• La Grèce bradée aux Chinois par le FMI

    La Grèce bradée aux Chinois par le FMI

    Ports, chemins de fer, aéroports, les entreprises chinoises rachètent en force des pans entiers de l’économie du pays. Au grand dam d’Eleftherotypia.

    Yannis KalaitzisEleftherotypia

    Quand, à l’issue du tournage du Conquérant [en 1955, John Wayne y incarnait Gengis Khan], on a demandé à l’acteur quel était le genre de ce film, l’emblématique cow-boy a répondu : “Un western aux yeux bridés”. Eh bien, c’est ce que nous répondrions aujourd’hui si on nous demandait de décrire ce que fait le géant chinois Cosco de l’économie de la Grèce.

    La pénétration chinoise en Occident ne se limite pas à l’offensive du yuan. Il faut dire que de grands entrepreneurs, tels Howard Hughes et les Rockefeller, portaient le surnom de tycoons, d’après le mot chinois désignant le chef de la horde. De facto, on peut légitimement supposer que l’ambition des hommes de Cosco conduits par le tycoon Wei Jaifu est de transformer la Grèce en petite Chine. Par rapport à ce modèle, nous nous contenterons de formuler deux ou trois observations faites lors d’un voyage sur place, alors que nous cherchions en vain une image de Mao à Pékin. La pollution, par exemple. Pour certains, ce fléau devrait nous rapprocher des Chinois. En effet, toute la Chine respire un air qui nous est devenu familier depuis que notre quotidien est rythmé par les manifestations contre le plan de rigueur réprimées à coup de gaz lacrymogènes. En marchant dans les rues de Pékin et de Shanghai, nous nous sommes sentis comme à la maison : l’odeur de la place Tiananmen rappelait celle de la place Exarchia (dans le centre-ville d’Athènes, point de regroupement des contestataires) juste après les échauffourées avec la police. A une différence près : chez nous, les forces de sécurité utilisent des gaz pour contrer les manifestations massives de citoyens qui sont, en soi, une excellente preuve que nous vivons dans un pays démocratique. Dans le pays de M. Wei, ­inhaler du monoxyde de carbone est, en re­vanche, un droit universel. Et l’ordre public et la sécurité sont toujours assurés dans cet Etat moderne et développé où l’élite roule en Maserati, Ferrari et Rolls Royce. Voilà ce qui nous attend, nous aussi.

    A l’heure ou nous, les Grecs, luttons contre la corruption, tout repose, en Chine, sur la corruption. Un système qui peut se reproduire facilement sous la baguette de M. Wei, aidé par la présence du FMI ; de quoi perpétuer la dynastie des Papandreou et assurer un emploi à vie aux CRS grecs.

    Les Chinois de Cosco reviennent ces jours-ci en Grèce après l’annonce de privatisations massives faites par le gouvernement. Après le Pirée, ils sont intéressés par d’autres ports, des lignes de chemin de fer et des aéroports. Autant de points stratégiques à prendre quand on veut conquérir un pays. Puisque notre souveraineté nationale est désormais gérée par le FMI, la logique de ces ventes est dictée uniquement par le besoin immédiat de liquidités. Un peu comme si on confiait la protection des oiseaux sauvages aux organisations de chasseurs…

    Capitaux étrangers

    L’armateur public chinois Cosco dispose depuis fin 2008 de deux quais au centre de conteneurs du Pirée, près d’Athènes. Cette gestion lui a été concédée pour trente-cinq ans, contre 3,4 milliards d’euros. Cosco compte doubler la capacité du Pirée, à 3,7 millions de conteneurs par an, pour en faire la principale plate-forme de distribution en Méditerranée.“Les Chinois veulent une porte d’entrée sur l’Europe”, résume dans

    The Washington Post le vice-Premier ministre grec, Theodoros Pangalos. “[Contrai­rement aux spéculateurs de Wall Street] ils investissent dans du concret. Et ils aideront l’économie réelle en Grèce.” Avide de capitaux étrangers, le pays s’efforce aussi d’attirer des investisseurs arabes et turcs.


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