• L'ex-vice-président de la Cour suprême chinoise condamné à la prison à vie pour corruption

    L'ex-vice-président de la Cour suprême chinoise condamné à la prison à vie pour corruption

                Huang Songyou, 52 ans, vice-président de la Cour suprême chinoise jusqu'à son arrestation fin 2008, a été condamné, mardi 19 janvier, à la prison à vie, ce qui fait de lui le plus haut magistrat sanctionné en Chine pour corruption. Selon la presse, il aurait reçu 3,9 millions de yuans (390 000 euros) en pots-de-vin entre 2005 et 2008, en grande partie de la part du directeur d'Everwin, un important cabinet d'avocats du Guangdong, pour être intervenu en faveur d'un client de la firme, lors d'un appel devant la Cour suprême.

    Huang Songyou a également été épinglé pour des faits de corruption remontant à 1997. Il présidait alors le tribunal intermédiaire de la ville de Zhanjiang, dans le Guangdong, où il a fait toute sa carrière avant de " monter " à Pékin en 2002. La province méridionale fait l'objet d'un nettoyage en règle de ses filières de corruption, qui a emporté plusieurs juges locaux, ainsi que le maire de Shenzhen.

    La chute d'Huang Songyou lève le voile sur la décrépitude d'un système judiciaire déjà miné par son manque d'indépendance. Elle alimente l'effort anticorruption dont Hu Jintao a fait son cheval de bataille : la " construction de mécanismes anticorruption est une tâche urgente ", a dit le président le 12 janvier, lors d'une session plénière de la Commission centrale d'inspection de discipline, le gendarme interne du parti.

    La bulle immobilière qui s'est formée dans les villes chinoises, alimentée par le plan de relance, a ravivé la polémique sur le " triangle de fer " des officiels, promoteurs et dirigeants de sociétés d'Etat. Les têtes tombent à un rythme accéléré, données en pâture à une opinion publique jamais rassasiée : le 15 janvier, le directeur général de Kweichow Maotai, la première marque de liqueur chinoise, est condamné à mort pour avoir reçu, et octroyé, des millions de yuans de " dessous-de-table ". Pour couronner le tout, le maotai est la boisson des officiels, et fait l'objet d'une distribution planifiée.

    Dénonciation d'internautes

    La corruption est la première récrimination des Chinois à l'égard de ceux qui les gouvernent. Pour le pouvoir, c'est un terrain miné, qui fait immanquablement surgir en creux, dans les débats, et de manière plus ou moins voilée, la question de la réforme politique et de l'indépendance de la presse et de la justice.

    Le pouvoir a même intégré à sa stratégie la notion, débattue en Chine, d'une " surveillance " des officiels par les citoyens : c'est sur dénonciation de deux internautes, se félicite le China Daily, qu'ont été mis en examen la semaine dernière le vice-maire de Maoming, toujours dans le Guangdong, et deux cadres de la police accusés d'avoir protégé un gang criminel. Les médias chinois, qui ont récemment titré sur le fait que les chiffres de 50 milliards de dollars de fonds publics évaporés depuis trente ans en Chine et de 4 000 officiels en fuite, probablement à l'étranger, seraient loin du compte : en réalité, révèle China Media Project, le blog d'observation des médias chinois de l'université de Hongkong, le bilan est chaque année recyclé, intact, depuis 2004... et demanderait à être sérieusement mis à jour.

    Brice Pedroletti (Shanghaï, correspondant)


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