• La Suisse n’est pas le havre fiscal rêvé par les financiers de la City

    La Suisse n’est pas le havre fiscal rêvé par les financiers de la City  

    Passée l’irritation provoquée par la hausse de l’impôt sur le revenu et la taxe sur les bonus de 2009, les financiers londoniens réalisent qu’il n’est pas si facile de se délocaliser en Suisse. Seuls des fonds ou des petites structures devraient partir. 

    DE NOTRE CORRESPONDANTÀ LONDRES.

    Un peu plus d’un mois après l’annonce d’une taxe de 50 % sur les bonus, qui venait elle-même s’ajouter au passage de 40 % à 50 % du taux marginal de l’impôt sur le revenu, les financiers de la City semblent se résigner. Expatrier les équipes à Zurich, à Genève ou au milieu des pâturages de Pfäffikon n’est finalement pas le pied de nez idéal que beaucoup d’entre eux avaient espéré faire au gouvernement. Kinetic Partners, un consultant spécialisé dans la fiscalité, assurait récemment que 150 gestionnaires de « hedge funds » s’apprêtaient à s’expatrier avant le 6 avril, date d’augmentation de l’imposition sur les revenus. Mais beaucoup estiment que les annonces de départs massifs proférées ici ou là relèvent du bluff pour tenter de pousser le gouvernement à reculer.En fait, banquiers et gérants de « hedge funds » londoniens discutent aujourd’hui surtout de l’étroitesse de la place suisse, du manque et de la cherté des logements et des écoles, en échangeant parfois des plaisanteries sur l’absence de vie culturelle à Genève ou sur les mœurs suisses :« Lorsque vous vous trompez de couleur pour votre sac d’ordures, vous récoltez une amende de 50 francs suisses et ils vous pistent »,racontait ainsi un « hedge funder » à « Financial News ».« Il faut arrêter de rêver. La Suisse ne peut être une alternative que pour une poignée de financiers de la City. Il n’y a déjà plus de places dans les écoles internationales à Genève ou Zurich. Seule la France avait la taille critique nécessaire pour servir d’alternative. Mais là aussi, on préfère taper de façon populiste sur les banquiers. La France avait pourtant une carte à jouer »,racontait à Davos le patron d’une grande banque basée à  Londres.

    Négocier avec les autorités

    Au final, seuls les financiers les plus mobiles devraient se déplacer : soit parce qu’ils n’ont pas besoin de rencontrer leurs clients, soit parce qu’ils travaillent dans des petites structures et qu’ils peuvent reconstituer des équipes sans trop de difficultés ou encore parce que leur vie personnelle le leur permet. Les menaces de départ concernent principalement les gérants de « hedge funds » ou de fonds de capital-investissement. Même si ce sont les banques qui sont frappées par la taxe exceptionnelle de 50 % sur les bonus de 2009, il est en effet beaucoup plus difficile pour elles de déplacer leurs équipes.« Si elles déplacent leur centre de gravité vers la Suisse, ce sera seulement de petites équipes et elles le feront discrètement »,explique un professionnel.D’ici à fin mars, les banques feront connaître leur politique de bonus et on saura alors dans quelle mesure sera absorbée cette taxe, dont on dit qu’elle pourrait rapporter plusieurs milliards au Trésor britannique.Mais même pour les « hedge funds » ou les fonds de capital-investissement, la Suisse est trop petite pour que des financiers s’y déplacent en masse. Le vivier de talents serait vite tari. Il peut être intéressant d’y avoir des bureaux pour courtiser certains clients : c’est le cas de MAN, depuis longtemps, et de BlueCrest, plus récemment.« Mais les vraies alternatives à Londres sont New York, Paris et Francfort »,explique Bill Dodwell, un spécialiste de la fiscalité chez Deloitte. Et sur ces places aussi, la réglementation va être renforcée.En outre, si les cantons suisses sont prêts à négocier la fiscalité des établissements et sont même venus à Londres faire des présentations pour les attirer lorsque le gouvernement britannique a alourdi les impôts, ils imposent des conditions.« Il n’est pas si évident d’obtenir des conditions fiscales plus avantageuses, explique Bill Dodwell.Un ’ hedge fund ’ peut négocier avec les autorités fiscales le taux d’imposition des équipes, mais il doit s’engager à embaucher un minimum de personnel sur plusieurs années et la réduction ne s’applique qu’aux principaux dirigeants de ce fonds. Pour les autres, l’imposition est moins élevée qu’à Londres, mais pas beaucoup moins. »

    NICOLAS MADELAINE

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