• La Hongrie tente de s'affranchir de la rigueur budgétaire et du FMI

    La Hongrie tente de s'affranchir de la rigueur budgétaire et du FMI

    Les économistes craignent que la stratégie du nouveau gouvernement provoque une chute du forint
    Budapest Envoyée spéciale
     

    Dans la prestigieuse avenue Andrassy, au centre de Budapest, d'innombrables devantures vides affichent des écriteaux " A louer ". Les magasins proposent des soldes de 50 % à 70 % pour tenter d'attirer le chaland. Ces dernières années, le pouvoir d'achat s'est réduit comme peau de chagrin en Hongrie où le taux de chômage dépasse toujours les 11 %.

    Propriétaire d'une boutique de prêt-à-porter, Miklos Balla résume l'état d'esprit général : " Les affaires marchent mal partout. Les gens ont beaucoup payé. Maintenant c'est au tour des banques, et c'est bien. " Il approuve à 100 % la mesure emblématique annoncée par le nouveau gouvernement conservateur de Viktor Orban : une taxe sur les actifs des établissements financiers qui doit contribuer à renflouer les caisses de l'Etat à hauteur de 700 millions d'euros par an jusqu'en 2013. Ce projet est l'un des points de friction ayant conduit à la spectaculaire rupture des négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) mi-juillet.

    Ce coup de théâtre a pris de court les observateurs. Début juin, des proches de M. Orban s'alarmaient tout haut de l'état catastrophique des finances du pays, lui prédisant un destin semblable à la Grèce. Deux mois plus tard, le discours a changé du tout au tout.

    Fort d'une victoire écrasante de son parti, le Fidesz, aux élections législatives d'avril, le premier ministre répète à qui veut l'entendre que la Hongrie ne va pas si mal. Qu'elle peut bien s'en sortir toute seule et se passer désormais du FMI, venu la sauver de la faillite en 2008 avec l'Union européenne (UE) via un crédit de 20 milliards d'euros. Le nouvel exécutif hongrois affirme qu'" assez, c'est assez ". Assez des coupes budgétaires, assez des restrictions. A l'heure où toute l'Europe se convertit à l'orthodoxie dans le sillage de la crise grecque, Budapest semble vouloir sortir du rang. Et tant pis si cela suppose de renoncer à la dernière tranche du prêt du FMI, de 5,8 milliards d'euros.

    Régime sec

    " Après déjà quatre ans d'efforts, l'austérité ne peut pas être la solution ", explique le secrétaire d'Etat à l'économie, Zoltan Cséfalvay. En 2006, le déficit public hongrois avait explosé, jusqu'à atteindre 9,3 % du produit intérieur brut (PIB). Depuis le pays n'a cessé de se serrer la ceinture, entre gel des allocations familiales, réforme des retraites ou hausse de la TVA...

    Ce régime sec a porté ses fruits. Le déficit devrait être plafonné cette année à 3,8 % du PIB. Mais le gouvernement refuse de s'engager à le faire passer sous la barre des 3 % en 2011, comme le réclame Bruxelles. " Ce qu'il faut maintenant, c'est améliorer notre croissance et notre compétitivité ", poursuit M. Cséfalvay. Peu convaincu des bienfaits de la rigueur, le Fidesz préfère parler taxe bancaire et allégements fiscaux pour les entreprises et les particuliers. Ses promesses rencontrent un large écho auprès d'une population qui estime avoir fait sa part de sacrifices.

    Mais le gouvernement a-t-il les moyens de ses ambitions ? Bizarrement, son coup d'éclat avec le FMI n'a pas provoqué la panique des investisseurs. Tout juste le forint s'est-il un peu déprécié. A tous leurs visiteurs, les membres de l'exécutif font remarquer que le pays emprunte sans peine sur les marchés. Au premier semestre, ses émissions de dette lui ont permis de lever deux fois plus d'argent que prévu : un signe imparable de la confiance retrouvée de la communauté financière.

    Au FMI, on ne voit pas les choses aussi sereinement. " Effectivement, pour l'instant ils n'ont pas besoin de nous, note Christoph Rosenberg, qui a piloté les dernières négociations du Fonds en Hongrie. Mais ils auront un très gros besoin de refinancement en 2011, bien plus important que cette année. Et on a vu comme le climat pouvait changer brutalement sur les marchés. "

    Avec une dette publique approchant les 80 % du PIB, soit le plus haut niveau parmi les pays émergents, la Hongrie reste " très vulnérable ", s'inquiète M. Rosenberg. Une chute brutale du forint aurait des conséquences dramatiques, la population étant majoritairement endettée en devises étrangères, notamment le franc suisse. Ces craintes sont partagées par la plupart des économistes qui pressent Budapest de ne pas laisser regonfler le déficit. " Arriver sous la barre des 3 %, ce n'est pas grand-chose mais si on ne le fait pas, on risque d'avoir de gros problèmes, juge Kondrat Zsolt, chef économiste de la banque MKB. Nos antécédents ne sont pas bons. Dans le passé, la Hongrie a souvent négligé ses engagements. Nous n'avons pas triché comme la Grèce, mais on n'a pas fait beaucoup mieux. "

    Selon l'analyste, les marchés restent calmes, car ils sont persuadés que les négociations finiront par reprendre avec le FMI. En octobre, sans doute, quand les élections locales seront passées et que le gouvernement abandonnera sa rhétorique populiste.

    M. Orban, l'ancien jeune héros de l'anticommunisme, cessera-t-il alors de réclamer la " souveraineté économique " ? " Il vaudrait mieux changer de stratégie, critique Peter Oszko, ministre des finances du précédent gouvernement. S'il accroît le déficit, il ne fera qu'augmenter la dépendance du pays aux prêteurs étrangers. "

    Marie de Vergès


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