• La banque du Vatican soupçonnée d'avoir violé la nouvelle loi antiblanchiment

    La banque du Vatican soupçonnée d'avoir violé la nouvelle loi antiblanchiment

    La justice enquête sur un transfert de fonds de 23 millions d'euros
    Rome Correspondant
     

    Pas de chance, vraiment pas de chance. Mercredi 22 septembre, le quotidien du Vatican L'Osservatore Romano a publié des extraits de la préface écrite par le numéro deux de la curie, le cardinal Tarcisio Bertone, pour la réédition du livre d'Ettore Gotti Tedeschi Denaro e paradiso (" L'argent et le paradis ").

    La veille, son auteur, également président de l'Institut pour les oeuvres de Religion (IOR), soit la banque du Vatican, a été mis sous enquête pour violation de la nouvelle loi italienne contre le blanchiment ainsi que le vice directeur, Paolo Cipriani.

    La justice reproche aux deux hommes de n'avoir pas indiqué le mandataire ainsi que l'objectif d'un mouvement de fonds en provenance de l'IOR de 23 millions d'euros déposés sur un compte-courant dans une agence romaine de la banque Credito Artigiano.

    Sur ce total, 20 millions d'euros devaient être transférés vers une filiale en Allemagne de la banque JP Morgan et le reste vers une autre banque italienne (Banca del Fucino). Ces fonds ont été saisis par la justice.

    Pour le Vatican, qui a renouvelé sa confiance au président de la banque et pour M. Gotti Tedeschi l'affaire tombe mal. Elle fait ressurgir du passé les ombres et les intrigues de l'affaire Paul Marcinkus du nom du cardinal romain qui dirigeait l'IOR dans les années 1980. A cette époque, le prélat américain surnommé " le banquier de Dieu ", avait été mis en cause dans l'enquête sur la faillite de la banque Ambrosiano dont le dirigeant Roberto Calvi avait été retrouvé pendu sous un pont de Londres. Actionnaire de l'Ambrosiano, l'IOR avait perdu dans cette opération plus de 1 milliard de dollars.

    " Humilié et mortifié "

    Depuis le Vatican était bien persuadé d'avoir retrouvé les chemins de la vertu, même si l'IOR est entouré d'une double muraille de secret : celui qui touche au Saint-Siège en général et l'autre qui regarde les opérations financières. La nomination de M. Gotti Tedeschi, spécialiste de l'éthique de la finance, venu de la banque espagnole Santander il y un an, manifestait la volonté du plus petit Etat du monde d'entrer dans la liste blanche du GAFI, l'organisme international créé pour lutter contre le blanchiment et le financement du terrorisme.

    Amer, M. Gotti Tedeschi, soutenu par les autorités vaticanes, soutient que l'argent saisi par la justice " concerne un mouvement de fonds de l'IOR vers l'IOR ". " Nous avons, dit-il, simplement transféré de l'argent pour l'investir dans des obligations allemandes. " Se disant " humilié et mortifié ", agitant la menace d'une démission, il veut voir dans sa mise en cause une manière indirecte " d'attaquer le Vatican " et le Pape. " Nous sommes sur la sellette au moment où nous travaillons sur les normes anti-recyclage ", ajoute-t-il sans en dire plus.

    Fondé en 1942 pour assurer la conservation et l'administration de biens mobiliers et immobiliers confiés à l'église, l'IOR, placé sous la responsabilité du cardinal Bertone et doté de deux conseils de surveillance (un laïque, l'autre composé de prélats dont le cardinal français Jean-Louis Tauran) possède un patrimoine estimé à 5 milliards d'euros.

    La banque a son siège à deux pas des appartements privés du pape. Elle ne possède pas de filiales mais compte un distributeur automatique dans l'enceinte du Vatican. Les instructions sont écrites en latin de messe. Une manière sans doute de rapprocher l'argent du paradis.

    Philippe Ridet


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :