• La rupture technologique

    La rupture technologique

    Les énergies renouvelables, les nanotechnologies, les biomatériaux, etc., permettront-ils de construire un mode de production plus économe en ressources naturelles... et de générer une nouvelle phase d'expansion ?

     

                L'araire fut à l'origine de la révolution agricole du néolithique, la machine à vapeur à celle de la révolution industrielle, l'informatique à celle de la révolution numérique... Les " technologies vertes " lanceront-elles à leur tour un nouveau cycle de croissance ? C'est ce qu'espèrent politiques et entreprises. Lors des " Rencontres de la croissance ", organisées le 22 octobre, par l'institut d'études économiques COE-Rexecode, le ministre de l'environnement, Jean-Louis Borloo, était lyrique : " Un champ extravagant d'investissements et d'innovations technologiques s'ouvre devant nous (...). <st1:personname productid="La France" w:st="on">La France</st1:personname> sera le premier pays à atteindre les objectifs d'une économie durable en 2020. Le XXIe siècle sera celui du retour du génie français. "

    Un cercle vertueux verrait le soutien public à la recherche dans des domaines ciblés permettre aux sociétés de supporter le coût de développement des innovations, avant que les marchés ne prennent le relais et que leur diffusion n'en réduise le prix.

    Charles Beigbeder, fondateur et ex-patron du groupe d'énergie alternative Poweo, annonçait, lui, que le marché du solaire photovoltaïque " devrait trouver son équilibre en 2015 " et s'affranchir des subventions initiales. Un scénario idéal qui explique que les fameuses Green Techs soient l'objet de tant de sollicitude à Washington comme à Pékin, à Paris ou à Berlin.

    Mais le glissement harmonieux et organisé d'un modèle techno-énergétique à un autre pourrait se heurter à quelques difficultés. Tout d'abord, l'économie de ressources naturelles obtenue grâce aux technologies moins gourmandes serait vite compensée par l'envolée de leur consommation dans des pays émergents qui rêvent d'accéder aux standards de vie occidentaux. A moins d'offrir à ces pays un accès rapide à ces technologies, ce qui priverait les firmes d'Occident d'un avantage compétitif décisif ! Par ailleurs, " on ne peut comparer les technologies vertes aux mutations - nées avec - l'électricité, le train ou l'automobile, remarquait lors du même colloque Rémy Prud'homme (université Paris-XII). Elles ne bouleversent pas la productivité ", dont la théorie économique montre qu'elle est, plus que les technologies, facteur de croissance. Autrement dit, les investissements, la consommation et les emplois promis sont déplacés d'un secteur à l'autre, et non créés.

    " Enjeux sociétaux "

    De plus, la ruée des investisseurs et des subventions sur un nombre réduit de " créneaux " forme des bulles aboutissant à des krachs (celui des chemins de fer en 1873, ou des start-up en 2000). Sans parler des flops ruineux qu'ont été les grands programmes du type Plan Calcul et Concorde en France, ou certains projets militaires aux Etats-Unis.

    Par l'impôt ou le prix élevé des produits nouveaux, c'est " au final, le consommateur qui paie ", souligne Christian Gollier, chercheur à l'Institut d'économie industrielle de Toulouse-I. Il paie aussi, en emplois perdus et en reconversions, le volet " destruction " de cette dialectique schumpétérienne.

    Comment rendre acceptable la rupture technologique nécessaire à la préservation des ressources de la planète ? Plutôt qu'une innovation orientée par les Etats ou les " marchés porteurs " que les firmes croient identifier, nombre d'experts en préconisent une autre, menée par la " demande sociale ", en produits, mais aussi en services, individuels ou collectifs, offerts par les secteurs privé et public. " Nous partions du fait que la correction des défaillances du marché et l'investissement dans l'offre aboutiraient à créer de la demande, observait Fergus Harradence, du ministère britannique de l'innovation et des universités, lors d'un colloque organisé par la fondation FutuRIS pour la recherche et l'innovation le 1er avril. L'expérience nous a montré que ce n'était pas le cas. "

    " Il est probable que l'ère de l'innovation tirée par la consommation touche à sa fin et que nous entrions dans celle de l'innovation tirée par les enjeux sociétaux ", concluait Luke Georghiou, chercheur à l'université de Manchester.

    Antoine Reverchon


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