• " La garantie offerte aux grandes banques légitime le contrôle de leurs activités "

    " La garantie offerte aux grandes banques légitime le contrôle de leurs activités "

    George Soros, fondateur et président de l'Open Society Institute



    Vous avez doté de 5 millions de dollars (3,7 millions d'euros) par an pendant dix ans l'Institute for New Economic Thinking (INET), créé en octobre 2009 à la suite de discussions avec une dizaine d'économistes au cours de l'année 2009. Quel est son objectif ?
    Je ne suis pas qu'un sponsor, je suis aussi un protagoniste du débat que j'estime indispensable sur la responsabilité de la science économique, telle qu'elle a été conçue jusqu'ici, dans la crise actuelle, et sur la nécessité de la refonder à la lumière des réalités contemporaines. Il faut changer non seulement les paradigmes dominants de la théorie dans le monde académique, mais aussi stimuler le débat sur la régulation économique parmi les professionnels et les décideurs politiques.

    Croyez-vous possible de mettre un terme à la domination de ceux que vous appelez " les fondamentalistes du marché " ?
    Le succès de la conférence inaugurale de l'INET à Cambridge (Grande-Bretagne) - qui a réuni 200 économistes, professionnels et politiques, dont cinq Prix Nobel - , ne doit pas cacher la forte résistance que notre approche critique rencontre dans les milieux académiques, en particulier aux Etats-Unis, où les fondamentalistes du marché détiennent, plus qu'en Grande-Bretagne, un monopole difficile à entamer. Ils seront les derniers à bouger, comme l'ont été les universitaires marxistes en Union soviétique, qui ont défendu jusqu'à leur mort leurs positions alors que leur monde s'était écroulé. Mais le mouvement est lancé, et il va même devenir à la mode de considérer des alternatives aux pratiques dominantes. Le vrai défi sera, cependant, de construire une alternative solide et convaincante.

    Les professionnels de la finance, les régulateurs, les politiques, sont-ils prêts à accepter cela ?
    Je pense que les financiers veulent oublier le krach de 2008 comme si ça avait été un mauvais rêve ; les pouvoirs publics les ont sauvés et ils n'ont qu'une hâte, retourner au " business as usual ". Mais d'un autre côté, il existe des signes que le changement, même s'il sera long, est amorcé. La présence et les interventions, à Cambridge, de Dominique Strauss-Kahn, directeur du Fonds monétaire international, ou de Lord Adair Turner, le président de la FSA - Financial Services Authority - - et ses vues sont partagées par Mervyn King, le gouverneur de la Banque d'Angleterre - montrent que les choses bougent. Mais aux Etats-Unis, hélas ! les discussions ne sont pas au niveau de ce qui se fait ailleurs, tant le débat est biaisé par les approches politiciennes et le lobbying des banques.

    Faudra-t-il une nouvelle crise financière pour que des décisions soient enfin prises ?
    Il serait souhaitable que ce ne soit pas le cas, car si nous ne tirons pas toutes les leçons de la crise de 2008, la prochaine surviendra inévitablement et sera encore plus forte. Comme je l'ai dit à Cambridge, cette crise est autant l'échec des marchés que celle des régulateurs. Leur gestion des crises précédentes (Mexique, Asie, Russie, Internet...), a certes sauvé le système, mais a nourri la " super-bulle ", qui vient d'éclater.

    Faut-il alors laisser les grands établissements financiers faire faillite, comme le proposent certains ?
    C'est ce que prétend le projet de loi débattu au Sénat américain -cette semaine, mais ce n'est pas crédible : le rôle des régulateurs est de sauver les institutions, pas de les tuer. Il faudrait plutôt reconnaître que la garantie donnée aux établissements " too big to fail " existe, et que cela légitime le fait que leur activité soit fortement contrôlée. Je ne crois pas qu'un démantèlement des grandes banques soit une solution à faire prévaloir. Cela dit, la proposition de Paul Volcker - l'ex-président de la Réserve fédérale américaine et conseiller du président Barack Obama - de séparer les activités de banque commerciale et de banque d'investissement, si elle était votée - et cela est possible - irait dans ce sens. Je pense qu'il faut mener une discussion plus approfondie qu'elle ne l'a été jusqu'ici - moi-même je n'ai pas encore d'opinion tranchée sur ce que serait une " bonne réforme ".

    Propos recueillis par Antoine Reverchon

    • Parcours

      1993

      George Soros crée l'Open Society Institute, qui fédère un réseau de fondations lancées depuis 1984 dans les anciens pays communistes en transition, et qui a essaimé par la suite en Afrique et en Amérique latine.

      1992

      Il spécule contre la livre.

      1956

      Il s'installe aux Etats-Unis, où il crée l'un des premiers fonds spéculatifs, le Soros Fund.

      1946

      Il fuit la Hongrie communiste pour Londres.

      1930

      Naissance à Budapest de György Schwartz, son nomd'origine.

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