• La Chine met à la diète son industrie énergivore

    La Chine met à la diète son industrie énergivore

    Pékin a publié une liste de 2 097 usines jugées trop polluantes. Certaines ont été privées d'alimentation électrique
    Shanghaï Correspondance
     

     

    Le gouvernement chinois utilise la manière forte pour contraindre les industries les plus gourmandes en énergie à se plier à ses objectifs. Le ministère de l'industrie a publié, dimanche 15 août, une liste de 2 087 usines, dans dix-huit secteurs tels que la métallurgie, le ciment et la papeterie, sommées de cesser l'exploitation de moyens de production " arriérés " avant la fin du mois de septembre, sous peine de se voir retirer leur licence, refuser l'octroi de prêts ou couper l'électricité.

    Certaines provinces, tenues de respecter des quotas imposés par Pékin, n'ont pas attendu la fin de ce délai. " Le 15 août au matin, l'électricité a été coupée pour un mois sans préavis ", s'agace Li Chuncai, responsable du département de la logistique de la cimenterie Zhongcheng de Huaibei, dans la province de l'Anhui, où 506 usines connaissent le même sort. " Jusqu'à présent, personne ne nous avait fait de reproche, et nous avons l'agrément du département de l'environnement ", s'étonne M. Li.

    La Chine est devenue en 2009 le premier consommateur mondial d'énergie, devant les Etats-Unis, selon l'Agence internationale de l'énergie. Le charbon, combustible fossile le plus polluant, couvre 70 % des besoins du pays. Dans son onzième plan quinquennal, la République populaire s'était engagée à réduire de 20 % son intensité énergétique - la consommation d'énergie rapportée à la taille de l'économie - entre 2005 et 2010.

    Le programme a connu des hauts et des bas. Après des débuts peu prometteurs, le ralentissement des commandes, conséquence de la crise économique, a incité à l'abandon d'équipements à faible rendement. L'adoption en novembre 2008 d'un plan de relance de 4 000 milliards de yuans (près de 464 milliards d'euros), consacré notamment aux infrastructures, a poussé à rouvrir des fours à ciment vétustes et à augmenter la production des usines métallurgiques. Au terme de l'année 2009, l'économie chinoise avait réduit de 14,4 % son intensité énergétique.

    Le premier ministre Wen Jiabao a promis, le 5 mai, d'user d'une " main de fer " pour que soit respecté à temps l'engagement pris par le Parti communiste, alors que beaucoup de citoyens ne s'interrogent plus sur le rythme mais sur la qualité de la croissance chinoise. Une priorité renforcée par la multiplication des scandales liés à la pollution, perçue comme un facteur d'instabilité sociale. L'administration s'agite donc pour atteindre les 5,6 derniers pourcent.

    Les préoccupations des dirigeants de la cimenterie à l'arrêt de Huaibei sont tout autres. Les salaires des 700 employés de l'usine seront drastiquement réduits ce mois-ci. " Quand bien même il faudrait procéder à des améliorations, sans électricité nous ne pourrons rien faire du tout ", proteste Li Chuncai.

    La publication sur le site Internet du ministère de l'industrie de la liste des 2 087 usines, nommées et localisées, illustre la détermination de Pékin à agir, relève Yang Ailun, chargée des questions climatiques et énergétiques pour Greenpeace en Chine.

    L'organisation de protection de l'environnement s'inquiète toutefois du coût social de telles mesures. " Les fermetures d'usine sont évidemment le moyen le plus efficace de parvenir au résultat escompté à court terme, mais nous encourageons le gouvernement à mettre en place des incitations durables plutôt que d'imposer des fermetures administratives ", explique Mme Yang.

    William Chandler, spécialiste de l'efficacité énergétique dans les économies en transition au sein de la fondation Carnegie, ne doute pas du sérieux du gouvernement chinois sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pour lui, les fermetures en sont un gage : " Il est clair que l'effort est réel et que ces mesures sont nécessaires et bénéfiques à l'économie chinoise ainsi qu'à l'environnement ", dit-il.

    Des signes laissent pourtant craindre un effet d'annonce médiatique à l'approche de la fin de l'année. Le groupe Ciments de Hangzhou s'étonne ainsi que l'un de ses fours soit cité, alors que les travaux exigés ont été réalisés il y a deux ans. Egalement nommé, le groupe Yatai, basé dans le nord-est du pays, soutient avoir procédé aux améliorations requises dans ses cimenteries dès 2006. Il faudra par ailleurs s'assurer que les menaces sont mises à exécution sur le long terme.

    Malgré les imperfections, Ma Jun, environnementaliste connu pour avoir initié la publication de cartes localisant les principaux pollueurs du pays, salue un pas vers la transparence. " Pour se sentir concernés, les gens ont besoin d'informations, de savoir ce qu'il se passe ", dit-il. Les difficultés interviennent, selon lui, dans la mise en application des objectifs fixés à Pékin, certaines usines se contentant de payer chaque année des amendes aux autorités locales pour continuer à polluer et à surconsommer.

    Et il est encore trop tôt pour envisager, en Chine, la généralisation des marchés de droits à polluer, plus incitatifs et moins répressifs, tels qu'instaurés dans l'Union européenne, explique Ma Jun : " Ici, certaines usines sont tellement inefficaces sur le plan énergétique qu'elles ne pourront pas s'adapter. Elles ne pourront jamais respecter les règles environnementales de base ".

    Harold Thibault


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