• La Chine dope l'euro

    La Chine dope l'euro

    Pékin a tout intérêt à ce que la monnaie européenne ne perde pas trop de sa valeur face au dollar et au yuan.

    L’été devrait finalement être calme sur le front de la monnaie unique européenne. La réussite des «stress tests» passés par les banques européennes, même s’ils sont imparfaits, est venue compléter le dispositif de défense mis en place par les gouvernements européens: le fonds de stabilisation de l’euro, doté de 450 milliards, de quoi soutenir un Etat qui se trouverait en difficulté, comme la Grèce au début de cette année. Les investisseurs sont ainsi rassurés sur la volonté des Européens de défendre leur monnaie. Certes, la décision n’a été ni facile à prendre, ni rapide, mais enfin, elle existe. 

    Ne pas tout mettre dans le même panier

    Le petit coup de pouce de la Chine n’est pas non plus pour rien dans la stabilisation de la monnaie européenne. La déclaration de confiance dans l’euro que la Chine a adressée à Angela Merkel lorsque celle-ci était à Pékin à la mi- juillet n’est pas anodine. Le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, a en effet déclaré que «le marché européen a été par le passé, est maintenant et sera dans le futur l’un des principaux marchés pour les réserves de change chinoises». Il est vrai que le pays est doté des plus grandes réserves de change du monde, soit 2.450 milliards de dollars. C’est le fruit de sa politique d’exportations. Mais il faut bien investir cet argent, et même si les bons du Trésor américain sont la première destination des milliards chinois, Pékin est soucieux de diversifier ses avoirs, en investissant en yen japonais et en euro.

    Et puis, la Chine doit aussi résoudre en douceur son propre problème de change: les Etats -Unis font pression pour qu’elle réévalue fortement sa monnaie. Après une longue résistance, elle s’est résolue à abandonner son lien fixe (le «peg») avec le dollar mais la réévaluation qu’elle a autorisée reste très insuffisante aux yeux de Washington. Et puis  la Chine n’exporte pas seulement aux Etats-Unis mais aussi, et beaucoup, en Europe. Elle a donc intérêt à ne pas voir l’euro tomber trop bas, car cela freinerait ses échanges avec l’Europe. Mieux vaut aussi pour Pékin que, contrainte à des plans de rigueur, l’Europe ne tombe pas en récession. Il est donc de son intérêt bien compris de soutenir la monnaie unique européenne et d’aider l’Europe à sortir de ses difficultés. Si la mondialisation a des inconvénients, elle présente parfois aussi des avantages, dont celui de nous rendre solidaires. Dans ce cas précis, cela a aidé les Européens à stabiliser leur monnaie.

    Déjà en juillet, plusieurs Etats européens considérés comme fragiles, les fameux «PIGS» (Portugal, Italie, Grèce et Spain [Espagne]), avaient pu lever des capitaux sur les marchés pour financer leur dette publique. Du reste, la Chine aurait acheté une bonne part de l’emprunt espagnol émis au même moment… Les Grecs, avaient pu trouver 2 milliards, suivis de l’Espagne, emprunteuse de 3 milliards, et du Portugal. Dans la deuxième semaine de juillet, les pays européens ont pu trouver au total 28 milliards sur les marchés financiers, et le succès de ces emprunts –certes au prix fort, avec des primes de risque encore élevées– a même permis à l’euro de se redresser sur les marchés des changes.

    Aujourd’hui, les emprunts des Etats européens sont revenus à des niveaux de taux d’intérêt très bas. Car aux déclarations chinoises se sont ajoutées les incertitudes sur la reprise américaine. Début août, les obligations du Trésor français à dix ans étaient tombées au taux de  2,78%, son plus bas niveau historique. Mieux: la différence de taux avec l’Allemagne, le fameux «spread», est retombé à 27 points de base, contre 50 au plus fort de la crise. Mieux encore, le recul des taux d’intérêt est aussi réel pour les «PIGS», notamment pour l’Espagne, qui a su attirer les investisseurs à un taux d’intérêt plus bas qu’en juin.

    Marie-Laure Cittanova

    Photo: Des demandeurs d'emplois attendant un entretien d'embauche à Zhengzhou. Donald Chan / Reuters


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