• La chance européenne de David Cameron

    La chance européenne de David Cameron

    The Independent Londres


    David Cameron rend visite à Angela Merkel à Berlin, le 21 mai 2010.

    Grâce à la coalition avec les libéraux-démocrates, le nouveau Premier ministre britannique n'est plus otage des eurosceptiques de son propre parti. Une opportunité pour David Cameron de tirer profit des divisions actuelles au sein de l'Union européenne, et faire du Royaume-Uni une force de premier plan en Europe.

    John Lichfield

    En voilà une énigme. Tony Blair s’annonçait comme le plus pro-européen des Premiers ministres britanniques depuis Edward Heath. Il a laissé derrière lui une Grande-Bretagne marginalisée et dont l’Union Européenne se méfie, conséquence de la guerre du Golfe, de ses efforts pour diviser le continent entre une Vieille et une Nouvelle Europe rumsfeldienne et de ses mensonges à propos de la politique française en Irak.

    David Cameron, lui, est à la tête du grand parti parlementaire le plus viscéralement anti-Bruxelles qu’ait connu Londres depuis son entrée dans l’UE. Et il pourrait être le Premier ministre qui réconciliera les Britanniques avec l’Europe et donnera pour la première fois à la Grande-Bretagne un rôle positif de premier plan à Bruxelles.

    Il pourrait, ce qui ne veut pas dire qu’il le fera.

    Cameron se retrouve avec des atouts intéressants entre les mains dans la partie de cartes de la politique britannique et européenne. Il y a un mois, beaucoup affirmaient qu’un gouvernement Tory dirigé par Cameron chercherait à en faire le moins possible en Europe, mais que — sous la pression de sa nouvelle représentation parlementaire furieusement eurosceptique — il serait entrainé dans une succession de conflits avec ses partenaires de l’UE.

    La réussite de l'euro est dans l'intérêt de Londres

    Cameron est aux commandes d’un gouvernement de coalition avec des LibDems très pro-européens. Nick Clegg, son vice-Premier ministre, est un ancien membre de la Commission européenne et a été député européen. En tant que Premier ministre, c’est en Europe que Cameron a effectué son premier voyage à l’étranger. Il a eu droit aux flatteries du président Nicolas Sarkozy, et la chancelière Angela Merkel lui a donné du “Du” et du “David” (mais pas encore du “Dave”).

    Cameron a assuré que la Grande-Bretagne ne grimperait pas à bord du léviathan ébranlé qu’est l’euro, qui s’efforce de survivre à la pire tourmente de sa courte histoire. Jusque-là, rien d’étonnant. Mais il a ensuite ajouté que la réussite d’un euro fort était dans l’intérêt de Londres. Bravo, répondent de nombreux Européens. C’est un changement bienvenu par rapport à l’attitude traditionnelle des Britanniques face à toute nouveauté venue d’Europe au cours des soixante dernières années, qu’il s’agisse de la Communauté européenne du charbon et de l’acier ou de la Ligue des champions. Cette attitude revenait à dire : “Nous n’allons pas nous joindre à vous. En attendant, nous sommes sûrs, et nous espérons, que vous allez échouer.”

    On a l’impression que Cameron est plus à l’aise en tant que Premier ministre d’une coalition Tory-LibDem que s’il s’était retrouvé à la tête d’une majorité conservatrice. Cela lui offre une petite marge de manœuvre, et correspond davantage à son tempérament conciliant. Ce qui pourrait être particulièrement vrai pour l’Europe. Sa stratégie de modernisation et de modération, en tant que chef de file de l’opposition, a consisté à se débarrasser de l’essentiel du dogme thatchérien tout en prétendant être plus thatchérien que Thatcher sur l’Union européenne. Il a détourné les euro-Tories du Parti populaire européen classique, discrètement fédéraliste (et dont font partie Sarkozy et Merkel) et leur a fait conclure une alliance avec un bataillon hétéroclite d’hurluberlus principalement originaires d’Europe de l’Est.

