• L'entrée dans la rigueur risque de compromettre la sortie de crise

    Contre-enquête

    L'entrée dans la rigueur risque de compromettre la sortie de crise

    Les plans d'austérité décidés dans de nombreux pays européens vont-ils étouffer la croissance ? La France est-elle particulièrement exposée ?

    Après les plans de relance destinés à soutenir l'économie pendant la crise, les gouvernements européens élaborent les uns après les autres des plans d'austérité pour contenir leur endettement.

    Même s'ils ne sont pas tous aussi sévères que le programme imposé à la Grèce (qui doit réduire son déficit de 11 points de PIB en trois ans), ces plans prévoient une baisse drastique des dépenses publiques et pourraient, selon certains économistes, " fabriquer de la récession ". Comment, en effet, relancer une croissance déjà atone si les impôts augmentent et que les salaires stagnent ?

    Mais d'autres experts restent partisans de l'orthodoxie budgétaire, et, s'ils admettent " un impact négatif à court terme ", car les ménages préféreront l'épargne à la consommation, ils pensent aussi qu'un assainissement des finances publiques peut finir par avoir un effet positif et inciter à consommer davantage.

    Sur le cas français, les économistes attendent d'en savoir plus sur le détail des mesures, tout en rappelant que, pour ramener le déficit à 3 % du PIB, il faut faire 60 milliards d'économies par an...

    Les plans d'austérité compromettent-ils la croissance ?

    L'Europe va-t-elle mourir guérie de ses déficits ? Quel impact aura la rigueur en France ?

    Décodage

    Les uns après les autres, les pays de la zone euro annoncent des plans d'austérité censés réduire les déficits creusés, c'est là le paradoxe, par les gigantesques plans de relance anticrise. La Grèce a été la plus radicale : elle prévoit d'économiser 30 milliards d'euros en trois ans. Un remède de cheval censé ramener son déficit sous la barre des 3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2014, contre près de 14 % en 2009. Le Portugal et l'Espagne ont aussi promis de s'imposer des cures d'austérité. La France vient d'annoncer un gel des dépenses publiques pendant trois ans. La Grande-Bretagne ne devrait pas tarder à suivre.

    Une équation difficile Le succès de ces plans n'est pourtant pas assuré. En particulier dans les pays " périphériques " de la zone euro, qui conjuguent leur colossal endettement avec une croissance zéro et d'énormes déficits de compétitivité. La Grèce peut-elle réduire de 11 points de PIB son déficit en trois ans ? Réussira-t-elle à imposer une baisse du pouvoir d'achat et des salaires sans explosion sociale ? Pour nombre d'experts, les mesures semblent vouées à l'échec. Plutôt que d'améliorer les finances publiques, le plan contribuerait à " fabriquer de la récession ", juge Sylvain Broyer, économiste chez Natixis. Exemple, avec l'augmentation prévue de 4 points de la TVA : si elle se traduit par une hausse des prix d'une même ampleur, cette mesure entraînera une baisse de la consommation de 4 %. Cela pourrait coûter au pays deux points de croissance et réduire ses recettes fiscales.

    " Qui dit moins de croissance dit plus de chômage, poursuit M. Broyer, donc de la dépense publique. " In fine, " vous voulez réduire de 1 % le déficit public et vous obtenez une baisse de 0,2 % ", explique Patrick Artus, responsable de la recherche chez Natixis. La déflation programmée et l'inévitable boom de l'économie grise risquent de réduire les efforts d'Athènes à néant. L'équation est à peu près la même en Espagne et au Portugal. Des années de stagnation menacent ces pays qui manquent de moteurs de croissance.

    Le plus mauvais moment Ces tours de vis budgétaires interviennent alors que la croissance ne devrait pas dépasser 1 % en 2010. " La rigueur en Europe arrive au plus mauvais moment, estime Jean-Paul Fitoussi, président de l'Observatoire français des conjonctures économiques. Elle risque de réduire une croissance déjà faible et d'hypothéquer 2011. Ce n'est pas encore le moment de retirer la pompe à oxygène de l'économie. " Pour preuve, souligne M. Fitoussi, Washington vise un rétablissement de ses finances publiques en dix et non trois ans.

    Si tous les pays européens se serrent la ceinture en même temps, la demande interne en pâtira. Et recul des importations devrait rimer avec recul des exportations. L'Allemagne, par exemple, ressentira sur ses ventes automobiles les effets d'une baisse de pouvoir d'achat au Portugal ou en Espagne.

    L'impossibilité d'user de l'arme monétaire pour trouver un nouveau ressort de croissance est un autre problème pour les pays de la zone euro. " Une restriction budgétaire non accompagnée d'une dévaluation qui permettrait de doper les exportations, ça ne peut pas marcher ", affirme Antoine Brunet, économiste chez AB Marchés.

    Pression des marchés Mais, en Europe, la pression des marchés est telle que les pays n'ont pas vraiment d'alternative. Sans être la cible d'attaques sur sa dette, la France a déjà annoncé des mesures d'économie. " Les marchés infligent un test extrêmement sévère aux finances publiques de la zone euro ", constate Natacha Valla, chef économiste chez Goldman Sachs. Paris comme Berlin servent de références sur le marché de la dette et se doivent de donner l'exemple. Des déficits de 7 % ou 8 % du PIB comme celui de la France, en 2009, ne sont justifiables " que dans des circonstances exceptionnelles ", selon Mme Valla.

    Libération de la croissance L'orthodoxie budgétaire a aussi ses partisans. Selon eux, du fait de la réduction des déficits, les gens se remettent à consommer. Actuellement, les ménages redoutent que l'ampleur des déficits conduise à des hausses d'impôts inévitables. Dans le doute, ils constituent une épargne de précaution. C'est ce que l'on appelle " l'effet Ricardo ".

    Reste à trouver la bonne formule, permettant de réduire l'endettement public sans tuer la croissance. Par le passé, certains pays, comme le Canada ou la Suède, ne se sont pas contentés de réduire les dépenses par-ci, par-là, mais ont " engagé une réforme de l'organisation du système public, notamment en responsabilisant les fonctionnaires ", indique Jean-Hervé Lorenzi, professeur à l'université Paris-Dauphine.

    Claire Gatinois et Marie de Vergès


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :