• L'emploi, enjeu de la bataille pour une croissance verte

    L'emploi, enjeu de la bataille pour une croissance verte

     

    Au lendemain d'une crise économique qui a détruit près d'une trentaine de millions d'emplois dans le monde, la croissance verte sera-t-elle l'eldorado espéré ? L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui tenait sa conférence ministérielle, à Paris, les 27 et 28 mai, a réuni économistes, chefs d'entreprise et syndicalistes pour débattre de cet enjeu majeur.

    Les emplois verts sont-ils un mythe ou une réalité ? Pour Jean-Louis Borloo, ministre français de l'écologie, " ce n'est ni un mythe ni une réalité, mais une question complexe ! On ne parle pas de métiers verts mais de métiers de la croissance verte ".

    De quoi parle-t-on ? " Il n'existe pas de réelle définition de ce que sont les emplois verts ", estime Stefano Scarpetta, chef de la division " analyse et politiques de l'emploi " de l'OCDE, qui préfère évoquer la " verdisation " des métiers.

    En France, dans sa note de janvier, le Conseil d'orientation pour l'emploi tente une approche : " De nouvelles activités vont se créer autour de métiers spécifiquement consacrés à l'environnement (...), des activités vont se "verdir" (construction et rénovation des bâtiments) (...), et des activités vont se développer sans modification majeure de leur contenu (transports collectifs, traitement des déchets, dépollution). " Mais, précise sa présidente, Marie-Claire Carrère-Gée, " si le potentiel d'emplois est très significatif, il n'est pas de nature à résoudre le chômage de masse ".

    Création ou transformation ? Selon l'OCDE, " la décarbonisation de l'économie aura un impact plus complexe que la création pure et simple d'emplois verts ". Il s'agit davantage de " réallocation ". Le directeur des affaires techniques de la Fédération française du bâtiment, Paul Bréjon, confirme : " Il y a peu de métiers nouveaux : les entreprises élargissent leurs prestations, intègrent de nouvelles technologies et les attentes nouvelles des clients. "

    Aux Etats-Unis, selon une note du département du budget du Congrès, les emplois vont se contracter dans les secteurs polluants. A terme, explique M. Scarpetta, " l'impact pourrait être légèrement négatif sur la prochaine décennie dans ce secteur ".

    De son côté, l'Organisation internationale du travail estime que " les prévisions d'investir 630 milliards de dollars (512 milliards d'euros) d'ici à 2030 devraient se traduire par au moins 20 millions de postes supplémentaires dans le secteur des énergies renouvelables ".

    Dans une étude du Political Economy Research Institute de l'université du Massachusetts, citée par Tim Jackson dans Prospérité sans croissance (Etopia-De Boeck, 248 p., 17 euros), les chercheurs ont calculé qu'investir 100 milliards de dollars sur deux ans dans le bâtiment, les transports en commun, les réseaux électriques intelligents, l'éolien, le solaire..., créeraient deux millions d'emplois. La même somme consacrée à l'industrie pétrolière en créerait 600 000.

    En France, le chiffre de 600 000 emplois créés d'ici à 2020 a été avancé par le ministère, une estimation calculée à partir des 450 milliards d'investissements engendrés par le Grenelle de l'environnement. Une évaluation révisée à la baisse. Quand on lui pose la question, M. Borloo s'amuse : " Personne ne peut chiffrer combien d'emplois disparaîtront si la mutation économique verte ne se fait pas... "

    Le ministère a néanmoins confié à des comités dans onze filières le soin d'évaluer l'impact d'une " stratégie nationale " durable : agriculture, bâtiment, mer, transports, carburants et chimie verte... Ce qui lui permet d'annoncer que les 600 000 emplois sont crédibles. " Ce n'est pas un mirage, c'est une nécessité ", dit la secrétaire d'Etat au développement durable, Valérie Létard.

    Les syndicalistes restent sceptiques. Dominique Olivier (CFDT) estime que le chiffre français est " fantaisiste ". M. Olivier, qui reconnaît le volontarisme du gouvernement, souhaite plus de cohérence. " Quels liens entre la croissance verte, les Etats généraux de l'industrie et les choix stratégiques du grand emprunt ? ", s'interroge-t-il.

    Un enjeu stratégique Les pays, Chine en tête, ont compris l'impact possible de la croissance verte sur leur économie. La Corée du Sud compte investir 40 milliards de dollars d'ici à 2012, espérant créer 960 000 emplois. Le vice-président sud-africain, Kgalema Motlanthe, estime, lui aussi, que " les mesures visant à protéger l'environnement peuvent contribuer à la création d'emplois ". Bref, la bataille de la croissance verte est lancée.

    Jean-Louis Borloo réfléchit à " comment organiser le club France de la croissance verte ? " et voir " quels sont les coups à jouer ? ". Une note interne du ministère établit la position de la France vis-à-vis des leaders mondiaux sur plusieurs marchés stratégiques et évalue " les potentiels de croissance et les atouts de la France ". Il s'agirait de créer, dans chaque secteur, " l'un des futurs champions mondiaux ".

    En tête de peloton, on trouve les véhicules verts, l'énergie marine, l'éolien offshore ou encore l'efficacité énergétique des bâtiments. Mais le risque existe aussi de renforcer la dépendance technologique et commerciale vis-à-vis d'autres pays, comme l'Allemagne et la Chine pour le photovoltaïque.

    De nombreux freins existent Dans une étude présentée le 4 mai, Comment dynamiser la croissance verte, le cabinet de conseil Roland Berger en évalue les freins : absence de réelle filière, manque de coordination entre les activités, réglementation " complexe et peu prévisible ", surcoût des solutions vertes...

    La demande doit être soutenue par des politiques gouvernementales d'aides, et la transformation des métiers doit être accompagnée par des politiques de formation. Celle-ci est un point faible : il faut former des formateurs, créer des diplômes et faire évoluer les référentiels.

    " C'est un travail de fourmi qui prendra du temps ", explique Mme Létard, qui veut mettre à contribution les régions, les entreprises et l'éducation nationale.

    Rémi Barroux


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