'Allemagne viennent de constituer un groupe de travail pour étudier "les sujets pour lesquels nous pouvons aller vers la mise en commun et la mutualisation" afin de réaliser "des gains budgétaires et des économies d'échelle", a déclaré en juillet le ministre français de la Défense, Hervé Morin. Paris et Londres ont mis en place une autre commission bilatérale. Après plusieurs années de piétinement, les choses semblent bouger.

    "Les réticences n'ont pas disparu comme par enchantement, mais je pense que cette situation permettra de concrétiser des avancées à moyen terme, d'ici quelques années", estime Nick Witney, ancien directeur de l'Agence européenne de défense.

    Large marge de coopération à l’arrière-garde

    La principale motivation des gouvernements est d'éviter de gaspiller de l'argent en doublons d'infrastructures et d'équipements. Bien sûr, les dirigeants souhaitent toujours conserver un contrôle total sur tous les moyens utilisés au front. Mais il y a une large marge de coopération à l'arrière-garde.

    "L'opinion générale est que plus on se trouve près du front, plus les choses sont compliquée, résume Witney. Je suis pour ma part sceptique sur la formation d'unités pluriétatiques. Cependant, il y a des secteurs où renforcer la coopération est politiquement acceptable, par exemple dans la recherche et le développement ou les infrastructures de la défense. Rien n'oblige chaque pays à avoir ses propres structures pour entretenir et réparer les mêmes appareils. Il en va de même pour le test et l'évaluation des armes, munitions et explosifs, pour les souffleries utilisées dans la conception des avions et pour les bassins où ont lieu les essais de bateaux."

    Certaines relations bilatérales peuvent aller plus loin. "Il y a par exemple une marge de coopération plus grande entre la France et le Royaume-Uni, poursuit Witney. L'aile droite des conservateurs au pouvoir à Londres reste très sceptique sur la politique de défense de l'UE et préfère tout canaliser vers l'OTAN. Mais même eux sont prêts à renforcer la coopération avec la France, un pays qu'ils estiment disposé à payer et à se battre."

    Moyens financiers en baisse

    S'il est impensable de partager des avions de combat, il est tout à fait concevable de mettre en commun les infrastructures, les centres de développement, l'entretien et l'entraînement, voire les appareils de transport. "Plusieurs études montrent qu'il est possible de faire des économies en coopérant, précise Elisabeth Sköns, responsable du programme sur les dépenses militaires de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).La lenteur est due surtout à la protection des bases industrielles et technologiques militaires nationales et aux divergences dans les politiques de défense. Ces problèmes sont toujours présents, mais ils sont moins pesants aujourd'hui en raison de l'harmonisation au sein de l'UE."

    Les dés budgétaires sont jetés et l'Europe va devoir décider si elle veut optimiser des moyens militaires en baisse. La France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne – les cinq principales puissances européennes, dont le PIB réuni est légèrement inférieur à celui des Etats-Unis – ont consacré 165 milliards d'euros aux dépenses militaires en 2009, soit trois fois moins que les Etats-Unis. La même année, la Chine a augmenté son budget défense de 217% et l'Inde de 67%. Si l'on fait la moyenne de l'augmentation de ce budget dans les cinq grands pays européens, on arrive à peine à 10%.


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