• La Fed prête à racheter de la dette publique

    La Fed prête à racheter de la dette publique  

    Avant la réunion de la Réserve fédérale américaine, les marchés ont fait preuve de circonspection. Les autorités monétaires ont pris acte du ralentissement de la reprise, et se sont engagées à acheter des obligations d’Etat. Des décisions qui limitaient les pertes à Wall Street et provoquaient une détente des taux d’intérêt à long terme américains.

     

    Vigilance. Cette posture vertueuse qu’affectionnent les banquiers centraux, les marchés l’ont adoptée hier avant la très attendue réunion de la Réserve fédérale (Fed) américaine. Fébriles, les places boursières ont marqué une pause hier : l’indice CAC 40 a reculé de 1,24 %, à 3.730,58 points ; Londres et Francfort se sont repliées respectivement de 0,63 % et de 1,03 %. Une même tonalité prudente était perceptible à Wall Street, en baisse significative à la mi-séance. Les rendements des obligations d’Etat remontaient un peu en Europe, avec une hausse de 4 points de base de l’OAT à 10 ans, à 2,768 %. Ils se sont en revanche nettement détendus outre-Atlantique, de 6 points de base, à 2,772 %, pour le rendement du T-Bonds à 10 ans. La Fed est bien évidemment passée par là… A la clôture, le Dow Jones a perdu 0,51 %, à 10.644,25 points, le S&P 500 a diminué de 0,60 %, à 1.121,06 points, et le Nasdaq a chuté de 1,24 %, à 2.277,17 points.A l’issue de sa réunion, la Fed a annoncé qu’elle réinvestirait ses liquidités issues des obligations adossées à des prêts hypothécaires et de titres de dette d’agences pour acheter des obligations d’Etat américaines, relançant ainsi sa politique d’« assouplissement quantitatif ». De quoi maintenir les taux d’intérêt à long terme à un bas niveau. Un moyen d’éviter de « tuer » une reprise fragile qui marque le pas comme l’a constaté la Fed dans son communiqué, à la tonalité moins optimiste.

    Explication de texte

    Les linguistes se sont penchés sur les écrits des autorités monétaires pour en saisir toutes les nuances, insinuations et non-dits. Dans le précédent communiqué de son comité de politique monétaire du 23 juin, la Réserve fédérale avait noté que« la reprise se poursuivait »et que le« marché de l’emploi s’améliorait graduellement ».Nouveau diagnostic : la Fed constate aujourd’hui que, depuis sa précédente réunion,« le rythme de reprise de l’activité et de l’emploi a ralenti ».Cette fois, il n’est plus fait allusion aux tensions internationales comme en juin, quand la crise grecque occupait encore tous les esprits. L’avenir reste cependant préoccupant. La Fed estime le rythme de la reprise risque« d’être probablement plus modeste qu’il n’avait été anticipé ».Lors de son précédent rendez-vous, elle affirmait que ce rythme serait« modéré pendant un certain temps ».Dès lors, la situation justifie encore aujourd’hui le« maintien des taux d’intérêt à un niveau exceptionnellement bas pendant une période prolongée ».Comme en juin, Thomas Hoenig, de la Réserve fédérale de Kansas City, a joué le rôle de « grincheux ». Il a exprimé ses réserves en votant contre toutes ces décisions, estimant qu’exprimer pareil engagement à maintenir les taux à un si bas niveau pouvait entraîner à terme des déséquilibres et menacer la stabilité financière. Ce n’est pas une surprise.Historiquement, entre 1978 et 2004 (*), les voix dissidentes au sein de la Fed ont deux fois plus de chances d’être celles de faucons (partisans d’une politique monétaire plus restrictive pour lutter contre l’inflation) que des colombes. Les présidents de banques centrales régionales ont aussi plus de chances de marquer leur opposition que les autres membres du comité de politique monétaire. Ce fut notamment le cas des Fed régionales de Cleveland et de Richmond. Toutefois, les dissensions apparaissent davantage dans les discussions que dans le vote effectif sur les taux d’intérêt. La gravité de la crise a pu aussi renforcer l’union sacrée des membres de la Réserve fédérale. Ces derniers étaient en tout cas tenus hier, comme c’est le cas pour toutes les banques centrales avant leur réunion, à la discrétion et à la retenue pour ne pas interférer avec le message officiel que s’apprêtaient à délivrer les autorités monétaires dans leur communiqué final. Le discours sera plus efficace en parlant d’une seule voix, afin de permettre aux marchés de« digérer »toutes les nouvelles informations, sans complications, et de former de nouvelles anticipations. Et ce d’autant plus que la conjoncture américaine offre aujourd’hui une très faible visibilité. La Banque centrale du Japon avait « ouvert le bal » de la journée : dans la matinée, son comité de politique monétaire avait opté à l’unanimité pour le maintien de son taux directeur à 0,10 %. Une décision largement attendue par les marchés, compte tenu notamment de la faiblesse persistante de la demande intérieure nippone. Une des craintes de certains stratèges et économistes est d’ailleurs de voir les Etats-Unis suivre l’exemple du Japon : une entrée dans une« ère glaciaire »,marquée par la déflation et une croissance durablement en deçà de son potentiel.

    Nessim Aït-Kacimi

    (*) « Dissents and Disagreement on the Fed’s FOMC », Ellen Meade, Banque centrale des Pays-Bas, novembre 2005.

    A la clôture de Wall Street, l’euro perdait 0,33 % et les taux américains se détendaient.

     

    Des risques de rechute en récession dans deux ans  

    Baromètre. Un court document de recherche (*) des économistes de la Réserve fédérale de San Francisco, publié lundi, a suscité un certain écho dans la communauté financière internationale. Il estime que si une récession est peu probable dans les prochains mois, cette éventualité est non négligeable à un horizon de deux ans. Pour l’évaluer, les chercheurs ont affiné un indicateur du Conference Board, son indice avancé (« leading economic index »), lequel agrège une dizaine d’indicateurs économiques et financiers (emploi, masse monétaire, indice S&P 500...). Sur la base de ce baromètre, la probabilité d’une récession outre-Atlantique est de 0,3, de telle sorte qu’une expansion est près de deux fois plus probable qu’une contraction. Seulement, en affinant cet indice, les économistes estiment maintenant à plus d’une chance sur deux que l’économie se contracte de nouveau. Bilan, selon les méthodes utilisées, une récession est entre 3 fois plus probable qu’une expansion et 5 fois moins probable. Autant dire que Paul le poulpe, star des prédictions lors du dernier Mondial de football, pourrait être actuellement d’un grand secours à la Fed...(*) «Future Recession Risks», Berge, Jorda, Federal Reserve of San Francisco, Economic Letter, 9 août 2009


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