• La bonne surprise allemande ne suffit pas à rassurer sur l’avenir de l’économie européenne

    La bonne surprise allemande ne suffit pas à rassurer sur l’avenir de l’économie européenne


    La tendance à l’amélioration s’est vérifiée un peu partout en Europe. Mais sa pérennité dépendra beaucoup de la reprise mondiale. Rien n’est garanti…

    « De bonnes nouvelles, mais des nouvelles déjà dépassées. »C’est en ces termes plutôt sceptiques que Chris Williamson, le chef économiste de Markit, juge la batterie de statistiques publiées, vendredi, par les autorités européennes. De fait, si les chiffres de croissance de la zone euro ont surpris agréablement, ce très rassurant coup d’œil dans le rétro viseur ne présage en rien de la solidité de la reprise actuelle, ni de sa pérennité.L’Allemagne n’est pas la seule à avoir connu un bon deuxième trimestre. Un peu partout sur le Vieux Continent, la conjoncture économique a été meilleure que ne l’imaginaient les analystes. Une croissance de 0,9 % en Autriche, de 0,4 % en Italie, de 0,2 % en Espagne après 0,1 % au premier trimestre, de 0,9 % aux Pays-Bas, ou encore de 0,6 % en France : sans atteindre des proportions à l’allemande, la tendance à l’amélioration se vérifie un peu partout. Même dans les pays qui connaissent actuellement une récession, elle est visible. On peut prendre ici l’exemple de la Roumanie, dont la contraction économique a été de 0,5 %, contre une baisse de 2,6 % au cours du trimestre pré cédent. Même cas de figure en Bulgarie, où la diminution est de 1,5 %, après une chute de 3,6 %.On le voit, un premier bémol s’impose. Certes, la zone euro dans son ensemble affiche une belle croissance de 1 % au deuxième trimestre par rapport au précédent, soit l’équivalent d’une expansion d’un peu plus de 4 % sur un an si ce rythme était maintenu pendant douze mois. Mais ce chiffre tient en grande partie à l’exceptionnelle reprise allemande, sans précédent depuis plus de vingt ans.Dès lors, deux questions se posent : d’une part, l’Allemagne va-t-elle continuer de croître rapidement ? Et, d’autre part, a-t-elle la capacité d’emmener dans son sillage l’ensemble de l’économie européenne ?
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    Sur le premier point, les avis divergent. Même si les chiffres détaillés ne sont pas connus pour l’instant, il semble acquis que Berlin doit l’essentiel de son sursaut économique à la dynamique de ses exportations. La remarque s’applique d’ailleurs à l’ensemble de l’Europe :« Hormis quelques poches où la consommation des ménages résiste, c’est le commerce extérieur qui permet à l’Union européenne de tenir le coup », note ainsi Chris Williamson. Dès lors, tout dépendra de la bonne tenue du commerce international. Or, souligne Olivier Gasnier, économiste en charge de l’Europe chez Société Générale,« on assiste à un indiscutable ralentissement en Chine, et au même moment l’euro a récupéré une bonne partie de ses pertes, ce qui prive les Européens d’un élément de compétitivité ». Chez Nomura, Jens Sondergaard, également économiste en charge de l’Europe, est plus optimiste :« Si vous regardez les études d’opinion allemandes dans les milieux d’affaires, ou si vous vous penchez sur l’évolution du chômage, le troisième trimestre s’annonce plutôt bon. »Quoi qu’il en soit, il semble certain que la locomotive allemande va perdre de sa vigueur, car une croissance de 2,2 % sur un trimestre équivaut à une trajectoire« à la chinoise ou à l’indienne », note Jens Sondergaard. Autant dire qu’elle n’est pas soutenable.Tout dépendra donc de la vitesse de ce ralentissement. Il ne faudrait pas qu’il soit trop rapide car un groupe de pays menace, au contraire, de tirer l’ensemble de l’Europe dans la récession. Il s’agit de tous ceux qui, à l’inverse de l’Allemagne ou, dans une moindre mesure, de la France, ont opté pour des mesures d’austérité drastiques, par choix politique ou par inévitable contrainte financière.« Prenez l’Italie, l’Irlande, l’Espagne, le Portugal, la Grèce et le Royaume-Uni. Tous ont serré la vis à un moment critique sur le plan conjoncturel, constate Chris Williamson.Les chiffres de PIB ne sont pas en ligne avec le très net pessimisme que nous avons constaté, par exemple, dans nos dernières études sur l’opinion dans les milieux d’affaires britanniques. »Entre la locomotive allemande et le trou noir des pays condamnés à la rigueur, c’est la dynamique de l’économie mondiale qui tranchera.
    Gabriel Grésillon

                                 

    Olli Rehn, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires.Rainer Brüderle, ministre allemand de l’Economie.Guilio Tremonti, ministre des Finances italien.Longo/Graffiti/ROPI-REAafpréa


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