• L'Europe peut-elle rebondir ?

    L'Europe peut-elle rebondir ?

    On la prétend en déclin, quels sont ses atouts ? Pourquoi attire-t-elle encore les investisseurs ?
     

     

    La crise de la zone euro, sa gestion confuse par les dirigeants européens et les faiblesses du traité de Lisbonne ont fait fleurir les analyses sur le déclin du " Vieux Continent ".

    Les Vingt-Sept, qui espéraient s'être enfin dotés d'institutions modernisées et plus visibles, doutent comme jamais de leur poids dans le monde. Faute d'une défense et d'une politique étrangère communes, l'Union européenne a toujours misé sur son marché, son économie et sa monnaie - adoptée par 16 pays de l'UE - pour affirmer sa " puissance ". Et c'est ce pilier-là qui précisément semble se fissurer après deux ans de crise.

    Elle a un sérieux problème de croissance Désormais, l'Europe vieillissante et sclérosée serait, à en croire certains, au bord du précipice, surtout si l'union monétaire venait à imploser faute de fédéralisme budgétaire.

    Pour les plus optimistes, elle est au moins menacée de " déclassement " : tandis que la crise a rebattu les cartes sur la scène mondiale, le Vieux Continent serait condamné à végéter. Nain politique, il a désormais le plus grand mal à renouer avec la croissance, alors que les Etats-Unis et les pays émergents caracolent loin devant lui. Même Dominique Strauss-Kahn, au nom du Fonds monétaire international (FMI), le dit : " L'Europe a un problème de croissance. "

    Au plus fort de la crise, en mai, Washington, mais aussi Pékin, Moscou ou New Delhi plus discrètement, ont multiplié les pressions pour inciter les dirigeants européens à reprendre le contrôle de la situation. Et ce, avec l'aide d'un FMI d'abord malvenu au sein de la zone euro. Un double aveu de faiblesse, d'autant plus cruel que le Vieux Continent se permettait encore, au début de la crise des crédits immobiliers américains à risque (subprimes), de faire la leçon aux Etats-Unis, jugés responsables de la déflagration.

    " Si l'Europe tenait sérieusement à maintenir son statut de puissance mondiale, ses élites forgeraient des politiques étrangère, énergétique et de défense communes et bâtiraient les institutions pour les soutenir ", écrit l'historien américain d'origine allemande Walter Laqueur, dans le magazine The American Interest. Dans son dernier numéro (juillet-août), la revue s'interroge sans grande illusion : " L'Europe peut-elle se relever ? "

    La question obsède les dirigeants européens. Et les agace aussi, car elle occulterait les atouts dont dispose encore l'Union européenne, avec ses vingt-sept Etats. " Vu sa complexité, l'Europe a su se montrer réactive pour éviter la catastrophe, elle est en train de tirer les leçons de la crise en matière de gouvernance économique, et de réformes ", veut croire Michel Barnier, le commissaire européen chargé du marché intérieur.

    Elle n'est pas plus endettée que les Etats-Unis ou le Japon L'Europe est à la recherche de leadership, mais elle a su prendre les décisions qui s'imposaient. Parfois in extremis. Le sauvetage de la Grèce a été laborieux, mais celle-ci a été placée à temps sous tutelle pour éviter la faillite : elle est même revenue mi-juillet sur les marchés financiers pour emprunter des sommes modestes à des taux raisonnables. Par comparaison, les Etats-Unis n'ont pas su éviter, en septembre 2008, la débâcle de Lehman Brothers, qui a plongé le monde occidental dans la récession.

    Fragilisée par une crise dont elle n'est pas encore sortie, l'Europe ne peut pas être accablée de tous les maux du monde. Car elle n'est pas plus mal placée que ses rivaux dans certains domaines.

    " La Grèce a mis en péril sa crédibilité budgétaire ", a convenu François Fillon, lors d'une visite au Japon, le 16 juillet. Mais la situation des finances publiques de la zone euro " est sensiblement moins dégradée que celle des Etats-Unis ou, pardonnez-moi, du Japon, aussi bien en termes de déficit que de dette ", a ajouté le premier ministre français.

    Elle dispose de nombreux secteurs de pointe Les piliers de la prospérité européenne subissent certes les effets de la crise. Les banques, et certaines industries, ne doivent leur survie qu'à l'intervention plus ou moins massive des Etats, mais certains fleurons demeurent aux avant-postes.

    Volkswagen aspire même à ravir à Toyota la place de premier constructeur mondial. Les ventes automobiles sont incertaines dans l'Union, mais les différentes marques européennes se sont organisées pour tirer profit du dynamisme des pays... émergents. Airbus s'en sort aussi bien - ou aussi mal - que Boeing, et peut même se réjouir de la baisse relative de l'euro face au dollar. L'une des toutes premières places financières mondiales n'est-elle pas la City de Londres, même si le secteur bancaire britannique a été partiellement nationalisé ?

    Le déclin démographique de l'Europe ne facilite pas le redémarrage de la croissance - qui risque de stagner autour de 1 % dans les prochaines années. Mais cette évolution n'est pas une spécificité continentale : la Chine ou le Japon ne sont pas logés à meilleure enseigne. Le chômage a certes grimpé du fait de la récession en 2009, mais sans exploser dans les principales économies du continent, que ce soit en Allemagne ou en France. Et ce, grâce au fameux " modèle social " européen, qui permet d'amortir les effets de la récession.

    Elle possède de bonnes infrastructures. Les Vingt-Sept restent le principal acteur du commerce mondial, devant les Etats-Unis, la Chine et le Japon. Ils ont conservé leur position, en dépit d'une chute de 20 % des échanges hors Union, en 2009. Le déficit commercial européen avec le reste du monde, dont la Chine, est deux fois plus faible que celui des Etats-Unis.

    Avec de bonnes infrastructures et des systèmes d'éducation solides, les pays européens demeurent collectivement, et de loin, le principal bénéficiaire d'investissements directs étrangers. Loin devant les Etats-Unis et la Chine.

    Signe des temps, l'investissement direct a chuté comme jamais en 2009. Mais l'Europe a maintenu sa première place. Même The Economist en convient : " Il est trop tôt pour passer l'Europe par pertes et profits. "

     

    Philippe Ricard (Bruxelles, bureau européen )


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