• L’utopie écologique des fermes verticales

    L’utopie écologique des fermes verticales

    En enfermant les champs dans des tours de verre, un chercheur américain ambitionne d’adapter la production agricole aux besoins d’une humanité majoritairement citadine.

    L’agence d’architectes SoA a imaginéune « Tour vivante » où 30 étages de logements et bureaux sont enroulés dans une serre de 7.000 mètres carrés.  l’intérieur de la serre.Charlotte AvignonSOA Architectes

     

    Plus fort que les villes à la campagne : des serres géantes dans les villes ! C’est le projet du professeur Dickson Despommier, un microbiologiste de l’université new-yorkaise de Columbia, qui pense avoir trouvé la clef de l’avenir alimentaire de notre monde urbanisé. Après une décennie de recherche consacrée au sujet, il défend la vision d’un monde où, avec plus de la moitié de la population regroupée dans des centres urbains, l’agriculture se doit de migrer, elle aussi, dans les villes.Selon lui, l’agriculture durable, nécessaire pour subvenir à nos besoins à long terme sans agraver notre impact sur la planète, ressemblera moins à une ferme sur le Larzac qu’à une colonie humaine sur Mars : des unités de production hors-sol de fruits et légumes installées dans des tours de verre à proximité, voire au cœur, des métropoles. Dans ces « fermes verticales », hermétiquement closes, le contrôle de toutes les variables de l’environnement éliminerait le recours aux pesticides, et la consommation d’eau serait réduite grâce à la culture hydroponique – les plantes étant irriguées par une solution leur apportant nutriments et sels minéraux. Selon les théories de Dickson Despommier, les déchets seraient recyclés pour produire de l’énergie, et la transpiration des plantes produirait de l’eau potable. Dans cet univers dépourvu de saisons et protégé des caprices du climat, les rythmes de production seraient accélérés, avec des volumes de récoltes jusqu’à dix fois supérieurs à ceux obtenus sur un arpent de terre de taille identique.

    Repenser les bâtiments

    « Il ne s’agit pas ici d’agriculture biologique mais d’agriculture post-biologique, déclare Dickson Despommier.Voilà dix ans que j’étudie la question sous tous les angles avec mes étudiants, et je pense que ce concept résout beaucoup de problèmes. »Il a consigné ses réflexions sur le sujet dans un livre à paraître au printemps prochain.Le chercheur explique qu’en rapprochant la source de production alimentaire du consommateur, les fermes verticales, ou  fermes urbaines, réduiraient considérablement les émissions de gaz à effet de serre produites par le transport et la réfrigération de denrées. Simultanément, de plus en plus de terres agricoles pourraient être rendues à la nature. Les fermiers seraient rémunérés pour reboiser et veiller à l’épanouissement de la biodiversité locale.Ce concept futuriste n’est pas exempt de critiques.« Imaginez ce que des interruptions de courant ou le moindre problème technique pourraient causer à la production alimentaire. En outre, un environnement ultra-contrôlé n’empêchera pas les mousses et les algues de prospérer, comme elles prospèrent déjà sur la Station spatiale », note Kristen Lagadec, ingénieur aérospatial et auteur d’un blog consacré à l’agriculture biologique. En outre, le modèle économique des fermes verticales reste entièrement à inventer. Dickson Despommier estime que 20 millions de dollars (14 millions d’euros) seront nécessaires à la création d’un prototype et évoque la participation nécessaire des pouvoirs publics.Malgré les incertitudes, les fermes verticales ont des adeptes. Elles inspirent en particulier les architectes, qui se sont saisis du concept pour imaginer des structures radicalement innovantes.« C’est une opportunité idéale pour repenser de fond en comble le bâtiment et envisager ses fonctions sous un angle très nouveau »,  souligne Charlotte Avignon, une jeune architecte française qui a conçu, pour son projet de fin d’étude, la « Serre de très grande hauteur », une ferme verticale en forme de cage thoracique. A Paris, l’agence d’architectes SoA a imaginé une « Tour vivante » où 30 étages de logements et bureaux sont enroulés dans une serre de 7.000 mètres carrés.

    Tester la faisabilité

    A Seattle, la société Weber Thompson a remporté en 2008 le concours national du US Green Building Council, une organisation qui promeut le développement de bâtiments « verts », en imaginant un complexe de 5 étages intégrant logements, bureaux, commerces et unités de production agricole. Le projet a attiré l’attention de la ville de Newark, dans le New Jersey, qui envisage la construction d’un prototype destiné à tester la faisabilité de tels développements urbains. La municipalité compte sur des investisseurs privés pour financer les 3 millions de dollars nécessaires à l’élaboration du projet. La construction exigerait un budget évalué à 30 millions de dollars, fournis potentiellement par des investisseurs privés et des fonds fédéraux issus du plan de relance.« Nous n’avons encore rien de tangible mais nous sommes en conversation continue avec les élus », indique Dan Albert, designer chez Weber Thompson et leader du projet.

    Structures en kit

    Dans l’immédiat, Dickson Despommier a les yeux rivés sur le désert.« A ce jour, nous avons surtout reçu des requêtes du Proche-Orient (Jordanie, Abu Dhabi, Qatar…). Ils sont soumis à une forte dépendance des importations alimentaires, mais ils ont très largement les moyens d’explorer des méthodes innovantes pour développer leurs propres capacités de production. »Son rêve à plus long terme, une fois que le concept aura été testé et éprouvé ? Nourrir les populations frappées par les guerres ou les catastrophes naturelles, grâce à des structures en kit qui seraient montées en temps record, là où la famine menace.« Il s’agirait de systèmes modulables adaptés aux conditions locales. En tout état de cause, ils consommeraient très peu d’eau et seraient énergétiquement autonomes. »Encore va-t-il falloir qu’un premier projet voie le jour.« Le plus difficile est de franchir le premier pas. Tout le monde attend que quelqu’un d’autre prenne le risque initial », note Dickson Despommier.

    LAETITIA MAILHES


     

    Extérieur de la tour

    Le développement durable


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