• La Grèce en crise ? Mon œil !

    La Grèce en crise ? Mon œil !

    L’envoyé spécial d’un quotidien bulgare découvre un pays prospère, bien loin de l’image qu’en donnent les médias.

    Tchavdar Parvanov | Dnevnik

    “Lorsque vous devez choisir qui croire, les chiffres officiels ou vos propres yeux, vous devriez toujours croire vos yeux.” Cette phrase de l’Américain Paul Krugman, Prix Nobel d’économie 2008, m’est venue à l’esprit lorsque j’ai atterri dans la capitale de la Grèce, pays considéré comme le plus touché par la crise au sein de l’Union européenne. Elle s’applique parfaitement à Athènes où, ce samedi en fin d’après-midi, pres­que rien, à part des affiches appelant à la grève générale et quelques cabines téléphoniques cassées, ne suggère que ce pays se trouve au bord de la faillite.

    Les boutiques sont prises d’assaut ; je croise un peu partout des femmes bien habillées, au visage reposé, qui n’hésitent pas à sortir leur portefeuille pour se faire plaisir. Dans le centre-ville, où les prix sont plutôt soutenus (eu égard aux standards bulgares), il est quasiment impossible de trouver une place à une terrasse de café ou de restaurant ; sur les passages piétons, touristes et Athéniens se côtoient dans un flot compact et ininterrompu. Dans les squares, des grappes d’enfants jouent, rient et chahutent sous le regard de leurs parents, qui papotent tranquillement, assis sur un banc. Bref, les gens continuent de vivre l’instant présent avec insouciance et bonheur.

    “Ne crois pas ce que tu vois à la télé”, me dit Jivko, un Bulgare de 38 ans qui travaille près d’Athènes dans une multinationale. La Grèce est, bien évidemment, touchée par la récession comme de nombreux autres pays. Mais, au vu du mode de vie des Athéniens, la crise ici n’a rien à voir avec celle que nous con­naissons en Bulgarie. “A cause de la crise, les Grecs ne vont manger au resto qu’une seule fois par jour et pas deux”, plaisante Jivko. Les affiches appelant à la grève générale le font franchement rire. “Pour certains, tous les moyens sont bons pour ne pas travailler.”

    Les télés et les journaux étrangers nous submergent d’infos sur des aéroports, des routes et des ports bloqués, sur des grèves générales paralysant les transports publics. J’ai certainement eu de la chance, mais je n’ai eu aucune difficulté à prendre un avion d’Olympic Airlines qui était d’ailleurs plein à craquer, alors que la saison touristique vient à peine de commencer…

    Si la crise touche de façon inégale la Grèce continentale, elle est à peine ­perceptible dans les îles. Pour cela, il suffit de se rendre à Mykonos, célèbre dans le monde entier pour ses fêtes et sa mu­sique électronique. Hôtels et tavernes sont déjà pleins à craquer ; sur la promenade de Hora, principale ville de Mykonos, les touristes sont obligés de jouer des coudes pour avancer. Ici, les prix sont indécents : une simple salade coûte 9 euros, une bière, 5 euros, une assiette de calmars frits, 14 euros, ce qui n’empêche pas les touristes de faire la queue pour s’attabler.

    Non, l’île de Mykonos n’est pas à vendre

    “Nous ne vendrons jamais nos îles, elles n’ont pas de prix”, s’exclame Nikoleta, une jeune serveuse qui travaille sur la plage Elias, l’une des plus chics de l’île : elle est bordée par des hôtels cinq étoiles où le parasol et la chaise longue coûtent 16 euros la journée pour les clients extérieurs. La jeune fille, qui étudie en France le reste de l’année, apprend avec stupeur qu’il y a quelques jours un influent quotidien britannique a annoncé que Mykonos était à vendre (un tiers de l’île appartient à l’Etat grec) afin de rembourser la dette publique. “C’est n’importe quoi”, me dit-elle, après avoir pris la peine d’appeler un de ses cousins, journaliste dans la capitale. Le lendemain, Athènes apporte un démenti officiel : non, ses îles ne sont pas à vendre.

    Nikoleta, comme la plupart des Grecs, pense que les informations de ce genre émanent d’une conspiration internationale visant à affaiblir le secteur touristique et à mettre la main sur les richesses les plus attrayantes du pays. Je ne sais pas si c’est vrai, mais mon voyage à travers la Grèce m’a convaincu que tout ce dont on nous rebat les oreilles depuis des mois, toutes ces histoires sur une économie stagnante où les impôts élevés et les aides sociales généreuses hypo­thèquent toute ini­tiative et entreprise privée ont peu à voir avec la réalité.

    Pour revenir aux chiffres officiels, on peut aussi s’interroger. La structure et le développement de l’économie grecque ne sont pas sensiblement différents de ceux des autres pays de l’UE. Les problèmes clés, mis en exergue par les spéculateurs, sont le déficit budgétaire chronique et la dette extérieure élevée de l’Etat. Mais ce sont là des maux dont souffrent, dans une moindre mesure, les autres pays européens développés. En Grèce, le déficit est dû moins aux dépenses de l’Etat qu’à son incapacité à collecter l’impôt. La dynamique de la croissance du pays, ces dix dernières années, correspond grosso modo à celle de la plupart des autres membres de la zone euro.

    Si la Grèce finit par appliquer le modèle balte de sortie de crise, qui con­siste à baisser les salaires et les retraites, les Grecs deviendront plus pauvres, certes. Mais le PIB par habitant restera net­tement plus élevé que ceux de l’Estonie et de la Lettonie, sans parler de la Bulgarie… Bref, la pauvreté de la Grèce est une légende, moderne cette fois-ci.


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