• La faim justifie de plus en plus de moyens

    La faim justifie de plus en plus de moyens

    Un Américain sur huit et un enfant sur quatre bénéficient aujourd’hui de l’aide alimentaire fédérale. Face à l’augmentation de la demande, les autorités y consacrent un budget plus important.

    10.12.2009|Jason DeParle, Robert Gebeloff|The New York Times

    Modernisation

    Auparavant, les  bénéficiaires de l’aide alimentaire recevaient des coupons à échanger dans les épiceries contre des denrées. L’aide est désormais distribuée sous forme de cartes de paiement rechargées tous les mois par le gouvernement fédéral.

    Plus de 36 millions d’Américains utilisent des coupons alimentaires pour se procurer des aliments de base comme le lait, le pain et le fromage. La diversité des bénéficiaires montre que ceux qui ont du mal à satisfaire leurs besoins essentiels sont de plus en plus nombreux, que ce soient des mères célibataires, des couples ou des travailleurs pauvres. Si le nombre de récipiendaires a considérablement augmenté avec la récession, le fait que le gouvernement Bush ait mené une campagne pour effacer les stigmates associés à ce programme a également joué en faveur de son expansion. Bush a remplacé la dénomination “coupons alimentaires” par celle d’“aide nutritionnelle” et facilité l’accès à ce programme. Un véritable renversement par rapport aux années 1990, lorsque certains conservateurs avaient tenté d’abolir le programme et que le Congrès avait procédé à d’importantes coupes budgétaires.

    Dans 239 comtés [les Etats-Unis en comptent 3 140], au moins un quart de la population reçoit des coupons alimentaires. Dans 750 comtés, le programme aide un Noir sur trois à s’alimenter. Et, dans 800 comtés, il contribue à nourrir un enfant sur trois. Dans les villes de Saint Louis, Memphis et <st1:personname productid="La Nouvelle-Orléans" w:st="on">La Nouvelle-Orléans</st1:personname>, la moitié des enfants reçoivent une aide alimentaire. Si l’utilisation des ­coupons est plus importante dans les régions les plus pauvres du pays, l’augmentation a été particulièrement rapide dans des zones autrefois prospères et aujourd’hui frappées par la crise immobilière.

    Bien que la progression du nombre de bénéficiaires soit sans précédent, les responsables du programme aimeraient encore l’étendre. “Il y a encore 15 millions ou 16 millions de personnes qui devraient bénéficier de cette aide”, souligne Kevin Concannon, secrétaire d’Etat au ministère de l’Agriculture. “Il est temps de prendre conscience que, dans ce pays d’abondance, des gens ont faim.” Dans le sud-ouest de l’Ohio, un fief républicain où les cols bleus ont longtemps assimilé les coupons alimentaires à un signe de paresse, l’ampleur toujours croissante du programme est particulièrement ostensible. Le chômage a grimpé en flèche et dans six comtés autour de Cincinnati l’utilisation des coupons alimentaires a augmenté de plus de 50 %.

    Les collègues de Greg Dawson, un électricien de Martinsville, ont été pour la plupart licenciés. Il est conscient qu’il a de la chance d’avoir encore un emploi. Mais, après une réduction de ses heures supplémentaires, M. Dawson a commencé à se rationner pour pouvoir nourrir sa femme et ses cinq enfants. Il a essayé de ne manger que des céréales et des œufs. Il est même allé travailler le ventre vide. Puis il a fini par capituler. “C’est humiliant”, explique-t-il. L’aide de 300 dollars qu’il reçoit chaque mois le met tellement mal à l’aise qu’il n’en a pas parlé à ses parents. “J’ai toujours pensé que les gens qui en bénéficiaient essayaient de profiter du système. Mais nous, aujourd’hui, nous en avons vraiment besoin.”

    “Tout ce dont je rêve,c’est d’un dîner décent”

    A l’heure actuelle, près de 12 % des Américains (28 % des Noirs, 15 % des Latinos et 8 % des Blancs) reçoivent une aide alimentaire. Dans l’ensemble du pays, les listes sans fin de bénéficiaires sont autant de signes d’une économie exsangue. Quand Detroit éternue, les comtés du nord-ouest de l’Ohio, où sont fabriquées les pièces détachées de voitures, s’enrhument. Plus à l’ouest, dans l’Indiana, se trouve le comté d’Elkhart, où est fabriquée la majeure partie des camping-cars du pays. Les ventes de ces véhicules ont chuté de 50 % avec la récession, et près de 30 % des enfants du comté reçoivent aujourd’hui une aide alimentaire. En Floride, c’est la crise immobilière qui fait des ravages. Depuis deux ans, la ville de Fort Myers affiche les taux de saisies les plus élevés du pays. Dans six comtés environnants, le nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire a plus que doublé.

    A Oregonia, en Ohio, la maison de Franny et Shawn Wardlow et de leurs trois filles évoque plus la stabilité de la classe moyenne américaine qu’une lutte quotidienne pour satisfaire des besoins élémentaires. Franny a été la première à perdre son emploi. Peu de temps après, son époux a été licencié. Tandis qu’elle raconte leur descente aux enfers – coupures d’électricité, repas de nouilles, savon de l’Armée du salut –, elle s’attarde sur un curieux symbole de sa sécurité perdue : “Dans ma famille, on a toujours mangé du rôti”, dit-elle. Son mari a retrouvé un emploi, mais il est moins bien payé qu’auparavant et, avec son épouse toujours au chômage, ils ont deux mois de retard sur le paiement du loyer. Une allocation mensuelle de 429 dollars leur permet de remplir leur réfrigérateur. “Il fut un temps où je pensais que nous faisions partie de la classe moyenne, soupire Franny. Aujourd’hui, tout ce dont je rêve, c’est d’un dîner décent.”


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :