• La Grèce et quelques autres pommes de discorde

    La Grèce et quelques autres pommes de discorde

    La crise grecque a ravivé les tensions au sein de l’Union européenne. Et les Etats-Unis désespèrent d’avoir un jour un interlocuteur unique.

    Anthony Faiola The Washington Post

    Silvio Berlusconi, José Manuel Barroso, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel... et la crise.
    © Dessin de Pismestrovic paru dans Kleine Zeitung, Autriche.

    Furieux à l’idée que le contribuable allemand puisse être contraint de participer au sauvetage de la Grèce, des députés ont fait à Berlin une suggestion à leurs voisins dépensiers du Sud : si vous voulez de l’argent, pourquoi ne pas vendre quel­ques-unes de vos îles ? Quelques jours plus tôt, les Grecs, ulcérés par les critiques des Allemands, évoquaient de leur côté une autre solution : obtenir une indemnisation pour l’or volé par les nazis. “Ils ont pris l’argent grec et ne l’ont jamais rendu”, a ainsi déclaré le vice-Premier ministre, Theodoros Pangalos. “C’est un sujet qu’il faudra bien aborder un jour ou l’autre.”

    Ces vifs échanges traduisent la discorde grandissante qui règne au sein de l’Union européenne, une région soumise à rude épreuve par de multiples problèmes économiques et diplomatiques. Ces frictions risquent d’accentuer les pressions sur les monnaies et les marchés obligataires dans le monde, de freiner la montée en puissance de l’euro et d’anéantir les efforts de l’UE en vue d’accroître son influence sur la scène internationale. Elles pourraient également compliquer la tâche de Washington, qui cherche à résoudre, en coopération avec les Européens, des questions aussi anciennes que l’énorme déséquilibre en matière de financement de l’OTAN, ou des problèmes plus récents comme l’établissement de normes internationales pour la réglementation financière à la suite de la grande récession.

    “La création et l’élargissement de l’UE font partie des plus grandes réalisations en Europe, mais, aujourd’hui, son incapacité à s’exprimer d’une seule voix et à s’accorder sur les solutions à ses maux économiques et sociaux érode la stature du Vieux Continent et risque de l’entraîner dans une période de déclin”, prévient Simon Tilford, économiste en chef au Center for European Reform, un groupe de réflexion londonien.

    Après des semaines de négociations, les Européens sont toujours à couteaux tirés sur le meilleur moyen de régler le dossier le plus brûlant : l’endettement de la Grèce, qui a déclenché la pire crise qu’ait connue la zone euro en onze ans d’existence. L’Allemagne, première puissance financière du continent, répugne à renflouer un pays dont le fonctionnement repose, d’après elle, sur des dépenses inconsidérées, une culture de la fraude fiscale et la falsification des statistiques économiques.

    Soumis à des pressions politiques internes de plus en plus fortes, Berlin a surpris nombre de ses partenaires en revenant la semaine dernière sur son opposition initiale à un sauvetage de la Grèce par le Fonds monétaire international (FMI). L’intervention de l’organisation internationale serait ressentie comme un affront par plusieurs pays de la zone euro, et la France y est farouchement hostile. La volte-face du gouvernement allemand montre à quel point l’opinion, dans ce pays, refuse toute assistance aux Etats membres de la zone euro en difficulté. Et elle fait planer le doute sur la capacité des dirigeants européens à s’entendre sur un plan d’aide lors de leur prochain sommet [les 25 et 26 mars à Bruxelles].

    La crise grecque met également au grand jour d’autres litiges importants. Paris et Berlin se sont ainsi récemment accrochés avec le reste de l’UE à propos du colossal excédent commercial de l’Allemagne, une querelle à laquelle il faudrait mettre fin, estiment les observateurs, pour préserver la stabilité à long terme de la monnaie unique. Le 15 mars, la ministre des Finances française, Christine Lagarde, a ainsi demandé aux consommateurs allemands de mettre la main à la poche et d’acheter davantage de produits européens. Ce à quoi le ministre de l’Economie allemand, Rainer Brüderle, a répliqué vertement : “Que des pays qui par le passé ont vécu de la protection sociale et négligé leur compétitivité montrent les autres du doigt, c’est compréhensible sur le plan politique. Cela n’en reste pas moins injuste.”

    Par ailleurs, l’intégration européenne suscite un scepticisme croissant. Par exemple, au Royaume-Uni, pays fier d’avoir conservé sa monnaie nationale, la classe politique a brandi la crise grecque comme preuve que le pays doit rester à l’écart de l’euro. Les désaccords entre les deux rives de la Manche se multiplient. Ainsi, la volonté impulsée par Paris d’imposer de nouvelles restrictions aux fonds spéculatifs de la City est considérée comme une attaque directe contre le très important secteur londonien des services financiers. Et le Parti conservateur britannique, donné [légèrement] favori pour les prochaines élections [du 6 mai], s’est engagé à organiser un référendum sur toute mesure destinée à élargir les pouvoirs de l’Union européenne.

    Mais les bisbilles ne portent pas seulement sur des questions économiques. Il y a quelques mois, l’UE a ratifié le traité de Lisbonne, un texte visant à renforcer l’unité régionale grâce notamment à la création d’un nouveau poste de haut représentant pour les affaires étrangères. Mais le processus de réinvention d’un corps diplomatique européen composé de 5 000 membres a été paralysé par les querelles internes. Les Européens se sont en effet déchirés sur le choix des diplomates de haut rang chargés de représenter les intérêts de l’UE à l’étranger.

    Les dirigeants européens ont minimisé leurs divisions. D’aucuns assurent que les désaccords qui ont surgi à Bruxelles à l’occasion de la nomination de la nouvelle ministre des Affaires étrangères de l’Union européenne, Catherine Ashton, et du nouveau président du Conseil euro­péen, Herman Van Rompuy, sont comparables aux querelles de clocher déclenchées à Washington au moment des changements de gouvernement. “La coopération entre les Etats-Unis et l’UE reste remarquablement étroite”, se félicite un haut responsable américain. Mais, ajoute-t-il,“l’UE et ses institutions traversent de toute évidence une période de transition, et nous n’avons pas d’autre choix que de patienter”.

     

    Van Rompuy, où es-tu ?

    El País s’inquiète du caractère effacé du président permanent du Conseil européen. S’il “fait fureur auprès de ses pairs, nous, citoyens européens, continuons à ne rien savoir de lui : il ne s’est ni adressé ni présentéaux Européens”, déplore le quotidien espagnol.


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