• " L'Europe a intérêt à maintenir un système commercial ouvert "

    Karel De Gucht : " L'Europe a intérêt à maintenir un système commercial ouvert "

     

    ENTRETIEN

    Karel De Gucht, 56 ans, est commissaire européen au commerce depuis février 2010. Cet homme politique belge, membre du Parti libéral flamand, s'occupait précédemment du développement et de l'aide humanitaire au sein de la Commission européenne. Avant de la rejoindre, M. De Gucht a été ministre des affaires étrangères pendant quatre ans.

     



    En prélude au sommet entre l'Union européenne (UE) et la Chine, le 6 octobre, les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Sept se demandent comment attribuer à ce pays le statut d'économie de marché. Qu'en pensez-vous ?

    La Commission évalue cette question selon une série de critères. A ce stade, nous identifions encore de sérieux problèmes. Il a été convenu lors de l'entrée de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce (OMC), en 2001, de lui accorder de toute façon ce statut en 2016. Si donner ce statut peut servir de levier afin d'obtenir des contreparties, il faudra éviter de le faire... en novembre 2015. Cette question doit être considérée sur une base d'engagements clairs au sujet, par exemple, de l'accès au marché chinois, des marchés publics, de la protection de la propriété intellectuelle, voire des taux de change.



    Vous souhaitez accentuer la pression pour obtenir une réévaluation du yuan, la monnaie chinoise ?

    C'est une décision chinoise, mais il est difficile d'affirmer que la sous-évaluation de cette devise n'a pas d'effets sur les flux commerciaux. Ce n'est pas le seul problème dans nos échanges, mais c'en est un. De toute façon, tôt ou tard les Chinois vont devoir réévaluer leur monnaie pour des raisons internes, comme l'inflation.



    Herman Van Rompuy, le président du Conseil met l'accent sur la réciprocité dans les relations avec les partenaires stratégiques. Quid de la réciprocité dans le commerce ?

    Nous devons exiger la réciprocité, car il ne faut pas être naïf. Le monde change. Nous avons le devoir de défendre nos intérêts. Ce n'est pas une question religieuse. Je suis un libre-échangiste, mais le libre-échange repose sur des principes. La réciprocité est un concept intéressant pour l'accès aux marchés publics. Dans le cadre de nos instruments de défense commerciaux, nous travaillons sur la possibilité d'interdire l'accès à nos marchés publics en cas de restrictions dans un pays tiers. Nous allons lancer une réflexion en ce sens en Europe en octobre.



    La poussée populiste et la montée de l'extrême droite sur le Vieux Continent risquent-elles à terme d'entraver la politique commerciale de l'UE ?

    Les tendances populistes existent dans nombre de pays. Il faut garder notre sang-froid et voir quels sont les intérêts de l'Europe. Nous sommes la plus grande économie et le principal exportateur au monde. Nous avons intérêt à maintenir un système commercial ouvert. Cela dit, il est normal que les gouvernements défendent les intérêts de leur pays, si cela ne tourne pas au nationalisme.



    Les Vingt-Sept vont signer un accord de libre-échange avec la Corée du Sud. Comment se présente la ratification de cet accord au Parlement européen, désormais tenu d'entériner tout accord international, alors que certains pays, comme l'Italie, s'inquiètent pour leur industrie automobile ?

    Le Parlement est désireux de " montrer ses muscles " sur un grand nombre de sujets depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, car il y a gagné de nouveaux pouvoirs. Je suis cependant confiant qu'il aura ratifié cet accord d'ici à la fin de l'année. Nous discutons avec lui de clauses de sauvegarde, et de leur activation, en cas de problème.



    Où en êtes-vous dans les négociations avec le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), que les Français cherchent à retarder pour protéger leurs agriculteurs ?

    S'il faut mettre en application toutes les demandes françaises, autant arrêter tout de suite de discuter. Car pour avoir un accord, il faudra faire une offre agricole. C'est la Commission qui négocie. Les discussions portent sur trois volets : les produits industriels, les services et l'agriculture. Le gouvernement français a indiqué très clairement qu'il a des soucis. Mais hors de l'agriculture, la France a elle aussi des intérêts offensifs. Le Medef, l'organisation patronale française, est d'ailleurs favorable à cet accord.

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    Propos recueillis par P. Ri


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