• L'urgence nationale

    L'urgence nationale

    le 2 février 2010 par

    Jacques Attali

     

    William Gross, le patron du plus grand acheteur mondial d’obligations,  Pimco,  vient de déclencher une tempête   en expliquant que, parmi les pays  à fuir  en raison de leur endettement excessif, le plus menacé est la Grande Bretagne,  qui « se repose sur un lit de nitroglycérine ».  De fait, il y a des raisons de s’inquiéter : la dette totale  du pays est la plus élevée du monde avec celle du  Japon ;   et la seule dette publique  y atteindra les 100% du PIB en 2014.   L'économie britannique, entrée en récession au deuxième trimestre 2008, reste le seul pays du G7, à ne pas en être   sorti,   malgré la forte dévaluation de la livre,  l’énormité des emprunts et la faiblesse des taux d’intérêt, au plus bas depuis plus de trois  siècles.  Le taux de croissance attendu pour 2010 sera  au mieux de   1%. En conséquence,   le  chômage  pourrait atteindre cette année les  10% bien que la Grande Bretagne soit  avec l'Allemagne  le seul pays développé où la productivité a baissé en 2009.  Cette perte de dynamisme industriel se traduit aussi   par la vente de fleurons de l’industrie britannique à l’étranger. Ainsi, Birmingham, capitale industrielle mythique, vient de perdre Cadbury, vendu à l’américain Kraft, après avoir perdu Rover ; Même  les banques anglaises ne font plus partie du groupe  des banques les plus stables et les moins risqués du monde et sont reléguées, selon l’agence de notation SP, en troisième catégorie.  Enfin,  après plus d’une décennie de gouvernement travailliste,   les 10% les plus riches ont encore  un patrimoine cent fois supérieur à celui des  10% les plus pauvres, ce qui est le ratio le plus élevé depuis 40 ans.      

    De plus, tout le monde sait bien qu’après les élections, quel qu’en soit le résultat, un plan d’austérité sera mis en place.  Même si tous les partis s’en défendent, plus ou moins adroitement, comme les conservateurs, qui se croyaient encore récemment assurés d’une victoire facile, et qui,  voyant que, selon les plus récents sondages, le risque existe d’un résultat plus serré,  font machine arrière. Et un plan d’austérité voudra dire évidemment moins de croissance, plus de chômage  et  des menaces sur le système public  de santé et sur toutes les infrastructures publiques.

    Plus encore peut être, c’est la confiance en  elle-même  de la Grande Bretagne qui est  fondamentalement atteinte :   Moins de la moitié de la population, de plus en plus communautarisée,  estime que « British Is best » ; alors qu’il y a 15 ans, 63% des Anglais en étaient persuadés.  

     Pour autant, la  Grande Bretagne a encore  beaucoup d’atouts. Au moment où on entre dans une société  de l’intelligence, elle  reste  la matrice de la langue des affaires  et de l’innovation.  Dans le classement de Shanghai,    on trouve 4 universités anglaises   parmi les 25 premières ; et  la Grande Bretagne   est encore  le  deuxième pays en matière de prix Nobel en sciences.  La ville de Londres   restera  la ville globale par excellence,  avec une concentration unique   d’activités créatrices, d’innovations architecturales et  artistiques et une  multi culturalité   presque unique au monde.

    Il ne faut donc pas enterrer trop vite la Grande Bretagne. Comme elle l’a montré si souvent dans son histoire, elle  pourrait  réagir très rapidement, si  ceux qui aspirent à la diriger réussissent  à  y recréer un sentiment d’urgence nationale ; C’est là le principal enjeu de la campagne qui commence.    D’autres pays feraient bien, aussi, d’y penser.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :