• « L'euro va survivre, la crise grecque n'est pas catastrophique »

    « L'euro va survivre, la crise grecque n'est pas catastrophique »

    edmund phelps , prix nobel d'économie 2006

    Comment percevez-vous la situation actuelle en Europe ?

    L'Europe vit actuellement des moments difficiles. La situation grecque est extrêmement sérieuse. Non seulement pour la Grèce, mais aussi pour le reste de l'Europe. Les marchés du crédit vont devenir plus nerveux en voyant ce qui arrive aujourd'hui à des pays qui ont fait preuve d'irresponsabilité en matière fiscale. On pensait que la peur des conséquences d'une telle irresponsabilité fiscale était une chose essentiellement inventée par les investisseurs en obligations et que ce n'était pas une réalité. Aujourd'hui, nous avons la démonstration que les marchés du crédit peuvent se gripper complètement et être effrayés par des pays qui sont incapables d'équilibrer leurs revenus et leurs dépenses. Avec la nervosité ambiante liée à la Grèce, on a vu que les craintes se sont déplacées vers d'autres pays comme l'Espagne et le Portugal. C'est inquiétant.

    Mais, vous savez, l'économie n'est pas une science comme une autre. C'est surtout une manière hautement sophistiquée de parler de choses très compliquées. Tout peut donc changer rapidement. Les manifestants grecs vont peut-être se lasser de manifester dans les rues, la Grèce va peut-être sortir du trou plus tôt que prévu. Peut-être que dans douze ou dix-huit mois, les choses paraîtront très différentes. Je ne prévois en tout cas pas d'effondrement.

    Vous parlez d'un effondrement de la Grèce ou d'un effondrement de l'euro et de l'union monétaire ?

    Ni l'un ni l'autre. Mais c'est vrai qu'il existe de grands dangers. Le plan de sauvetage ne parviendra peut-être pas à sauver la Grèce. Les prêteurs ne reviendront peut-être pas vers la Grèce. Mais une chose paraît claire : le plan mis en oeuvre par Athènes pour réduire son déficit public me semble plus que jamais nécessaire.

    Pensez-vous que l'avenir de l'union monétaire européenne sera très différent après ce que nous vivons actuellement ?

    Je ne vois pas pourquoi cet avenir serait très différent. Dans le scénario le plus noir, l'union monétaire pourrait se poursuivre sans la Grèce. Mais c'est un scénario extrême. Pour moi, l'euro va survivre. En termes de perspectives économiques, certains économistes soulignent que la baisse actuelle de l'euro sur le marché des changes est ce dont l'Europe a précisément besoin pour relancer les exportations. Mais je ne suis pas de cet avis. Un euro faible va être accompagné de taux d'intérêt et de primes de risques plus élevés. Il va aussi entraîner une hausse de l'inflation. Ce n'est pas très bon pour l'économie, la croissance et l'emploi.

    En résumé, la crise en Grèce est négative pour l'économie européenne. Mais elle n'est pas catastrophique. Même si la Grèce devait s'effondrer, elle ne représente que 3 % du produit intérieur brut (PIB) global.

    Pouvez-vous dresser une comparaison en termes de croissance entre l'Europe et les États-Unis ? On a l'impression que l'Europe est toujours à la traîne.

    Les choses mettent toujours plus de temps en Europe, la phase de contraction est plus profonde. Quand les États-Unis remontent déjà la pente, certains pays européens sont toujours en train de décliner. Vous connaissez mieux les noms de ces pays que moi (rires).

    Propos recueillis par Marc Lambrechts


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