• L’autre politique économique, Quand le FMI vire sa cutie idéologique

    L’autre politique économique  

    Éric le boucher

    A tous ceux qui pensent que la crise ne va rien changer, pour s’en féliciter ou pour le déplorer, il est conseillé de lire le très stimulant article qu’Olivier Blanchard, le chef économiste du FMI, vient de publier avec deux collègues (1) sur la future politique économique. La crise a montré l’échec de l’idée consensuelle d’une autorégulation des marchés. Comment les Etats doivent-ils reprendre la main ?Le texte apporte une liste de réponses d’inspiration néo-keynésienne qui tentent, au fond, de redonner des marges de manœuvre aux autorités. A coup sûr, elles vont faire polémique, ne serait-ce qu’à cause de celle-ci : faut-il passer la cible de hausse des prix des banques centrales de 2 % à 4 % ? N’est-ce pas ouvrir la porte à l’« hydre inflationniste » ?Le consensus libéral avant la crise était que le principal outil de la politique économique devait être la politique monétaire. Celle-ci devait avoir pour but quasi exclusif de lutter contre l’inflation, qu’il convenait de contenir à 2 % l’an. Pour ce faire, il fallait utiliser principalement, sinon exclusivement, les taux d’intérêt. La banque centrale les monte si l’économie dépasse sa croissance potentielle (le niveau au-dessus duquel l’inflation se réveille), elle les baisse dans le cas contraire. La foi était que cela suffisait. Une inflation réduite était« le meilleur objectif pour la croissance »,comme nous le répétait Jean-Claude Trichet. La « grande modération » de l’inflation depuis deux décennies et la rapide croissance mondiale (hormis des bulles considérées comme des accidents) a consolidé cette bible. Dans le même temps la politique budgétaire était appelée à se mettre en veilleuse, l’optimum pour les gouvernements étant de viser un excédent pour éponger les dettes et préparer le vieillissement. Olivier Blanchard s’amuse à souligner que cette théorie était mal étayée : la victoire contre l’inflation doit sans doute beaucoup à la politique des banques centrales mais aussi à la poussée de la Chine sur les prix, à la productivité ou… à la chance. En outre, l’inflation a resurgi sur les prix des logements et des actifs financiers… Les économistes sont encore très ignorants des relations entre l’activité et l’inflation, admettent les auteurs, et il leur faut imaginer des schémas plus complexes. La philosophie générale de la nouvelle politique économique en découle : plutôt que de simplifier au maximum les politiques monétaire et économique comme on l’a fait, il faut faire demi-tour et les complexifier, tenir compte de beaucoup plus de critères et manœuvrer plus d’outils. Le coût de la crise aurait été bien moindre si les politiques monétaires avaient pu avoir l’espace d’une baisse de 3 ou 5 points des taux d’intérêt. Les gouvernements n’auraient pas été obligés de creuser les déficits de façon vertigineuse ; il faut maintenant les combler au risque d’assécher la reprise. Ce ne fut pas possible car les taux étaient déjà très bas (autour de ces 2 % fatidiques). Si on vise 4 % d’inflation, les taux seront plus hauts et on pourra les abaisser en cas de choc. Mais les auteurs proposent d’abord de replacer la politique budgétaire au premier rang. Il faut viser des ratios d’endettement plus faibles pour pouvoir adopter des plans de relance massifs sans devoir, immédiatement après, augmenter les impôts. Il faut aussi, proposition très judicieuse, disposer de dépenses sociales variables qui grossissent lors des récessions et se réduisent naturellement dans les hauts de cycle :les indemnités chômage ou des crédits d’investissement par exemple, qui jouent le rôle de stabilisateurs automatiques gonflables. Cette variabilité devrait être générale et concerner aussi la régulation financière en taxant les banques lourdement lorsqu’elles soufflent dans les bulles de crédits, et, à l’inverse, en les détaxant lorsqu’elles prêtent lors des récessions. La politique économique n’a pas besoin de révolution, note Olivier Blanchard. Juste d’une politique monétaire moins serrée compensée par une politique budgétaire qui l’est plus. Le basculement est loin d’être facile à conduire. Le consensus passé ne relevait pas du hasard : les gouvernements sont toujours tentés d’être laxistes en comptant sur les banques centrales pour faire payer la note. Est-ce possible d’inverser ? On peut en douter.(1) « Rethinking Macroeconomic Policy », Olivier Blanchard, Giovanni Dell’Ariccia, Paolo Mauro, IMF.

