• L'égoïsme allemand ? Non, l'égoïsme de tous !

    L'égoïsme allemand ? Non, l'égoïsme de tous !

    Laurence Boone Raoul Salomon

    En Europe, les turbulences sur les finances publiques sont révélatrices du manque de coordination, voire de la négligence accordée par les pays de la zone euro à leur monnaie commune. On ne peut pas accuser l'Allemagne d'une attitude non coopérative (après tout, n'est-il pas vertueux de baisser les coûts du travail ?) sans s'interroger sur la gouvernance européenne. En réalité, ce sont tous les pays de l'euro qui, sous une forme ou une autre, ont profité des avantages conférés par une monnaie unique de bonne qualité, sans s'interroger sur " l'entretien " et la valorisation de ce bien commun.

    Avec la monnaie unique, la seule forme de gouvernance européenne a été la mise en oeuvre de critères de Maastricht : convergence de l'inflation, des taux nominaux et des déficits/dettes publiques. Ces objectifs ont plutôt été atteints à la naissance de l'euro : les taux d'intérêt et d'inflation ont convergé vers ceux de l'Allemagne et de la France. Portés par cette baisse des taux et la conjoncture, les dettes et déficits étaient contenus en ligne avec les critères de Maastricht. Puis, très vite, le manque de cadre pour la gestion économique de la zone euro a conduit chacun des pays à " exploiter " les avantages offerts par l'euro : des taux d'intérêt nominaux bas (et donc des taux réels encore plus bas pour les pays de la périphérie, ceux-ci ayant des taux d'inflation supérieurs à la moyenne de la zone euro) et un taux de change fixe qui facilitait les échanges, notamment des pays les plus compétitifs de la zone.

    ...

    En Europe, les turbulences sur les finances publiques sont révélatrices du manque de coordination, voire de la négligence accordée par les pays de la zone euro à leur monnaie commune. On ne peut pas accuser l'Allemagne d'une attitude non coopérative (après tout, n'est-il pas vertueux de baisser les coûts du travail ?) sans s'interroger sur la gouvernance européenne. En réalité, ce sont tous les pays de l'euro qui, sous une forme ou une autre, ont profité des avantages conférés par une monnaie unique de bonne qualité, sans s'interroger sur " l'entretien " et la valorisation de ce bien commun.

    Avec la monnaie unique, la seule forme de gouvernance européenne a été la mise en oeuvre de critères de Maastricht : convergence de l'inflation, des taux nominaux et des déficits/dettes publiques. Ces objectifs ont plutôt été atteints à la naissance de l'euro : les taux d'intérêt et d'inflation ont convergé vers ceux de l'Allemagne et de la France. Portés par cette baisse des taux et la conjoncture, les dettes et déficits étaient contenus en ligne avec les critères de Maastricht. Puis, très vite, le manque de cadre pour la gestion économique de la zone euro a conduit chacun des pays à " exploiter " les avantages offerts par l'euro : des taux d'intérêt nominaux bas (et donc des taux réels encore plus bas pour les pays de la périphérie, ceux-ci ayant des taux d'inflation supérieurs à la moyenne de la zone euro) et un taux de change fixe qui facilitait les échanges, notamment des pays les plus compétitifs de la zone.

    En simplifiant, le manque de coordination s'est traduit de la façon suivante : une hausse de l'endettement public ou privé à moindre coût pour certains membres de l'union monétaire, et un gain de compétitivité pour d'autres. Dans certains pays, comme l'Espagne ou l'Irlande, avec des taux d'inflation un peu plus élevés que la moyenne et des marchés de crédit dérégulés, l'euro a favorisé un fort endettement du secteur privé. Le taux de croissance du crédit, très rapide, a alors alimenté la consommation des ménages de façon non soutenable, c'est-à-dire bien au-delà de leurs capacités de remboursement.

    Manque de coordination

    D'où la bulle immobilière en Espagne et en Irlande, avec des taux record d'endettement des ménages. Dans d'autres pays, comme la Grèce, ces taux d'intérêt faibles ont favorisé la croissance de l'endettement public, et donc le financement à moindres frais d'un système social généreux. Dans ces pays, les déficits publics se sont creusés et la dette publique a augmenté.

    D'autres pays encore ont profité de la lisibilité offerte par une monnaie unique pour gagner en compétitivité. Ainsi, la modération salariale en Allemagne. Entrée avec une parité, souvent considérée comme sous-évaluée, et surtout avec un contrôle rigoureux de la croissance des coûts salariaux, l'Allemagne a maintenu et amélioré sa compétitivité par rapport à tous les pays de la zone : on estime ainsi que la baisse de compétitivité des pays de la périphérie de la zone euro vis-à-vis de l'Allemagne en termes de coût du travail est de l'ordre de 7 % pour la Grèce, 10 % pour le Portugal, 12 % pour l'Espagne et environ 20 % pour l'Irlande. Avec une monnaie unique, le taux de change ne peut corriger ces différences.

    L'Irlande a pu compenser la hausse des salaires par un taux d'imposition très bas sur les profits des entreprises, ce qui a transformé ce pays en hub pour les investissements étrangers. Dans cette période d'ajustement, la stratégie de l'Irlande de baisser les salaires du public lui permet d'améliorer sa compétitivité sans toucher au taux d'imposition sur les entreprises, stratégie gagnante... pour elle.

    Au total, on a donc un grand manque de coordination, de gouvernance économique, avec des pays qui ont plus cherché à tirer parti de la monnaie unique qu'à en avoir une vision de long terme. La question est donc : comment renforcer la gouvernance économique ? Deux facteurs vont être déterminants. Comment s'assurer que les pays pensent à leur bien commun, l'euro ? Et là on retrouve la question de mesures de coercition pour que les politiques économiques convergent dans une direction commune. Faut-il s'assurer d'un socle financier commun (qu'il prenne la forme d'un plus grand budget, d'un Fonds monétaire européen ou d'émissions de dette communes) et, dans ce cas, quels revenus pour financer ce socle, donc quelle fiscalité doit-on mettre en commun ? C'est le degré d'intégration des pays de la zone euro qu'il faut donc repenser.

    Chef économiste et managing director chez Barclays Capital

    Responsable des valeurs du Trésor chez Barclays Capital


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :