• L'immigration est une chance pour l'économie, l'exemple américain

    L'immigration est une chance pour l'économie, l'exemple américain

    Quand les économistes américains démontrent que l'immigration soutient la croissance et le pouvoir d'achat.

    Si vous ne portez attention qu'aux batailles politiques, il n'est pas étonnant que vous pensiez que le débat sur l'immigration se résume aujourd'hui aux Etats-Unis aux mesures à prendre pour la restreindre. Elles vont, selon les partis, de rendre étanche lafrontière avec le Mexique à changer la Constitution qui attribue la citoyenneté américaine à tous ceux qui sont nés aux Etats-Unis.

    Parmi les économistes, le débat s'oriente dans une direction totalement opposée. Les arguments en faveur de l'immigration se multiplient et ont été renforcés par la publication le 30 août d'une étude sur le sujet de la Banque de Réserve fédérale de San Francisco (Californie). Elle démontre notamment que les immigrés, contrairement à une conception populaire erronée, ne prennent pas la place des travailleurs américains. Cela a conduit bon nombre deblogueurs économiques à développer la thèse selon laquelle une des meilleures choses que l'Amérique puisse faire pour relancer une économie stagnante est d'encourager plus de personnes à venir travailler aux Etats-Unis.

    Selon la blogosphère économique, l'immigration serait même un remède à tous les maux de l'économie américaine. Personne n'écoute, mais voici tout de même une liste des arguments développés en faveur de l'immigration.

    -Les immigrés vont régler la crise du marché immobilier.

    L’une des  principales raisons de la faiblesse persistante  des prix et des ventes sur le marché immobilier américain, c’est tout simplement qu’il y a trop de logements à vendre.

    L'association nationale des promoteurs précise qu'en juillet 2010 il y avait 3,98 millions de maisons sur le marché, soit 12,5 mois de demande au rythme actuel. C'est un nombre anormalement élevé (le marché fonctionne généralement avec six mois de stocks de logements). Tant que des centaines de milliers de maisons ne seront pas vendues, le marché restera déprimé. Ouvrons la porte aux immigrés qui promettent d'acheter un logement! Chaque année, des dizaines de milliers de personnes demandent le très recherché visa H-1B (travailleurs très qualifiés), elles  sont en général très bien formées et compétentes. Il faut leur accorder davantage de visas H-1B … sous condition qu’elles achètent un logement.

    Ces nouveaux arrivants vont rapidement changer la donne sur un marché immobilier saturé.

    -Les immigrés sont nécessaires pour reconstituer la force de travail américaine.

    Même si la population active aux Etats-Unis continue à augmenter, le rythme de croissance ne cesse de ralentir depuis des décennies. Selon les projections du bureau du travail américain, la croissance du marché du travail sera de seulement 0,4% par an d'ici à 2020 et de 0,3% à partir de 2030. C’est notamment lié au départ à la retraite de la génération du baby boom et à la baisse du taux de natalité. S'il n'y a pas assez d'Américains pour remplir les emplois vacants, ceux-ci devront être occupés par des immigrés. C’est déjà ce qui se produit. Au cours des dernières années, l'essentiel de la croissance de la force de travail provient de l'immigration légale et illégale. En Californie, en 2008, un travailleur sur trois était né à l'étranger. Un flot continu d'immigrés est nécessaire pour soutenir la croissance et permettre au système de sécurité sociale de rester solvable.

    -Les immigrés améliorent la qualité de l'économie.

    Non seulement l'étude de la Réserve fédérale de San Francisco - écrite fort justement par un économiste italien, Giovanni Peri - montre que les immigrés ne causent pas de tort à l'économie, mais elle développe aussi  l'argument selon lequel les immigrés enrichissent les citoyens américains. Plus spécifiquement, elle souligne que «l'immigration aux Etats-Unis de 1990 à 2007 est à l'origine de 6,6 points de croissance sur les 9,9% d'augmentation du revenu net par travailleur sur cette période». Comment l’expliquer? D’abord parce que les entreprises, affirme Giovanni Peri, augmentent leurs capacités de production pour s’ajuster à l'augmentation de la population. Ensuite parce que  les immigrés  les moins qualifiés et les immigrés les plus qualifiés s’orientent vers des secteurs différents de ceux choisis par leurs homologues nés aux Etats-Unis. Par exemple, écrit Peri, «parmi les plus qualifiés, ceux qui sont nés aux Etats-Unis tendent à être cadres, enseignants et infirmiers, tandis que les immigrés sont plutôt ingénieurs, scientifiques et médecins». Cette spécialisation améliore la productivité et donc la croissance.

    Mais est-ce réellement aussi simple: ouvrons les frontières et nos problèmes seront réglés? Pas vraiment. Pour une raison: l'échelle des transferts de population a une importance. La plupart des arguments en faveur de l'immigration pointent les différences entre avoir un million de nouveaux immigrés par an ou n’en avoir aucun. Les effets positifs ne seront plus nécessairement les mêmes si on passe à dix millions d'immigrés par an.

    De plus, les partisans de l'immigration ne répondent pas aux arguments avancés par les adversaires de l'immigration,  tels que la charge que les immigrés illégaux feraient peser sur le contribuable et les finances publiques par leur utilisation des services collectifs (selon le Center for Immigration Studies (Centre d'études sur l'immigration) la santé des immigrés illégaux coûte déjà des milliards aux contribuables, même s'il existe des estimations bien plus faibles).

    La viabilité politique des arguments en faveur de l'immigration dépend pour beaucoup des questions auxquelles vous cherchez à répondre. Mais le débat public aux Etats-Unis se contente de questions  sensationnalistes comme « Faut-il accepter de payer les dialyses de 38 immigrés en situation irrégulière?» ou «les Mexicains constituent une dangereuse cinquième colonne dont l'objectif est de prendre le contrôle des Etats-Unis?» Ce serait bien mieux s'il y avait un peu de place, dans ce débat, pour de vraies études sur l'impact économique de l'immigration.

    James Ledbetter

    Traduit par Eric Leser

    Photo: Le mur le long de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique Jeff Topping / Reuters


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