• La drôle de guerre des monnaies

    La drôle de guerre des monnaies

     

    La planète est en ébullition, face à la dérive du dollar qui ressemble de plus en plus à une déroute. L'euro encaisse le choc maximal de cette dépréciation.

    Jürgen Stark, le numéro trois de la Banque centrale européenne, n'y est pas allé par quatre chemins vendredi : « Il faut empêcher coûte que coûte ces fluctuations des monnaies de dégénérer en course à la dévaluation qui serait fatale, car elle déboucherait sur du protectionnisme », a-t-il averti dans les colonnes du « Handelsblatt », dans un des plaidoyers les plus vibrants de la BCE sur cet enjeu. Les craintes d'une guerre des monnaies sont clairement montées d'un cran la semaine dernière, dans un contexte où la dérive du dollar commence à s'apparenter à une déroute, et les prises de position de la Réserve fédérale à une volonté déguisée de le faire refluer. On montre du doigt la Chine, qui résiste aux appels en vue d'une réévaluation du yuan, après avoir lancé au printemps 2009 la première déclaration de guerre, en partant en croisade contre l'hégémonie du dollar. Mais aujourd'hui l'on n'ose pas accuser aussi les États-Unis de dumping monétaire. Et pourtant dans cette nouvelle phase de la guerre larvée, c'est clairement de chez l'Oncle Sam qu'est partie la détonation.

    Tout commence fin août à Jackson Hole, dans le Wyoming, où la Banque de réserve de Dallas réunit chaque année un symposium de banquiers centraux. Très attendu, le premier orateur, qui n'est autre que Ben Bernanke, lâche cette petite phrase : « La Fed se tient prête à prendre de nouvelles mesures de soutien de l'économie, dont la convalescence est loin d'être achevée, si nécessaire ». Autrement dit : la Fed fera marcher la planche à billets si la croissance reste durablement molle, pesant sur le taux d'utilisation des capacités de production et laissant s'ancrer des craintes de déflation. Deuxième acte : le communiqué de la Fed endosse cette proposition à l'issue de son conseil du 21 septembre. Troisième acte : les minutes de cette réunion publiées mardi dernier donnent un caractère d'urgence à l'adoption d'un « QE2 », un deuxième programme d'assouplissement quantitatif, via des achats de titres de dette publique, annonçant qu'elle serait décidée « sous peu », en même temps que la Fed va s'atteler à créer des anticipations d'inflation. Un QE2 que, pas plus tard que vendredi, Bernanke estime de nouveau « justifié ». Tout au long de cet épisode à rebondissements, qui ne connaîtra pas de répit jusqu'à l'issue du conseil de la Fed le 3 novembre, le dollar dévisse. Chacun sait que le recours à la planche à billets lamine la monnaie qu'elle imprime.

    Du pain sur la planche

    Qu'on en juge. Le billet vert est tombé vendredi à un nouveau point bas de quinze ans face au yen, juste en dessous de 80,90, et à un plancher historique face au dollar australien monté à parité. Jeudi, il avait pulvérisé un record de faiblesse vis-à-vis du franc suisse. Pourtant, malgré le handicap de la crise souveraine de la zone euro, c'est la monnaie unique qui absorbe le plus fort de ce choc. Vendredi, le dollar a touché un nouveau point bas de neuf mois face à l'euro, chutant à 1,4155, ce qui porte à 16 % sa dévalorisation depuis son plafond de l'année touché en juin. Les pays émergents ne sont pas en reste qui cherchent désespérément à freiner l'envol de leurs monnaies à coups d'interventions ou de mesures de contrôle des mouvements de capitaux, Brésil et Corée du Sud, futur hôte du G20 de novembre, en tête. Les grands argentiers ont du pain sur la planche... Isabelle Croizard


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