• La restructuration de la dette, un scénario envisagé mais tabou

    La restructuration de la dette, un scénario envisagé mais tabou

     

    PERSONNE, À ATHÈNES, ne veut en entendre parler. Mais le ministre des finances, Georges Papaconstantinou, a beau assurer que les spéculateurs pariant sur une banqueroute de la Grèce " y perdront leur chemise ", le scénario d'une restructuration de la dette fait son chemin.

    Au coeur de ces spéculations, une question : les quelque 45 milliards d'euros potentiellement mis sur la table par les Etats de la zone euro et le Fonds monétaire international (FMI) suffiront-ils à conjurer la crise et à stopper l'emballement des marchés ? Ils mettront sans doute la Grèce à l'abri d'une crise de liquidités à court terme. Mais des analystes jugent ce plan bien insuffisant à plus long terme, au vu de l'ampleur des déficits du pays.

    " D'un côté, les marchés ne croient pas que tout va rentrer dans l'ordre, de l'autre la Grèce doit mener de vraies réformes, douloureuses, qui lui prendront plus que trois ans ", détaille Daniel Gros, le directeur du Centre d'étude des politiques européennes, un cercle de réflexion bruxellois.

    L'économiste préconise de s'atteler dès maintenant à " un rééchelonnement de la dette grecque ", une issue qu'il juge inéluctable. En clair, selon M. Gros, Athènes devrait négocier avec ses débiteurs une rallonge de cinq ans de ses délais de paiement, sans modification des taux d'intérêt.

    Un tel plan dispenserait la Grèce de retourner sans cesse sur les marchés pour refinancer sa dette. A la place, le gouvernement pourrait se concentrer sur les réformes et les ajustements nécessaires à la réduction d'un déficit qui atteignait, fin 2009, 13,6 % du produit intérieur brut (PIB). L'Union européenne, enfin, serait déchargée de son rôle de " prêteur en dernier ressort " si les problèmes s'aggravent.

    La banque d'affaires américaine Goldman Sachs recommande, elle aussi, une renégociation de la dette, combinée au paquet d'aides européen. " Probablement le meilleur scénario pour s'en sortir ", indiquait Erik Nielsen, chef économiste Europe de Goldman, dans une note, jeudi 22 avril.

    Marge de manoeuvre étroite

    Bien des questions, pourtant, restent en suspens. Les créanciers accepteraient-ils de s'asseoir à la table des négociations ? Pourraient-ils supporter de ne pas récupérer une partie de leurs fonds ? La marge de manoeuvre est étroite. D'autant que certaines banques européennes sont très exposées au risque grec. " Le gouvernement grec possède une petite bombe, affirme Patrick Artus, directeur de la recherche chez Natixis. Annuler 30 % de la dette aurait des répercussions très graves sur les systèmes bancaires français et allemand. " Et obligerait peut-être à remettre en route les plans de sauvetages échafaudés pendant la crise financière.

    Selon M. Artus, c'est aussi la crédibilité de la zone euro qui est ici en jeu. " Un défaut de la Grèce jetterait le discrédit sur tous les autres, et les plus faibles devraient à leur tour se financer beaucoup plus cher ", estime l'économiste. La crainte d'une contagion au Portugal a d'ailleurs commencé à agiter les marchés.

    Dans la bouche des dirigeants européens, l'hypothèse d'une restructuration de la dette reste un tabou. A plusieurs reprises, le gouvernement grec l'a fermement écartée. La ministre française de l'économie, Christine Lagarde, a aussi décrété ce scénario " hors de question ", lundi 26 avril.

    Mais l'enjeu, pour les capitales européennes, est maintenant d'aller vite et surtout de faire taire les divisions. Les réticences affichées de l'Allemagne à secourir la Grèce ont à nouveau fait bondir les taux auxquels le pays emprunte sur les marchés.

    Pour la première fois, lundi, le rendement des obligations à dix ans a dépassé les 9 %, six points de plus que l'Allemagne. Plus inquiétant, le taux des emprunts grecs à deux ans est passé de 10 % à 13 %, preuve que les investisseurs prennent très au sérieux le risque de défaut à court terme.

    Sur le marché des CDS, ces titres censés assurer un émetteur contre le risque de faillite d'un Etat, la Grèce est désormais considérée comme l'un des pays les plus risqués du monde. Elle est classée juste derrière l'Argentine, qui avait décrété un moratoire sur sa dette en 2001, et le Venezuela.

    Marie de Vergès


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