• L’Europe ébranlée, l’Europe divisée, mais l’Europe nécessaire

    L’Europe ébranlée, l’Europe divisée, mais l’Europe nécessaire

    La crise de la zone euro ébranle la construction politique européenne. Mais la Frankfurter Allgemeine Zeitung veut croire que l’union peut être préservée.

    Klaus-Dieter Frankenberger Frankfurter Allgemeine Zeitung

     

    Le traité de Lisbonne est entré en vigueur en décembre 2009 – il aura fallu presque dix ans pour cela. Epuisés, la plupart des participants à ces pénibles négociations en sont venus à se dire qu’il ne faudrait plus envisager de nouvelle réforme dans un avenir prévisible. Reste à savoir si, sous l’effet de la crise grecque, ne va pas se faire jour le besoin d’apporter certaines modifications aux articles du traité relatifs aux finances publiques et au ­budget. Il est toutefois peu probable que, malgré la crise, on tente à nouveau de modifier le traité pour punir les fautifs impénitents en les privant du droit de vote, voire en les excluant de l’union monétaire. Rares sont les Européens qui auraient imaginé qu’on entendrait si vite parler de modification du traité. Beaucoup avaient espéré que, grâce au traité de Lisbonne, l’Union européenne allait enfin entrer dans une phase de consolidation interne et de renforcement extérieur. Peut-être cet espoir était-il dès le début un peu prématuré, pour ne pas dire irréaliste. La crise financière l’a de toute façon plus ou moins anéanti : désormais, citoyens et politiques s’inquiètent pour la stabilité de l’euro et la cohésion de l’union monétaire.

    L’union monétaire, cette prétendue communauté de destins, est-elle vraiment aussi irréversible que l’avaient rêvé ses pères ? L’UE est-elle vraiment engagée sur la voie d’une union toujours plus étroite entre ses peuples ? D’ailleurs, ces derniers le souhaitent-ils ? Les emportements publics dans le sillage de la crise grecque permettent d’en douter. Manifestement, nous nous trouvons dans une phase où certaines certitudes commencent à être ébranlées.

    De plus, depuis un moment déjà, de hauts responsables européens se plaignent d’une “renationalisation”, plainte souvent formulée d’un air soupçonneux à l’encontre de Berlin. Si les Allemands perdent confiance dans la monnaie unique, leur enthousiasme pour l’Europe risque de s’effriter encore plus. Rien n’est aussi impopulaire que l’exigence de voir l’Allemagne jouer le rôle de celui qui paie pour tous les autres en Europe. Et la suggestion selon laquelle cela servirait les intérêts allemands ne trouve plus guère d’écho dans l’atmosphère de mécontentement général. Ce mécontentement est encore accru par les exhortations appelant les Allemands à se montrer “solidaires”, d’autant que la plupart des Allemands estiment qu’ils se sont déjà montrés “solidaires” en ­renonçant au mark – tandis que la Grèce aurait magouillé pour entrer dans l’union monétaire. Il est absurde de commencer à entonner dès à présent un requiem au formidable travail communautaire de l’Europe. Ce n’en est pas fini de l’unification européenne. Peut-être, simplement, le moment est-il venu de se défaire de quelques stéréotypes, et d’admettre une ou deux vérités.

    Première vérité : plus de vingt ans après la chute du Mur, l’unification européenne ne bénéficie plus de la même dynamique qu’auparavant. Seconde vérité : l’argument selon lequel on ne peut résister à la mondialisation qu’en étant unis évoque moins pour le public la nécessité de l’unification que le “motif originel” de la guerre et de la paix. Mais le souvenir de la guerre s’estompe. Ce qu’il faut faire est évident : il faut préserver ce que l’on a, et par-dessus tout l’euro. Mais il ne faut pas pour autant minimiser les contradictions internes dans la sphère culturelle, politique et économique, par exemple les différences de mentalités en matière de politique budgétaire. Tout n’est pas fait pour aller ensemble. La diversité de l’Europe est ce qui fait son charme, tout en étant une faiblesse permanente, en particulier quand on se confronte aux autres grands de la planète. Mais c’est ainsi qu’est l’Europe, tout simplement.


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