• L’Union en panne de leaders

    L’Union en panne de leaders

    Trouw Amsterdam

    Alors que l’UE traverse une crise économique et un malaise politique et social, ses dirigeants semblent manquer de volontarisme pour y remédier. Le politologue Rob de Wijk les appelle à renverser la tendance pour freiner le déclin du continent.

    Rob de Wijk

    L’influence de l’Europe est en déclin. On a pu le constater lors du sommet de Copenhague sur le climat, lorsque le souhait européen de parvenir à des accords contraignants sur la diminution des gaz à effet de serre n’a pas été satisfait. Avec la crise financière, les problèmes sont devenus encore plus manifestes. La décision d’accorder une aide aux pays qui risquent de faire faillite a été prise trop tard. Il a fallu recourir au fonds monétaire international (FMI) pour la mettre en œuvre. Idem concernant la mise en place d’une surveillance économique : les mesures ont été prises également tardivement, alors qu’une véritable union politique s’imposait pour pouvoir contraindre des pays comme la Grèce à un comportement correct.

    Manque de dynamiques nationales

    Le manque de dynamisme de l’Europe résulte de la somme des manques de dynamismes nationaux. En Hongrie, par exemple, cela a conduit à une crise politique qui mine tout ce que représente l’Europe. En pleine crise financière européenne, le parti de droite, la Fidesz, a conquis début 2010 une majorité de deux tiers au Parlement, lui permettant de modifier la constitution à son gré. Cette victoire ouvre la voie à la dictature, et le résultat des élections traduit avant tout un rejet de la politique. Les idées extrémistes, comme celles du parti d’extrême droite Jobbik, qui rejette la responsabilité du malaise sur les juifs et les tsiganes, ont désormais le champ libre. Cette crise est une variante extrême d’un malaise politique qui se fait sentir dans presque tous les Etats membres de l’UE et qui fait obstacle à une politique constructive.

    Curieusement, l’Europe semble résignée face à ce déclin. Cette résignation peut en partie s’expliquer par le succès du processus d’intégration européenne proprement dit. Celui-ci a apporté prospérité et sécurité. Mais il également rendu les gens blasés de leur bien-être. Tout ce qui menace le paradis ainsi créé aboutit au mécontentement, à demander "moins d’Europe" et à désigner des boucs émissaires : les juifs, les tsiganes, les musulmans ou encore "les riches".

    Tout cela conjugué à l’absence de dynamisme des politiques nationales empêche les Etats membres de respecter des promesses essentielles, comme la mise en œuvre des objectifs de Lisbonne de 2000. L’Europe n’est pas devenue "l’économie de connaissance la plus compétitive et dynamique au monde". Le nouveau plan "Europe 2020" ne devrait pas non plus aboutir.

    Pas de véritable réflexion

    Une autre explication du déclin est l’extrême vitesse de circulation des informations : les hommes et femmes politiques courent d’un battage médiatique à l’autre ce qui empêche toute réflexion approfondie pour des solutions durables aux problématiques qui se posent. De plus, les leaders manquent souvent de connaissances et de perspicacité. Par conséquent, il leur est difficile de justifier la nécessité des mesures politiques contestées. Prenez l’exemple du vieillissement de la population. Pour l’instant on compte encore quatre actifs pour un retraité dans l’UE. En 2040 ils ne seront plus que deux actifs par retraité. Il faut donc des immigrés pour compenser ce vieillissement démographique.

    Selon Eurostat, 40 millions d’immigrés entreront dans l’UE d’ici 2050, permettant ainsi de compenser en partie les effets de la faible natalité et de l’augmentation de l’espérance de vie. Et pourtant, les politiciens veulent freiner l’immigration. Or sans augmenter le nombre d’immigrés, le déclin de l’Europe s’accélérera. Espérons que la crise financière fasse comprendre aux hommes politiques qu’il faut renverser la tendance négative. Pour ce faire, ils doivent réussir à travailler ensemble et mobiliser la capacité d’innovation des Européens afin d’adapter l’UE aux temps qui changent.


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