• La reprise économique américaine patine

    La reprise économique américaine patine

    Pessimiste sur la situation, le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, se dit prêt à des mesures de relance
    New York Correspondant
     

     

    Président de la Réserve fédérale américaine (Fed, banque centrale des Etats-Unis), Ben Bernanke s'est dit prêt, mercredi 21 juillet, à " prendre si nécessaire des mesures supplémentaires " pour activer une relance qui donne de multiples signes de fatigue. La plupart des experts estiment que la Fed, bien qu'elle ait ramené ses taux directeurs près de zéro depuis vingt mois, dispose encore de leviers pour favoriser l'accès au crédit des PME et des particuliers. Celui-ci reste dangereusement contraint, empêchant la consommation de redémarrer et l'emploi d'en bénéficier.

    M. Bernanke est donc disposé, quelle qu'en soit la forme, à injecter des liquidités publiques pour promouvoir une reprise de l'emploi aux abonnés absents malgré le retour à la croissance. Bien plus que le risque de déflation, qu'il a évoqué sans trop s'en inquiéter malgré trois mois consécutifs de baisse des prix à la consommation, et plus que la dette publique, qu'il a cette fois ignorée, l'échec à relancer l'emploi est devenu la menace majeure aux yeux des autorités américaines.

    Alors que le président, Barack Obama, avait signé le matin la loi instaurant la plus ambitieuse réforme du système financier américain depuis les années 1930, le patron de la Fed présentait son rapport semi-annuel à la commission bancaire du Sénat. Il prévoit désormais une relance " lente " de la croissance et une résorption du chômage " plus lente que prévu ". Actuellement, celui-ci touche 9,5 % des actifs - et 16,5 % compte tenu du chômage partiel. " Les créations d'emploi sont insuffisantes " dans le secteur privé, a jugé M. Bernanke. Or les récents indicateurs incitent peu à l'optimisme. La Fed a récemment ramené sa prévision de croissance annuelle de 3,2 %-3,7 % à 3 %-3,5 %.

    La consommation stagne et l'indice de confiance des consommateurs est à son plus bas depuis un an. La hausse de la production de biens s'est fortement ralentie (0,1 % en juin) et pourrait cesser ce mois-ci. La construction de logements continue sa descente aux enfers depuis que le crédit d'impôts accordé aux nouveaux acquéreurs a pris fin, en avril.

    Selon RealtyTrac, un organisme de recherche spécialisé, le second trimestre 2010 a été le pire jamais enregistré aux Etats-Unis en termes de saisies immobilières. Malgré les mesures d'aide aux emprunteurs insolvables, 270 000 logements ont été saisis entre avril et juin : 38 % de plus qu'au même trimestre en 2009. A ce rythme, plus d'un million de familles américaines supplémentaires se retrouveront à la rue cette année. Or, dans plus d'un cas sur deux, le chef de famille perdant son logement s'enfonce dans une spirale négative qui lui fait perdre rapidement son emploi (si ce n'est déjà fait). Et trois millions de familles américaines restent menacés d'expropriation.

    Mardi, le Sénat, après plus de deux mois de blocage des républicains, avait fini par voter une prolongation des allocations-chômage au-delà des six mois légaux - la troisième depuis l'avènement de M. Obama. L'opposition n'en récusait pas le principe, mais exigeait que l'effort financier d'aide aux chômeurs soit compensé par des coupes claires dans d'autres domaines (qu'elle ne précisait pas) pour ne pas davantage creuser les déficits.

    Ce débat devrait s'accentuer jusqu'aux élections législatives de mi-mandat, le 4 novembre (renouvellement de la Chambre basse et d'un tiers du Sénat). Car celles-ci se tiendront à l'ombre d'un chômage aux caractéristiques inédites aux Etats-Unis. Depuis la récession que dut surmonter Ronald Reagan en 1980-1981, l'Amérique s'est habituée à un taux formel de chômage exceptionnellement bas : après 1984 il n'a plus jamais dépassé 7,5 %, se stabilisant entre 4 % et 6 % de 1994 à 2008.

    Mais ce quasi-plein emploi s'est accompagné d'une précarisation croissante, beaucoup due à l'abandon progressif des activités de production de biens manufacturiers, coeur de l'emploi stable mieux protégé, au profit des emplois de service.

    Pour nombre d'économistes, cette structure de l'emploi américain ne sera pas rétablie au sortir de cette crise. Chef économiste de Goldman Sachs, Jan Hatzius pronostiquait en mai que son pays devait se préparer à connaître un " chômage de base " désormais situé aux alentours de 7,5 %-8 %. Vu les gains de productivité des entreprises pour résister à la tempête des deux années écoulées, il proposait de s'habituer à l'existence d'une nouvelle catégorie sociale : les inactifs chroniques sortis des statistiques par incapacité à retrouver du travail.

    Conclusion : recréer les 8,5 millions d'emplois perdus durant la crise " prendra un temps significatif ", a expliqué mercredi M. Bernanke qui, pour la première fois, a admis que le taux de chômage se situera encore de 7 % à 7,5 % à la fin 2012.

    Les Américains s'installent dans une situation pour eux inédite depuis près de trente ans : jusqu'ici, un chômeur retravaillait en moyenne trois mois après la perte de son emploi. Actuellement, plus d'un tiers des chômeurs américains n'ont pas retrouvé d'emploi après un an. Dans 14 des 50 Etats américains, les organismes d'indemnisation chômage, en faillite, ont dû emprunter auprès de l'Etat fédéral. Hier encore perçu aux Etats-Unis comme une incongruité, le " traitement social du chômage " s'instille lentement dans les esprits.

    Sylvain Cypel


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