    Pro-européen et eurosceptique à la fois

    A présent, l’alliance avec les libéraux-démocrates offre à Cameron l’occasion de définir une nouvelle vision européenne, pragmatique et coopérative, indépendamment de ce qu’en pensent les conservateurs eurosceptiques purs et durs. Durant la campagne, le projet conservateur parlait de rapatrier des pouvoirs et de réduire l’Europe supranationale à une simple “association d’Etats”. Celui de la coalition libéraux-conservateurs parvient à être à la fois pro-européen et eurosceptique dans le ton mais ne fait nulle mention d’un rapatriement des pouvoirs. Il laisse même entendre que la nouvelle réglementation européenne, concernant une politique judiciaire commune, pourrait être dans les intérêts du Royaume-Uni.

    Le hasard a donné un autre atout à Cameron. Conséquence de la crise de la dette des Etats, le paysage politique européen est un ferment pour le moins intriguant. Ou, si vous préférez, une sacrée panade. L’Allemagne semble renier sa foi dans une Europe fédérale mais souhaite en même temps modifier les traités afin de doter l’UE de nouveaux pouvoirs de contrôle sur les finances nationales.

    Les relations entre la France et l’Allemagne se sont tendues. L’Italie de Silvio Berlusconi n’a guère d’influence. L’Espagne cherche à sauver sa peau. La Belgique est en pleine déliquescence. Le pouvoir de Bruxelles — post-traité de Lisbonne — s’est effondré à force de reculer, en bonne partie parce que les nouveaux dirigeants ne sont pas à la hauteur de leurs responsabilités. Pourquoi ? Parce que, lorsqu’il a fallu les désigner, la plupart des gouvernements européens ont préféré confier le pouvoir à des personnages sans envergure.

    La doctrine Cameron, revue et corrigée par Clegg, pourrait se révéler étonnamment proche de celles de Sarkozy et de Merkel, tous deux en quête d’un nouveau pragmatisme européen, à la fois modeste et efficace.

    Les querelles entre le Royaume-Uni et le reste de l’Europe ne manqueront pas dans les années à venir, qu’il s’agisse de la réduction de la participation britannique au budget de l'UE ou du futur financement de la politique agricole commune. Reste que l’absence de leadership européen et les tensions entre Berlin et Paris, représentent pour Cameron, Clegg et même pour l’eurosceptique William Hague une opportunité sans précédent.

    Crise
    Comment les eurosceptiques pourraient sauver l'euro

    Ancienne figure de l'ère Thatcher, le député conservateur John Redwood, surnommé un jour le "Pol Pot des privatisations", assure dans les colonnes du Times que la Grande-Bretagne pourrait renforcer l'euro. "Il faut toujours profiter d'une bonne crise" parce qu'elle "pourrait permettre à la Grande-Bretagne de chercher à reprendre des pouvoirs, en échang d'une autorisation d'une union plus étroite pour les pays de la zone euro". Redwood prend l'exemple de la livre sterling. "Londres et la grande partie du Sud-Est du pays ont une économie forte et compétitive, mais Liverpool et le pays de Galles ne peuvent pas dévaluer pour accroître leur compétitivité. Au lieu de cela, le gouvernement central aide de manière substantielle les régions du pays qui ont un fort taux de chômage et des revenus moins importants, pour que l'union soit possible. On l'accepte, car c'est le prix à payer pour appartenir à zone monétaire commune"

    Pour John Redwood, il est important pour la Grande-Bretagne que l'euro aille bien. C'est pourquoi la Grèce a besoin de plus de discipline, et que dans le même temps, "l'Allemagne doit prendre ses responsabilités et aider les régions de la zone en difficulté". Le Royaume-Uni devrait par conséquent aider les membres de l'eurozone à encadrer leurs budgets. "On pourrait demander, en échange de la création d'un gouvernement économique au sein de la zone euro, le retour de certains pouvoirs ", notamment dans les domaines de la politique sociale et de l'emploi.


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