    Eric Le Boucher est directeur de la rédaction d’« Enjeux Les Echos ».
    Quand le FMI vire sa cutie idéologique

    Face à la crise, le Fonds monétaire international (FMI) revoit substantiellement ses concepts économiques. Il considère comme acceptable un seuil d'inflation à 4 %, contre 2 % auparavant, et prône une régulation renforcée de la finance mondiale.

    La crise financière internationale n'a pas seulement bouleversé l'ordre mondial. Elle rebat les cartes de la pensée économique. Longtemps gardien de l'orthodoxie libérale, le Fond monétaire internationale (FMI) revisite par touches successives sa doxa : ouverture des frontières aux biens et aux capitaux, flexibilité des monnaies, rigueur budgétaire... Autant de recettes qu'il avait mises en oeuvre lors de la crise financière asiatique en 1998, aggravant la situation de certains pays de la zone.

    Las. Pour contrecarrer la crise qui a frappé les pays riches à partir de 2007, ce sont des remèdes diamétralement opposés qui ont été préconisés par Dominique Strauss-Kahn, directeur général de l'institution depuis deux ans : il a été le premier à prêcher une relance budgétaire à grande échelle, et à avoir encouragé les États à ouvrir les vannes du crédit.

    Contrition et inflation

    L'exercice de contrition du FMI a commencé il y a une semaine, lorsqu'Olivier Blanchard, directeur de la recherche depuis 2008, a jeté un premier pavé dans la marre : « Une inflation stable et faible a été présentée comme le mandat prioritaire, si ce n'est exclusif, des banques centrales », écrit ce néo-keynésien dans un article non officiel, rappelant que « la plupart des banques centrales ont choisi une cible autour de 2 % ». Mais « la crise a montré que des chocs négatifs importants peuvent intervenir », dit-il, qu'ils proviennent du secteur financier ou, demain, des conséquences d'une pandémie sur le tourisme et le commerce, ou encore de l'impact d'une attaque terroriste majeure contre une grande économie. D'où sa proposition iconoclaste de doubler, à 4 %, le haut de la fourchette cible de l'inflation.

    Enrichir la boîte à outils

    Olivier Blanchard n'ignore bien sûr rien des dangers de l'inflation. Mais il estime que le passage de 2 % à 4 % serait probablement indolore pour l'activité en temps normal, tout en offrant une marge de manoeuvre plus large aux banques centrales pour mettre en place, en cas de crise, des taux d'intérêt réels très faibles voire négatifs (différence entre le taux d'intérêt et le taux d'inflation).

    Les investisseurs privés pourraient alors plus facilement relancer la machine économique et les États ne seraient pas contraints de pratiquer une relance budgétaire massive, au risque d'être plus tard asphyxiés sous le poids de leur dette. « Olivier Blanchard se place dans la perspective de l'endettement croissant des États et du coût du vieillissement de la population », explique Eric Chaney, économiste en chef chez Axa.

    Élargissant sa réflexion, Olivier Blanchard s'interroge également sur les modes de régulation de la sphère financière. Il propose ainsi d'enrichir la boîte à outils pour assurer une plus grande stabilité du système, particulièrement en cas de chocs. « Il faut admettre que la stabilité financière est devenue depuis une dizaine d'années une source de fragilité pour les économies occidentales », explique Philippe Wæchter, économiste en chef chez Natixis Asset Management.

    Taxe sur les capitaux

    Autre pavé dans la marre, Jonathan Ostry, sous-directeur de la recherche du FMI, vient de publier un article intitulé « Afflux de capitaux : le rôle des contrôles », où il tire, lui aussi, les enseignements de la crise : « Les contrôles de capitaux appliqués sur certains types de flux entrants peuvent utilement compléter les régulations prudentielles pour limiter la fragilité financière, et faire partie de la boîte à outils », dit-il. Il peut s'agir de taxes sur les capitaux entrants, ou d'une immobilisation non rémunérée d'une fraction de ces capitaux à la Banque centrale du pays hôte. Ce qui compte, c'est d'« éviter le risque de bulle spéculative dans les économies où il y a de la croissance comme c'est le cas dans les pays émergents comme la Chine », explique Eric Chaney. D'ailleurs, après le Chili et le Brésil, certains pays d'Asie ont prévenu qu'ils réfléchissaient à de tels contrôles. Il savent à présent qu'ils peuvent compter sur la bénédiction du FMI.

    Laurent Chemine

    On va voir.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :