• La réunion de Pittsburgh ou le sommet de la dernière chance

    Le G20 doit être érigé en instance de coordination économique mondiale

     

                Rien n'est joué. Par-delà l'accord de principe sur quelques points saillants, les Etats-Unis et <st1:personname productid="la Grande-Bretagne" w:st="on">la Grande-Bretagne</st1:personname> restent hésitants et partagés à la veille de Pittsburgh. D'un côté, la détresse de leurs banques et la mobilisation de l'opinion publique les poussent à rejoindre les initiatives du couple franco-allemand. De l'autre côté, le souci de la compétitivité de New York et de Londres comme places financières les conduit à tendre une oreille complaisante aux doléances des professionnels. La tentation du " business as usual " demeure vivace alors que nous traversons depuis 2007 une crise d'une exceptionnelle gravité.

    Pourtant, le G20 de Pittsburgh reste pratiquement la dernière chance de tirer ensemble les leçons, pour les régulations bancaire et financière, de cette crise. La dernière, non pas parce que le G20 sera présidé en 2010 par <st1:personname productid="la Corée" w:st="on">la Corée</st1:personname> du Sud, ce qui traduit un rééquilibrage incontournable et même souhaitable, mais parce qu'avec la stabilisation de la situation économique mondiale et une reprise modérée attendue pour la fin de l'année, l'appétit de réformes va retomber comme un soufflet. Nous n'avons pas su tirer les leçons de l'affaire Enron et des autres scandales du début des années 2000. Cette fois-ci, nous n'avons pas le droit de rater le coche.

    Depuis le G20 d'avril à Londres, nous sommes passés des intentions générales aux décisions concrètes sur un petit nombre de points. Une brèche a été ouverte dans les paradis fiscaux, mais il faut l'élargir. Le FMI, qui n'a pas été spécialement glorieux face à cette crise, est remis au centre du dispositif et voit ses ressources tripler. Reste le plus important : modifier son système de gouvernance et souhaiter de sa part plus de transparence et de pragmatisme. Pittsburgh va consacrer certaines convergences. Parmi elles, figurent en bonne place le lissage des bonus par des dispositifs de bonus-malus, des exigences accrues en fonds propres pour les banques, des règles de provisionnement moins déstabilisantes (moins " pro-cycliques ") pour ces mêmes banques avec l'idée de constituer des provisions quand tout va bien pour ne pas avoir à le faire lorsque tout va mal... Des désaccords non négligeables subsisteront, y compris entre pays européens, sur les normes comptables et tout spécialement l'application du principe de la fair value, sur la régulation des hedge funds et des instruments dérivés, sur la surveillance des agences de notation, sur l'idée de plafonnement des bonus, sur la réalisation concrète des exigences de transparence et de bonne gouvernance des sociétés, sur la façon de combiner trois modes complémentaires d'intervention : l'auto-régulation, la réglementation et la voie intermédiaire des codes de bonne conduite (comme ceux applicables aux agences de notation ou bientôt aux fonds souverains).

    Formidable nouvelle pour l'avenir du monde, la crise aura catalysé l'affirmation du G20 sur la scène mondiale. Coordonner les réponses des uns et des autres en matière de régulations économique et financière est une absolue nécessité. Clairement, cela n'est pas suffisant. Nous rappelons ici les principales propositions faites par le Cercle des économistes en juillet dernier.

    Phénomène unique au cours des deux derniers siècles, le monde a été frappé par quatre chocs économiques aux effets cumulatifs : crise monétaire ; apparition de conflits latents entre pays émergents et pays de l'OCDE ; transformation d'une ampleur inattendue des demandes des consommateurs ; vieillissement de la population mondiale qui s'accompagne de transformations du marché du travail, des conditions de collecte et de gestion de l'épargne, du fonctionnement du marché des biens et services et évidemment des équilibres de protection sociale.

    Tout cela marque du sceau de l'incertain le scénario de reprise au cours de l'année prochaine. L'assainissement des banques a été insuffisamment réalisé, et aucune régulation à l'échelle mondiale ne permet de penser que l'on puisse éviter une réédition de chocs systémiques.

    Les plans de soutien et les effets d'un arrêt temporaire du déstockage entraînent un rebond mécanique des économies américaine et européenne au deuxième semestre 2009 et au premier trimestre 2010. Au-delà, rien ne garantit une croissance à nouveau auto-entretenue de l'économie mondiale, que l'on peut souhaiter, mais dont on ne peut affirmer avec certitude qu'elle s'imposera.

    Le G20 doit être institutionnalisé, avec un secrétariat permanent, et être instauré comme l'instance de coordination économique à l'échelle mondiale à la place du G7-G8. Il devra être réformé, y compris en ce qui concerne le nombre de ses membres, pour être plus efficace et prendre en charge les problèmes de commerce, de change et de stabilisation du prix des matières premières. Sur le plan du commerce, face aux nouvelles menaces protectionnistes, le G20 doit demander à l'OMC de relancer le cycle de Doha avec un agenda modifié qui intègre notamment les transferts de technologie ainsi que les clauses sociales et environnementales. En ce qui concerne les matières premières, le marché à terme du pétrole doit être régulé plus étroitement. La volatilité du marché du pétrole est le serpent de mer des sommets du G8 ; personne ne s'y attaque sérieusement et c'est un risque majeur pour la reprise.

    Il faut installer plus explicitement, dans leurs fonctions d'anticipation et de résolution des déséquilibres financiers, le FMI et le Conseil de stabilité financière. Malgré les réticences des pays les plus avancés, le FMI doit aussi modifier la répartition de ses droits de vote en l'alignant sur la réalité du poids des différentes économies. Tout cela nous conduit, en premier lieu, à appeler solennellement à la tenue, avant la fin du premier semestre 2010, et cela à un tournant conjoncturel crucial, d'une conférence internationale refondant les règles de la gouvernance mondiale.

    Pour préparer cette conférence, le G20 doit lancer les travaux d'analyse des besoins mondiaux à l'horizon 2015 en matière énergétique et agroalimentaire, et mettre en place des dispositifs de production améliorant l'équilibre offre-demande ; concevoir de nouveaux mécanismes de transfert des flux publics de financement vers les pays du Sud avec pour objectif de doubler en cinq ans l'aide publique au développement ; prendre en charge la mise en oeuvre des engagements qui seront pris pour l'après-Kyoto lors de la conférence de Copenhague en décembre, notamment sur le plan financier.

    Au plan conjoncturel, le G20 doit veiller à ce que soit respecté un impératif : ne pas relever les taux d'intérêt avant que la croissance ne soit revenue durablement au-dessus de son niveau potentiel, c'est-à-dire au plus tôt fin 2010. Deux risques pourraient peser sur la reprise : un prix du pétrole qui retrouverait brutalement les niveaux du premier semestre 2008 ou un dollar de nouveau faible. Le G20 ne saurait donc négliger ni les défis énergétiques ni la question monétaire, liée à la persistance des déséquilibres internationaux (déficits américains, excédents chinois...) et aux privilèges du dollar. Vaste programme qui ne pourra évidemment qu'être esquissé à Pittsburgh. Mais, si cette ambition n'est pas là, la reprise aura été de courte durée... p

    Christian de Boissieu et Jean-Hervé Lorenzi

    Président du Conseil d'analyse économique

    Président du Cercle des économistes


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