• La réforme des retraites aura des effets massifs mais laisse planer l’incertitude pour l’avenir

    La réforme des retraites aura des effets massifs mais laisse planer l’incertitude pour l’avenir  

    L’âge de départ à la retraite est relevé à 62 ans en 2018. Un rythme rapide qui permet, avec de nouvelles recettes, de réduire massivement les déficits à cet horizon. Le gouvernement espère contenir la mobilisation, qu’il anticipe forte, avec des mesures de compensation. Les syndicats et l’opposition critiquent une réforme « injuste » et de court terme.

    C’est le paradoxe de la réforme des retraites présentée hier, ou son équilibre, selon le point de vue où l’on se place. Elle aura des conséquences rapides et fortes sur les assurés et sur les finances publiques, mais son horizon s’arrête très tôt, dans huit ans, autant dire demain en matière de retraite. En choisissant ce nouvel âge de départ – 62 ans – et cette date – 2018 –, le gouvernement espère envoyer deux messages, a priori contradictoires.Premier message, la réforme réduit fortement les déficits, car son rythme est« rapide », comme l’a souligné hier le ministre du Travail, Eric Woerth. L’âge légal d’ouverture des droits sera relevé de quatre mois par an à partir de juillet 2011. C’est aller deux fois plus vite que chez nos voisins européens.« On fait mieux que les Allemands », insistait-on hier à l’Elysée, où les regards sont rivés sur les écarts de taux d’intérêt entre la France et l’Allemagne.

    « Un pays éruptif »

    Les mesures d’âge ne comblent pas à elles seules les déficits, mais elles permettent des économies massives : 20 milliards d’euros par an à l’horizon de 2020.« C’est énorme », a commenté le ministre du Travail. Et elles s’accompagnent de nou velles recettes pour un montant non négligeable, même s’il est insuffisant à court terme (3,7 milliards). La réforme doit ainsi réduire le déficit public de près de 0,5 % de PIB dès 2013. Autre élément de crédibilité vis-à-vis des marchés, l’exécutif se montre prudent sur le transfert des cotisations de l’assurance-chômage vers l’assurance-vieillesse, prévu à partir de 2015. Il n’en attend que des recettes minimes pour boucler la réforme.Mais si l’exécutif surveille de près la réaction des marchés, il redoute aussi de fortes turbulences sociales dans les semaines qui viennent. « Cela ne va pas être une partie de plaisir et c’est normal, la France est un pays éruptif », s’attend-on à l’Elysée. C’est donc le sens du deuxième message qu’il espère faire parvenir à l’opinion : en affichant un objectif à 62 ans, la réforme n’est pas trop dure, puisqu’il a longtemps été question d’aller jusqu’à 63. Avec un risque important tout de même : en ne disant rien sur l’après-2018, on ne rassure pas les salariés nés après 1956, qui ne savent pas quelles seront les règles en vigueur au moment où ils prendront leur retraite. De fait, le « rendez-vous » prévu en 2018 devra accoucher d’une nouvelle réforme au vu des besoins à l’horizon 2030 (25 milliards de plus qu’en 2020 !).Pour contrer la colère des syndicats, Nicolas Sarkozy, François Fillon et Eric Woerth insistent par ailleurs sur le côté« juste »de la réforme. Le gouvernement fait en particulier un geste pour les salariés qui ont commencé à travailler jeunes, et qui seront les plus pénalisés par la réforme. Le dispositif « carrières longues », qui permet un départ anticipé lorsque l’on a suffisamment cotisé, est aménagé mais maintenu. 90.000 assurés continueraient à en bénéficier tous les ans. Jean-Louis Malys (CFDT), par ailleurs vent debout contre la réforme, se dit d’ailleurs« satisfait », car le dispositif« n’est pas durci ». Eric Woerth recevra les partenaires sociaux aujourd’hui et demain pour intégrer d’éventuelles modifications au projet, notamment en ce qui concerne les carrières longues, la pénibilité et les polypensionnés.

    Préavis de grève à la SNCF

    Autre point clef : le rapprochement des règles en vigueur dans le public et le privé. Une demande très forte de l’opinion, surtout à droite. Soupesées jusqu’au dernier moment, les mesures annoncées tentent le grand écart entre l’harmonisation et le souci de ne pas trop mobiliser les fonctionnaires. On ne touche donc pas au mode de calcul de la pension – impossible si on ne remet pas à plat le système de rémunération, argumente Eric Woerth. Mais on aligne les taux de cotisation, au risque d’amputer le pouvoir d’achat.L’opposition a fustigé hier des mesures« injustes »et utilisé un nouvel angle d’attaque : l’horizon rapproché de la réforme.« Après 2018, c’est le trou noir ! Il faudra tout recommencer », a estimé la première secrétaire du PS, Martine Aubry.« C’est une réforme injuste et à court terme, quasiment une provocation », a jugé de son côté le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, dans une interview au Figaro.fr. La CGT a demandé au gouvernement de« réécrire »son projet. A la SNCF (où les agents verront leur âge de départ augmenter à partir de 2017), un préavis de grève unitaire est prévu pour le 24 juin, date de la prochaine mobilisation.L’avant-projet de loi sera transmis demain pour avis aux caisses de Sécurité sociale et aux organismes consultatifs des fonctions publiques. Il sera présenté en Conseil des ministres le 13 juillet.

    vincent collen

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