• La Chine prépare pas à pas l'internationalisation de sa devise

    La Chine prépare pas à pas l'internationalisation de sa devise

    La banque centrale de Malaisie vient d'acheter des obligations libellées en yuans

     

     

    Le yuan (ou renminbi), future monnaie de réserve ? La question semble à peine se poser tant la Chine, aujourd'hui, en pilote étroitement la valeur et en limite l'usage hors de ses frontières. Pourtant, Pékin prépare pas à pas l'internationalisation de sa devise. Les signaux en ce sens se multiplient : la banque centrale de Malaisie vient ainsi d'acquérir des obligations libellées en yuan, selon les informations du Financial Times, lundi 20 septembre.

    L'initiative, inédite, est hautement symbolique. Elle découle directement de la décision de la Chine, annoncée en août, d'autoriser les banques étrangères - y compris les instituts d'émission - à souscrire à sa dette publique.

    Et ce n'est pas la seule " innovation ". A Hongkong, en août toujours, McDonald's a été la première société étrangère non financière à émettre de la dette en yuans. Le géant américain de la restauration rapide pourrait bientôt être suivi dans cette voie par le producteur russe d'aluminium Rusal.

    En réalité, voilà maintenant deux ans que la République populaire déploie une diplomatie du yuan au service de ses intérêts économiques. Elle a signé une série d'accords d'échanges de devises (swaps) - avec Hongkong, l'Argentine, la Biélorussie, l'Islande, l'Indonésie, la Malaisie, Singapour et la Corée du Sud - destinés à faciliter l'usage du renminbi dans les transactions commerciales. Pékin a aussi lancé, en 2009, à titre expérimental, le règlement en yuan de ses échanges avec certains pays, notamment en Asie du Sud-Est.

    Ce timide développement ne surprend pas les experts. " La Chine ne peut pas faire autrement ", indique Yves Zlotowski, économiste en chef de Coface. Le numéro un mondial des exportations vient de passer devant le Japon au rang de deuxième puissance économique de la planète. " Le décalage est désormais trop grand entre son poids économique et le rôle de sa monnaie ", poursuit-il.

    Pour M. Zlotowski, le géant d'Asie, vise d'abord à intensifier ses relations commerciales avec ses plus proches voisins. Des économies dynamiques et dont la demande devrait connaître une croissance plus forte que celle des pays industrialisés. Au 1er janvier, la Chine et les six principaux Etats de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) ont supprimé les barrières douanières pour 90 % de leurs échanges commerciaux.

    " C'est alors plus pratique d'utiliser une même devise ", note l'économiste. Aujourd'hui, les contrats en yuans représentent 10 % du commerce entre la Chine et l'Asean. Ils devraient passer à 30 % d'ici à cinq ans. En favorisant l'usage du renminbi comme monnaie de facturation, Pékin réduit le risque de change auquel sont confrontées ses entreprises exportatrices.

    Pour l'heure il faudrait donc moins parler " d'internationalisation que de régionalisation ", affirme Bei Xu, analyste chez Natixis. D'ailleurs, à plus long terme, estime-t-elle, " on peut très bien imaginer que la Chine ait envie de créer une zone yuan ".

    En outre, plus la Chine promeut l'usage international du renminbi, plus elle limite le flux de dollars entrant dans le pays. Le plus gros détenteur de réserves de change du monde espère ainsi diminuer progressivement son exposition au billet vert. Compte tenu du poids de ses actifs en dollars, Pékin devrait procéder tout doucement : il lui faut à tout prix éviter un effondrement de la monnaie américaine dont il serait la première victime.

    Mais dans dix, vingt ans, le yuan sera-t-il un concurrent sérieux du dollar comme pivot du système financier mondial ? Pour prétendre à un tel statut, il lui faudra d'abord devenir pleinement convertible. " Cela n'arrivera pas tant que le système financier chinois ne sera pas plus solide. Actuellement, il n'est pas suffisamment développé pour supporter des mouvements de capitaux de grande ampleur ", souligne Agnès Bénassy-Quéré, directrice du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii).

    La Chine ne souhaite d'ailleurs pas abandonner de sitôt la maîtrise des taux de change. S'il flotte librement, le yuan devrait s'apprécier rapidement. Une revalorisation qui risquerait de nuire aux exportations, vitales pour l'économie. Personne ne s'attend donc à voir la Chine faire sa révolution monétaire du jour au lendemain. Même si, juge Mme Bénassy-Quéré, " les pas qu'elle fait dans cette direction tendent à s'accélérer. "

    Marie de Vergès


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