• La " facture austérité " affectera les classes moyennes et les plus démunis

    La " facture austérité " affectera les classes moyennes et les plus démunis

    Les coupes dans les aides sociales et les niches fiscales pourront atteindre 14 milliards d'euros

     

    Douze milliards d'euros ? Jusqu'à 14 milliards ? La " facture austérité " que les Français vont devoir acquitter dès 2011 - à travers moins d'aides de l'Etat et moins de réductions d'impôt - n'est pas encore totalement arrêtée. Mais elle commence à se préciser. Avec les annonces du gouvernement cette semaine, dans le cadre de son plan de réduction du déficit public d'ici à 2013, une chose paraît acquise : la " note " sera lourde, affectant les classes moyennes, ainsi que des publics plus démunis.

    A l'occasion du débat d'orientation budgétaire, le ministre du budget, François Baroin, a indiqué qu'en 2011, si l'Etat va réduire sa " voilure " (suppression de 31 000 postes de fonctionnaires et gel des salaires, économies de fonctionnement), il va aussi tailler dans ses dépenses d'intervention. Il " distribuera " 4 milliards d'euros de moins d'aides sociales, d'allocations et autres subventions.

    Les dépenses fiscales - les " niches fiscales " (exonérations d'impôt, crédits d'impôt) - seront par ailleurs réduites " dès l'année prochaine de 8,5 à 10 milliards ", a ajouté, jeudi 8 juillet, M. Baroin. Ce sera autant de plus sur les feuilles d'impôt.

    Qui va payer " cette facture " ? Les détails de toutes ces mesures ne sont pas encore connus. Mais M. Baroin a cité quelques exemples de coupes qui donnent la " tonalité " : s'il écarte de toucher aux minima sociaux (le RSA), le gouvernement n'hésite pas à s'attaquer aux aides au logement et à l'emploi à domicile, au subventionnement des emplois aidés, aux allocations aux handicapés... (Le Monde du 7 juillet).

    " Avec ces mesures, ce sont les classes moyennes qui supporteront la part prépondérante de l'effort de consolidation budgétaire ", relève Jean-Christophe Caffet, économiste chez Natixis. Un état de fait que déplore le PS. " Vous êtes toujours prompts à entreprendre des coupes dans les aides aux moins favorisés ", a lancé le député (PS) Pierre Moscovici à M. Baroin, mardi à l'Assemblée. " C'est parce que, au nom de vos dogmes, vous refusez l'augmentation des prélèvements obligatoires et la mise à contribution des revenus du capital, que les plus modestes vont devoir en subir les conséquences ", a également accusé la députée (PS) Marisol Touraine.

    En effet, " diminuer les emplois aidés, c'est s'attaquer à un public jeune et peu qualifié, celui qui est en bout de file d'attente à Pôle emploi ", relève Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Le gouvernement veut ramener de 400 000 à 340 000 en 2011 ces emplois aidés, en baissant également la part du salaire payé par l'Etat.

    Outre cette population défavorisée qui se voit là oubliée, " ce sont les familles des classes moyennes que l'on va pénaliser ", a dénoncé de son côté la PEEP, fédération de parents d'élèves classée plutôt à droite, à propos de l'interdiction du cumul de l'aide personnalisée au logement (APL) et de la demi-part fiscale pour enfant à charge. Elle en demande la suspension, alors que le syndicat d'étudiants UNEF fait valoir que " cette décision irresponsable aura pour conséquence de supprimer le seul filet de sécurité pour les étudiants des classes moyennes ".

    Certains ménages de ces " classes moyennes " devraient aussi être affectés par les mesures sur l'emploi d'un salarié à domicile (suppression de l'abattement sur les exonérations sociales des ménages qui déclarent leur employé au salaire réel), ou par la déduction de l'impôt des intérêts d'un crédit immobilier. Voire par l'opération de plafonnement et/ou de rabotage des niches fiscales dont le détail devrait être connu d'ici à la fin de l'été.

    Une opération qui " en revanche épargnera les ménages les plus riches qui bénéficient du bouclier fiscal ", dénonce le député (PS) Pierre-Alain Muet. Or, aux yeux du sociologue Louis Chauvel, " la classe moyenne fait déjà face à la déstabilisation de son statut, une paupérisation de ses conditions de logement, des tensions croissantes sur sa consommation, un stress au travail qui s'accroît, mais aussi une forme de marginalisation politique ".

    A droite, certains élus ont vu le " danger politique ". Le rapporteur du budget à l'Assemblée, Gilles Carrez (UMP), a ainsi déclaré que les ménages ne devaient " pas être les seuls à faire des efforts ". Début juin, lors d'une discussion sur les niches fiscales au sein du groupe UMP à l'Assemblée, le député Claude Goasguen avait été plus explicite, lançant à François Fillon : " Attention aux classes moyennes qui sont le nerf de la bataille " pour 2012.

    Un propos que ne démentirait pas Louis Chauvel aux yeux de qui " les tensions sociales des classes moyennes ont toujours eu un effet délétère sur l'atmosphère politique des pays qui en ont fait l'expérience, l'Allemagne des années 1930 et l'Argentine des années 1960 en sont des exemples extrêmes ".

    Philippe Le Coeur


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