• La crise grecque s'aggrave et force la France à la rigueur

    La crise grecque s'aggrave et force la France à la rigueur

    Après Wall Street, les Bourses européennes accusaient de fortes baisses vendredi 7 mai Pour réduire la dette, François Fillon annonce le gel des dépenses publiques jusqu'à 2013

    Si ce n'est un " plan de rigueur ", expression taboue dans le langage sarkozyste, c'est bel et bien une cure d'austérité que le premier ministre a officialisée jeudi 6 mai.

    Au terme d'un séminaire gouvernemental rassemblant ses ministres de plein droit, François Fillon a annoncé que, " pour les trois années à venir, les dépenses de l'Etat, hors charges d'intérêt de la dette et hors dépenses de pensions, seront gelées en valeur ". Autrement dit, elles ne suivront pas l'inflation (prévue à 1,5 % en 2011, puis 1,75 % en 2012 et 2013). " Les dépenses de fonctionnement courant de l'Etat diminueront de 10 % en trois ans, avec une baisse de 5 % dès 2011 ", a précisé Matignon.

    Le couple exécutif assure que la situation de la France n'est pas comparable à celle de la Grèce ou de l'Espagne. Cependant, la crainte d'un éventuel abaissement de la notation de la France si rien n'est fait le pousse à agir. Les marchés restent extrêmement nerveux, fragilisant toute la zone euro. La crise grecque sert de révélateur et d'accélérateur. Elle incite le gouvernement à assumer au nom de l'urgence des " décisions difficiles ".

    Pourquoi le gouvernement officialise-t-il maintenant un " serrage de vis " sur le train de vie de l'Etat ? C'est que, tout d'abord, il a des engagements à tenir en matière de réduction du déficit public.

    Le gouvernement a transmis à la Commission européenne, en janvier, un " programme de stabilité " pour les années 2011, 2012 et 2013, au terme duquel le déficit public doit être ramené à 3 % du PIB. En 2009, ce déficit était de 7,5 %. Il est attendu à 8,2 % cette année. Or, début juin, Paris doit communiquer à Bruxelles les détails sur la façon dont il entend tenir cet engagement.

    Le deuxième élément, qui motive l'annonce gouvernementale, est la crise grecque. Au-delà de son effet révélateur, elle sert de " support de communication " : elle permet de faire passer plus facilement un message sur les " efforts supplémentaires " à faire.

    " Nous étions déjà sur ces positions-là avant la crise grecque, mais c'est vrai qu'elle change le niveau d'acceptation de la difficulté de l'exercice ", indique-t-on au ministère du budget.

    Le troisième élément qui joue dans l'officialisation de cette cure d'austérité, qui était déjà inscrite en filigrane dans le document transmis à Bruxelles en janvier, c'est l'emballement de la dette prévue sur les trois ans qui viennent. Surtout, des versements d'intérêt qu'elle entraîne. Ce sont eux qui pèsent pour une large part sur l'évolution des dépenses publiques. " Le service de la dette va augmenter de plus de 18 milliards d'euros à lui seul sur les trois ans qui viennent ", indique-t-on au ministère de l'économie et des finances.

    Or le gouvernement s'est engagé auprès de Bruxelles à ne pas faire progresser l'ensemble des dépenses publiques - y compris les intérêts de la dette et les retraites versées aux fonctionnaires - plus vite que l'inflation (le " zéro volume ") sur trois ans. Cela revient " à limiter la hausse à un peu plus de 20 milliards d'euros ", relève-t-on au ministère de l'économie.

    La progression des intérêts de la dette et des pensions représentant quasiment ce chiffre, c'est pour cela qu'il y a urgence à appliquer le " zéro valeur " (rester au niveau de 2010 quelle que soit l'inflation) aux autres dépenses, fait valoir Bercy.

    " Il faut attaquer la dépense publique maintenant ", avance-t-on au ministère de l'économie, où l'on souligne qu'elle représente " 53 % du PIB, ce qui n'est pas raisonnable ".

    Le gouvernement cible d'abord les dépenses de fonctionnement de l'Etat. Elles seront réduites de 5 % dès 2011 et de 10 % au total d'ici à 2013.

    Dans ce cadre, les opérateurs de l'Etat (il y en a plus de 650, dont les musées, Météo France, Pôle emploi...) seront mis à contribution. Un effort de même ampleur interviendra sur les dépenses d'intervention, dont les dépenses sociales (aide au logement, allocation handicapés...).

    Les ministères ont commencé à faire leurs calculs et craignent de devoir surtout réaliser des économies en matière de dépenses d'intervention, et de retarder certains de leurs programmes.

    Plusieurs ministres ont proposé comme piste de réduire les dotations de l'Etat aux collectivités territoriales, estimant qu'il y avait du " gras " au niveau des municipalités et des régions.

    Est-ce que tout cela sera suffisant pour tenir l'engagement de réduction du déficit ? Pas sûr. Les sommes en jeu sont de l'ordre de 9 milliards d'euros pour les dépenses de fonctionnement, de 70 milliards pour les investissements. Le chiffre de 7 milliards d'euros d'économies dès l'an prochain a été avancé durant la réunion de jeudi.

    Le gouvernement entend donc aussi jouer sur l'accroissement des recettes pour tenir l'objectif de réduction du déficit. L'amélioration de la conjoncture pourrait y aider, sous forme de rentrées fiscales supplémentaires. Mais un peu seulement.

    La croissance est en effet de retour. Elle reste toutefois faible : après un recul de 2,2 % du PIB en 2009, une hausse limitée à 1,4 % est attendue cette année.

    C'est pourquoi le gouvernement veut aussi se dégager de nouvelles recettes. Et s'il écarte toujours toute hausse des impôts - c'est pour cela qu'il se refuse à parler de " plan de rigueur " - , il confirme son intention de tailler dans les " niches " fiscales et sociales. Cet ensemble de dispositifs d'exonérations, d'allégements, de réductions d'impôt représente un manque à gagner de 75 milliards d'euros. L'objectif est de " récupérer " 5 milliards d'euros sur les deux ans qui viennent, plus de 6 milliards en trois ans. " Tous les Français seront concernés par la lutte contre les déficits ", a assuré, jeudi, le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel.

    Avec cette cure d'austérité, et l'engagement d'une nouvelle réforme des retraites, Nicolas Sarkozy anticipe l'échéance de 2012. La question de la dette et des déficits devrait être au coeur de la campagne de ses concurrents potentiels, François Bayrou et Dominique de Villepin.

    Le chef de l'Etat a néanmoins laissé son premier ministre annoncé seul ce virage. M. Fillon qui, dès ses premiers jours à Matignon, s'était déclaré à la tête d'un " Etat en faillite ", peut endosser sans crainte les habits du rigoriste.

    Sophie Landrin et Philippe Le Coeur


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