• La route de Pyongyang est chinoise

    La route de Pyongyang est chinoise

     

    John Delury

    NEW YORK – La visite de Kim Jong-il en Chine cette semaine aura eu le mérite discret de rappeler que la route de Pyongyang passe par Beijing. La Chine est la seule puissance à rester fidèle à la Corée du Nord, alors que la Russie, le Japon, les Etats-Unis et la Corée du Sud ans ne font pas montre d’autant de constance.

    En gardant la porte ouverte aux leaders de la Corée du Nord, la Chine fait une contribution précieuse à la paix de la région et ne manque pas de courage diplomatique en ce moment extrêmement délicat, ce qu’on lui reconnaît peu.

    Considérer que la Chine est en mesure de faire levier sur la Corée du Nord est pourtant plus illusoire qu’il n’y paraît. La visite de Kim doit être évaluée pour ce qu’elle est, en fonction des relations qu’entretiennent la Chine et la Corée du Nord, et non pas telles que les rêvent certains. On verra ainsi ce qui reste à l’Amérique et la Corée du Sud comme rôle, pour impliquer le Nord dans la reprise des négociations autour du nucléaire et du réchauffement des relations intercoréennes.

    Le traitement médiatique réservé à la visite de Kim a été brouillé par trois idées fausses, la première étant que celui-ci venait implorer l’aide chinoise pour sauver son régime, en butte à une explosion de mécontentement, provoqué par une réforme monétaire ratée. L’autorité de ce régime a été très secouée par cette épreuve, mais il en a vu d’autres. Et les rapports entre la Chine et la Corée du Nord relèvent autant d’intérêts matériels et de facteurs économiques, que de questions de stabilité et de géopolitique.

    Le commerce a plus d’impact que l’aide, et la Chine, avec ses provinces côtières, est aujourd’hui le grand partenaire commercial de la Corée du Nord et sa source principale d’investissement. Wen Jiabao, le Premier ministre chinois, a annoncé lors de sa visite à Pyongyang en novembre dernier, la création d’un paquet commercial se montant peut-être à 10 milliards de dollars. La Corée du Nord vient de créer la Banque nationale du développement et le Groupe d’investissement international Taepung (dirigé par un homme d’affaires sino-coréen), chargé d’attirer l’investissement étranger.

    Il y a également, près de la frontière chinoise, russe et nord-coréenne, un regain d’intérêt pour le développement de la ville portuaire de Rason, en tant que zone économique spéciale. Même si la Corée du Nord s’en tient résolument aux modèles démodés du contrôle d’Etat et du planning central, les visites de Kim aux villes pilotes de Dalian et Tianjin traduisent son intérêt hésitant mais continu pour des solutions qui renforcent la prospérité de son pays.

    La deuxième idée fausse est que le président Hu Jintao aurait proposé à Kim un “gros programme” d’aide en échange d’un retour à la table des négociations à six sur le programme nucléaire de la Corée du Nord. Il est évident que Hu a dû chercher à reprendre les discussions, mais pas en essayant d’acheter Kim. Hu a plutôt cherché à jauger le degré d’enthousiasme de Kim pour la reprise des négociations. Il s’est sans doute demandé de quelles conditions, de quelles incitations et de quelle marge de manouvre il disposait, étant donné le positionnement des autres parties.

    Apparemment, Kim a réitéré la volonté de son gouvernement à revenir à la table des discussions, mais la question reste posée quant aux garanties qu’il a pu donner à Hu pour persuader des Etats-Unis las et hostiles qu’il est vraiment prêt à entamer des discussions. Par ailleurs, Kim a lui aussi besoin que Hu lui fournisse des garanties – non pas la promesse d’une aide, mais la certitude que les Americains, les Sud-Coréens et les Japonais sont prêts à quelques compromis.

    Troisième et dernière idée fausse, imaginer que Hu ait pu exiger de Kim une explication pour le naufrage mortel du navire de guerre sud-coréen, fin mars. Hu, qui a rencontré récemment le président sud-coréen Lee Myung-bak, a pu discuter de la question avec Kim, comme des pressions qui pèsent sur Lee pour qu’il use d’une réponse, si ce n’est de représailles. Mais les Chinois ne prennent pas en compte la culpabilité nord-coréenne. Même si la preuve flagrante de cette culpabilité était faite, les Chinois préfèreraient restreindre l’incident au cadre des relations intercoréennes, et ne voudraient pas le mêler aux négociations à six.

    Plutôt que de critiquer la Chine, le président des Etats-Unis Barack Obama et Lee doivent désormais tendre la main aux Chinois pour faire le point sur la visite de Kim, et en tirer des conclusions, tant du point de vue des questions de sécurité que du point de vue économique. La Chine doit continuer à encourager les réformes et l’ouverture de l’économie nord-coréenne, par le biais d’institutions internationales financières.

    Les Etats-Unis doivent chercher activement une voie de retour vers les négociations à six, sans s’abandonner à l’idée fataliste que la Corée du Nord ne pourra jamais se laisser convaincre de revenir sur son programme nucléaire, ni à l’idée dangereuse d’attendre simplement que le régime nord-coréen vienne demander la charité, si ce n’est qu’elle ne s’effondre.

    La Corée du Sud est face à un immense dilemme dont elle ne pourra sortir qu’une fois tirées les conclusions de l’enquête sur le naufrage de son navire et la mort de ses marins. Mais quelle qu’en soit l’issue, le président Lee a besoin de solutions pour remettre les relations intercoréennes sur le chemin de la paix.

    John Delury is director of the China Boom Project at the Asia Society, New York.

    Copyright: Project Syndicate, 2010.
    www.project-syndicate.org
    Traduit de l’anglais par Michelle Flamand


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