• La Chine exporte même... ses zones économiques spéciales

    La Chine exporte même... ses zones économiques spéciales

    De nombreux pays font l'expérience d'ouvrir des zones économiques spéciales, ces enclaves libres de taxes qui ont favorisé le démarrage économique de l'empire du Milieu dans les années 1980. Dans certains cas, les investisseurs chinois les encouragent, non sans convoitise. Dernier exemple en date, l'Égypte.

    D'où vient le miracle économique chinois, qui fait pâlir de jalousie tant de pays émergents ? En trois décennies, l'empire du Milieu a éradiqué en grande partie sa pauvreté, enregistré une croissance moyenne

    d'environ 9 %, devenant le champion mondial des exportations. Certains pays croient tenir la clé de ce « miracle » : les zones économiques spéciales (ZES), ces enclaves libres de fiscalité et de pesanteurs administratives où les entreprises peuvent s'installer à bon compte, produire et exporter sans tracasseries bureaucratiques. Un modèle que la Chine a adopté dans la foulée de son ouverture au monde, à la fin des années 1970, accélérant ainsi son industrialisation et la création d'infrastructures. Mais la vague a gagné nombre de pays dans le monde émergent, avec parfois l'appui intéressé de la Chine, dont la diplomatie est axée sur l'accès aux ressources naturelles et aux marchés internationaux.

    Zone économique de Suez

    Ainsi, Pékin se dit prêt à aider l'Égypte à ouvrir une zone d'investissement, la Zone économique de Suez(SEZ). Un partenaire chinois serait même pressenti, la Zone de développement économique et technologique de Tianjin (Teda), qui pourrait acquérir jusqu'à 49 % du projet, le maximum autorisé par la loi égyptienne, dont la valeur totale est estimée à 1,5 milliard de dollars. La SEZ « sera la première de ce type liée à un gros investisseur », a déclaré le ministre Mahmoud Mohieldin, qui a dit espérer des négociations finales « très bientôt ».

    Ailleurs dans le monde, le Pérou, le Brésil, l'Iran, la Jordanie, les Émirats arabes unis, la Corée, le Kazakhstan, le Pakistan, les Philippines, la Russie, l'Ukraine, la Pologne... tentent l'expérience avec l'espoir d'importer des nouvelles technologies et de nouveaux modes de management. Au total, « il y a environ 3.000 zones réparties dans 135 pays, représentant plus de 68 millions d'emplois directs et plus de 500 milliards de dollars d'échanges de valeur ajoutée entre zones », estime un rapport de la Banque mondiale (Special economic zones, performance, lessons learned, 2008).

    Reproduire le miracle

    « Quand la Chine appuient un projet de ZES, elle espère en tirer des bénéfices commerciaux, bien sûr, mais c'est aussi pour elle une manière de partager son expérience du développement », estime un expert. Mais tous ces pays peuvent-ils espérer reproduire le miracle observé en Chine, un pays peuplé d'environ 1,4 milliard d'habitants, alimenté en capitaux internationaux par une diaspora prospère, dirigé par une autocratie qui bannit la liberté syndicale et dont les lois sur le travail sont appliquées de manière approximative ? « Les Zes peuvent être un outil efficace dans le cadre d'une stratégie de croissance globale misant sur la compétitivité et les investissements directs étrangers », souligne le rapport de la Banque mondiale. L'Amérique latine et l'Asie comptent de vrais succès, mais « en Afrique, beaucoup d'expériences ont échoué », conclut-il.

    Dumping fiscal

    L'Inde a adopté la formule des ZES à partir de 2000 et n'a cessé depuis de multiplier les expériences. Le patronat indien voit dans les ZES le moyen de pallier la carence des investissements publics par des flux privés et veut profiter de la création de ces enclaves pour alléger les lois sur le travail et ainsi rivaliser avec les entreprises hypercompétitives de Chine ou des « tigres » asiatiques. Mais en faisant le choix du dumping fiscal, le gouvernement indien prend le risque de se priver des ressources dont il a besoin pour améliorer le sort de ses 700 millions de paysans.

    En Afrique, des pays comme le Kenya, la Zambie, l'Éthiopie, l'Algérie et le Gabon ont ouvert des ZES avec parfois l'appui d'investisseurs chinois ou de grandes banques chinoises, indique un spécialiste. Les résultats sont inégaux. « Les raisons sont diverses et parfois se cumulent. Il peut s'agir d'un simple manque

    d'infrastructures ou d'électricité, de politiques peu axées sur la concurrence, d'une main-d'oeuvre insuffisamment formée ou d'un manque de cohérence avec le reste de l'économie du pays », analyse-t-il. Puis, une fois lancée, les ZES ne sont pas toujours entretenues. Bref, selon lui, « tout cela démontre que les ZES ne peuvent pas résoudre les problèmes de toute une économie ».

    Laurent Chemineau


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