• L'heure de vérité pour les banques

    L'heure de vérité pour les banques

    The Economist Londres

    Jay Myrdal / Getty

    Les résultats des tests de résistance auxquels ont été soumises les banques européennes seront publiés le 23 juillet. Mais cette transparence doit être bien organisée, sous peine d'entamer un peu plus le capital confiance des marchés, prévient The Economist.

    Quand l’Amérique avait imposé des tests de résistance aux situations extrêmes à ses banques en 2009, elle avait contribué à endiguer la panique à Wall Street. La Réserve fédérale avait mis son nez dans les livres de comptes des banques, réclamé une présentation cohérente de la gravité des pertes éventuelles et obligé les établissements qui manquaient de capital à en lever davantage, le contribuable jouant le rôle d’investisseur de dernier recours.

    L’UE va bientôt suivre cet exemple, les résultats devant être communiqués le 23 juillet. Pourtant, si les tests américains ont été exécutés avec une rigueur toute militaire, les efforts européens ont sombré dans le chaos – faisant davantage penser à une dispute sur les quotas de pêche à la morue qu’à la recapitalisation du plus grand système bancaire du monde.

    Les banques et la transparence ne font pas bon ménage

    Les banques et la transparence font rarement bon ménage. Quand un constructeur automobile reconnaît qu’il a un problème, ses usines sont toujours là une semaine plus tard. Qu’une banque fasse de même, et c’est la ruée dévastatrice sur ses comptes. C’est pourquoi les régulateurs préfèrent parfois s’occuper des banques en faillite à l’abri des regards. Or, quand la confiance s’est presque totalement évaporée, la lumière du jour est le seul remède qui subsiste. C’est ce qui s’est passé au Japon en 2002-2003, quand des banques zombies ont été poussées à reconnaître leurs mauvaises créances, et aux Etats-Unis l’an dernier.

    L’Europe en est arrivée au même point. Certaines banques se sont retrouvées exclues des marchés des emprunts internationaux. D’aucuns redoutent en effet qu’elles ne soient emportées par les malheurs de l’Europe du Sud et les soupçonnent de conserver des prêts toxiques datant des années de prospérité. Tant que la foi ne sera pas restaurée, le système bancaire du continent, qui dépend lourdement des emprunts de gros, risque un effondrement de son financement. Ce qui obligerait les banques à s’appuyer encore plus massivement sur les banques centrales et les gouvernements pour refinancer leurs dettes. Cela pourrait également déclencher une récession à deux chiffres.

    La tâche est énorme. Le système bancaire européen est beaucoup plus important que son équivalent américain : 91 banques sont soumises à des tests, contre 19 à Wall Street. De plus, ne disposant pas d’une institution unique dotée de l’autorité et des ressources de la Fed [la Banque fédérale américaine], les tests sont menés par une mosaïque de régulateurs nationaux, la Commission européenne, la Banque centrale européenne et un organisme non gouvernemental quasi-autonome, le Comité européen des contrôleurs bancaires.

    Les banques allemandes, qui ont également souffert de la crise mais peuvent toujours emprunter à faible taux grâce à la bonne santé de leurs finances publiques, ont d’ores et déjà indiqué qu’elles n’étaient pas inquiètes. Ces tests pourraient noyer le problème de la dette souveraine en misant sur des pertes liées à des portefeuilles de négociation et non à des crédits. Contrairement aux Etats-Unis, l’Europe semble déterminée à utiliser une définition assez vague du capital qui ne fait plus figure d’indicateur de référence pour les marchés en matière de solvabilité.

    Il est nécessaire que certaines banques échouent à ces tests

    Il est trop tard pour réparer ces erreurs mais il est également trop tôt pour balayer les résultats de ces tests d’un revers de la main. L’Europe a maintenant besoin de faire trois choses. Tout d’abord, il est nécessaire que des banques échouent à ces tests. Un résultat de 100 % de réussite prouverait seulement que les questions posées n’étaient pas assez difficiles. Heureusement, certaines entreprises indiquent que le niveau des tests a été relevé à la dernière minute.

    Deuxièmement, même s’il est politiquement impossible de chiffrer le risque d’un défaut de paiement, cette éventualité doit être abordée avec lucidité. Chaque banque doit publier en détail les opérations réalisées dans des économies à risque. Comme par le passé, il est probable que certaines banques minimisent leur vulnérabilité. Ces tests revêtiront une importance cruciale en Espagne, le grand pays qui inquiète les investisseurs. Si l’Espagne affiche une dette publique moins importante, certains craignent toutefois qu’elle n’ait pas les moyens de sauver ses banques d’épargne. Ces peurs semblent exagérées car de toute manière, l’Espagne pourrait toujours bénéficier du nouveau plan de sauvetage européen. Mais les régulateurs et les responsables politiques doivent à présent traduire les paroles en actes, même si certains autres pays sont plus laxistes avec leurs banques.

    Enfin, ces tests doivent être mis en œuvre de manière compétente. La dernière chose dont l’Europe a besoin, c’est de publier les résultats de 91 banques en ordre dispersé, avec des conclusions contradictoires et aucun plan de recapitalisation pour les établissements recalés. Le pire ne serait pas que ces tests ne servent à rien mais qu’ils entament un peu plus le capital de confiance des banques européennes.

    Surveillance financière
    Des autorités sans pouvoir ?

    Deux ans après le début de la crise, l’Union européenne pourrait bientôt s’accorder sur un mécanisme de surveillance financière. "Le chemin vers cet accord est typique de la manière dont l’Europe négocie,estime Trouw. Au lieu d’une seule institution de surveillance, on a décidé d’en créer trois : une pour les banques, une pour les assurances, et une pour les marchés financiers. Ainsi, Londres, Paris et Francfort pourront s’en approprier une chaque".

    En ce qui concerne les compétences de ces instances de surveillance,  "les Etats membres souhaitent garder le contrôle et s’arc-boutent, constate le quotidien néerlandais. Un compromis sera donc trouvé : l'institution de surveillance pourra intervenir, mais seulement en temps de crise. Et il reviendra aux Etats membres de déterminer quand il s’agira d’une crise". Trouw regrette que "malgré la gravité de la crise, les Etats ne sont pas encore prêts à céder des compétences. Maintenant que s’estompe le souvenir des banques vacillantes de l’automne 2008, les leçons les plus importantes semblent déjà avoir été oubliées."


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