• La Chine confrontée aux risques de l’inflation

    La Chine confrontée aux risques de l’inflation

    Selon Pékin, les prix à la consommation ont augmenté de 1,9 % en décembre dernier. La réaction de Zhou Luohua, professeur de finance à l’université de Shanghai.

    28.01.2010 | Zhongguo Wang (China.com)


    Le cours des céréales s’est envolé dans tout le pays. Est-ce révélateur d’une poussée inflationniste générale ?
    Zhou Luohua La hausse du prix des céréales comme celle des autres marchandises n’est qu’une conséquence, pas une cause. Elle résulte de l’assouplissement excessif du crédit, qui a faussé les mécanismes du marché et entraîné une baisse de la productivité du travail.
    L’orientation des prix dépend de celle de la politique monétaire. Si l’on continue, comme en 2009, à l’assouplir progressivement et à accorder des prêts pour permettre l’achèvement, puis la mise en vente des projets en cours [notamment immobiliers], il faudra sans doute injecter encore plus de 10 000 milliards de yuans de crédits [plus de 1 000 milliards d’euros], d’où un risque à court terme d’inflation à deux chiffres. Mais si l’on resserre dès à présent le crédit, comment terminer les chantiers ? Les 10 000 milliards accordés l’an dernier risquent de l’avoir été en pure perte et les acquis de la réforme bancaire seront réduits à néant. Je ne sais pas si l’on va se retrouver dans une telle impasse et je n’ai pas de solution miracle. Je suppose que les décideurs vont s’efforcer d’éviter d’en arriver là, mais je ne suis pas sûr qu’ils y parviennent.

    On assiste à l’apparition d’anticipations inflationnistes. Quelles peuvent en être les conséquences sur notre économie ?
    Quand on s’aperçoit que l’inflation est là, celle-ci est déjà très difficile à maîtriser. L’inflation donne au marché une fausse impulsion, en encourageant les gens à obtenir de bons retours sur investissement non pas grâce aux progrès techniques, mais par l’accumulation de capitaux et de marchandises à des fins spéculatives. Un tel phénomène est préjudiciable à l’économie sur le long terme. De plus, l’inflation affecte surtout la vie quotidienne des classes moyennes et modestes. Beaucoup de gens ont leur opinion au sujet du réajustement des politiques : grosso modo, certains préconisent une réévaluation du yuan, d’autres souhaitent une hausse des taux d’intérêt. J’estime que ces mesures sont soit trop tardives, soit inutiles. Si le gouvernement souhaite faire quelque chose contre l’inflation, il doit réduire les dépenses budgétaires, diminuer la fiscalité, organiser moins de conférences et lancer moins de projets pharaoniques visant à améliorer l’image des pouvoirs publics au mépris des besoins quotidiens de la population. Par ailleurs, il convient de mettre en place une profonde réforme des institutions et de bâtir un marché des capitaux plus abouti ; il faut faire en sorte que la valeur des actifs des sociétés publiques ait comme contrepartie directe le bien-être de la population ; il faut augmenter l’efficacité du travail du gouvernement. Il serait tout aussi puéril de vouloir compter sur une politique monétaire “intelligente” pour surmonter la crise financière que de vouloir fabriquer une machine à mouvement perpétuel !

    La banque centrale a relevé d’un demi-point le taux de réserves obligatoires des banques commerciales [le montant minimum qu’elles doivent garder dans leurs coffres] le 18 janvier. Est-ce à dire qu’elle va accélérer le durcissement de sa politique monétaire ?
    Relever maintenant les taux d’intérêt revient à retourner le couteau contre soi. Les méthodes employées aujourd’hui pour durcir la politique monétaire sont tout aussi erronées que celles utilisées au départ pour l’assouplir. Voyez les effets de la politique d’assouplissement graduel du crédit au cours de l’année écoulée : il n’a pas été nécessaire pour les entreprises de se livrer à une douloureuse guerre des prix pour conserver leurs parts de marché ; il leur a toujours été possible, en prenant des responsabilités limitées, d’obtenir de grandes quantités de capitaux sans rapport avec leur situation en termes de risques/profits. De manière invisible, cela a encouragé les gens à se lancer dans des activités spéculatives. Supposons que mon usine se trouve menacée à cause de la crise financière et que j’aie soudain la possibilité d’emprunter pour investir. Si ces investissements se révèlent gagnants, tout ce qui ne sera pas capital de départ et coût du crédit sera pour ma poche. S’ils sont calamiteux, je ne pourrai pas essuyer des pertes supérieures à celles de l’usine. Si je suis une personne normale, je vais donc emprunter pour lancer de nouveaux projets – à moins que je ne place cet argent dans l’immobilier pour garantir mon capital. Pour moi, une politique de crédit, dès lors qu’elle induit un amour du risque chez les investisseurs et les chefs d’entreprise, est une politique qui a dérapé.

    Ne pensez-vous pas que la banque centrale a pour obligation de revoir l’orientation de sa politique ?
    Il aurait été préférable de ne pas délivrer autant de prêts jadis. Un an seulement s’est écoulé entre le moment où la politique de relance économique a été mise en œuvre et aujourd’hui, où l’on commence à envisager un resserrement du crédit. De telles volte-face ne peuvent qu’affaiblir davantage les mécanismes de stimulation et de restriction inhérents à l’économie de marché, si bien qu’en cas de crise on en est réduit à compter sur des mesures plus brutales. Nous pouvons seulement conserver une politique monétaire passive qui laisse jouer les mécanismes du marché sans améliorer le rapport risques/profits ni apporter de nouveaux stimulants ni de nouvelles contraintes. Je sais, pour avoir élevé des enfants, que l’alternance de châtiments et de gâteries aboutit à des résultats désastreux !

    Pourriez-vous dresser rapidement un tableau de l’économie chinoise en 2010 ?
    Le plus gros défi à relever sera celui de la hausse des prix. Historiquement, c’est l’inflation galopante qui a eu raison de la dynastie Jiang (Tchang Kaï-chek). Cependant, je crains que les pouvoirs publics, pour empêcher un retour de l’inflation, ne prennent des mesures telles que le resserrement du crédit ou la réévaluation du yuan, susceptibles d’entraîner une dévalorisation des biens et une détérioration de la qualité des actifs bancaires, ce qui réduirait à néant tous les efforts des années passées.


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