• L'union monétaire piégée par ses vices de forme ?

     

    Elle n'est pas parvenue à favoriser une meilleure convergence des économies de la zone euro. Certains États ont vécu au-dessus de leurs moyens.

    L'eurozone est un triomphe comme union monétaire . Comme union économique, c'est beaucoup moins le cas », écrivait l'éditorialiste du « Financial Times » Martin Wolf, en mai 2008, à l'occasion des 10 ans de l'euro. Depuis le diagnostic n'a pas pris une ride, et le pronostic selon lequel la deuxième décennie de l'euro serait plus périlleuse que la première est largement partagé. L'euro reste, certes, une monnaie solide qui protège ceux qui l'ont adoptée. Mais la question de savoir combien de temps cela peut durer ne s'est jamais posée aussi crûment.

    En scellant une union monétaire , les artisans de l'euro avaient fait le pari que la convergence entre les économies de la zone interviendrait a posteriori sous l'effet de l'achèvement du marché intérieur. Mais, depuis dix ans, les écarts de compétitivité au sein de la zone se creusent. Certains pays vivent au-dessus de leurs moyens. C'est le cas de la Grèce, d'une manière caricaturale, mais aussi de l'Espagne, du Portugal et dans une moindre mesure de l'Irlande, de la France et de l'Italie, qui affichent un déficit de la balance des opérations courantes. D'autres au contraire, comme l'Allemagne, les Pays-Bas ou la Finlande, génèrent des excédents structurels. Tout se passe comme si, pour les seconds, l'eurozone était une assurance contre le risque de dévaluation de leurs voisins leur permettant de faire jouer à plein leur avantage compétitif, tandis que pour les premiers, elle serait un chèque en blanc permettant de dépenser sans compter et sans s'exposer au risque de dépréciation monétaire . Les premiers trahissent l'esprit de l'union monétaire  par leurs habitudes dispendieuses, les seconds par goût de la compétition et de l'accumulation.

    règles mal appliquées

    Les règles budgétaires inscrites dans le Pacte de stabilité, qui plafonnent le déficit à 3 % de la richesse nationales (PIB) et le stock de dettes à 60 % du PIB, n'ont pas vraiment permis de faire cohabiter ces cigales et ces fourmis. Certains s'en affranchissent en faussant les chiffres. D'autres refusent simplement de se plier aux injonctions de Bruxelles. La réforme du Pacte de stabilité de 2005, qui a consisté à assouplir le calendrier de retour à l'équilibre en cas de récession, est un coup de Paris et Berlin monté après que la Commission eut envisagé, en 2004, d'infliger une sanction financière à l'Allemagne pour cause de déficit prolongé. Les ministres des finances avaient fait barrage. La Commission était allée chercher l'appui de la Cour de justice qui le lui refusa. Elle ne s'en est jamais totalement remise.

    Mal appliquées, les règles du Pacte sont en outre insuffisantes. Elles ne permettent pas de suivre les écarts de compétitivité ou d'empêcher la formation de bulles sur les actifs, comme celles des marchés immobiliers espagnols ou irlandais. Une coordination des politiques économiques était censée y pourvoir. Elle s'est transformée au fil des ans en exercice bureaucratique sans impact sur les décisions des gouvernements. En somme, non seulement le règlement intérieur de la maison euro se révèle lacunaire, mais il lui manque aussi un majordome pour le faire respecter. n

    par Florence Autret, à Bruxelles
     


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