• La transparence est le meilleur antidote contre la corruption

    La transparence est le meilleur antidote contre la corruption

    La loi américaine Dodd-Franck vise à mettre un terme à des décennies de détournement par les pays pétroliers. Et, briser ainsi la « malédiction de l'or noir »

    Pourquoi demander aux compagnies pétrolières et minières de révéler ce qu'elles versent aux États dans lesquelles elles travaillent ? « Parce que le soleil est le meilleur des antiseptiques », résume le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz. L'exploitation pétrolière et minière a nourri de nombreuses guerres civiles (Liberia, Sierra Leone, Congo-Brazzaville, Angola, République démocratique du Congo....), favorisé le maintien au pouvoir de régimes peu fréquentables (Birmanie, Guinée Équatoriale...) et, du même coup, entravé leur développement.

    « Si les citoyens savaient comment se partage la vente de chaque baril entre État et compagnie pétrolière, il serait facile de détecter des cas de corruption », estime Joseph Stiglitz. La loi sur la transparence des revenus pétroliers Dodd-Frank vise à renforcer la gouvernance dans les pays riches en matières premières. Il s'agit pour les parlementaires et à la société civile de ces pays d'exercer un meilleur contrôle sur l'utilisation de la manne en ayant accès à des données jusqu'ici ultra confidentielles. Et, de briser ainsi la malédiction qui semble coller à la peau des pays riches en pétrole.

    Les cas de détournements sont en effet nombreux et souvent spectaculaires. Un récent rapport de l'initiative pour la transparence dans les industries extractives (EITI) sur le Nigeria, premier producteur de pétrole en Afrique, permet d'en prendre la mesure.

    ÉCART DE PLUS DE 5 MILLIARDS

    En confrontant les versements effectués en 2005 par la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC) et les compagnies privées (Exxon, Chevron, Total....) et les recettes effectivement encaissées par l'État, les auditeurs ont découvert un écart de plus de 5 milliards de dollars !

    Le cas de l'Angola, le deuxième producteur du continent, est également éloquent. Un rapport du FMI qui devait rester confidentiel révèle ainsi que 4,2 milliards de dollars de revenus pétroliers se sont évaporés entre 1997 et 2002. L'équivalent de 10 points de PIB par an. Il n'est pas inutile de rappeler que les cours du brut oscillaient à l'époque entre 10 et 20 dollars le baril contre plus de 70 aujourd'hui.

    Un rapport du sénat américain a révélé que plus de 700 millions de dollars dormaient sur des comptes ouverts à la Riggs Bank, à Washington, par le président de la Guinée Equatoriale. X. H.

    Xavier Harel

    L'EITI, une initiative imparfaite sur la transparence

    Supportée par les différents acteurs des industries extratives, cette plate-forme peine à produire ses effets.

    Hostiles à la loi Dodd-Frank, les principales compagnies pétrolières et minières privées soutiennent en revanche l'EITI, l'Initiative pour la Transparence dans les Industries d'Extraction. Créée en 2002, cette coalition soutenue par la Banque mondiale regroupe États, compagnies pétrolières et minières, ONG et investisseurs. Son principe est le suivant : un État candidat à l'EITI dévoile l'ensemble de ses revenus issus des industries extractives, ensuite comparé avec les déclarations de versement des industriels par des auditeurs indépendants tenus à la confidentialité. Ces chiffres, publiés au sein d'un rapport rendu public, permettent de révéler l'évaporation éventuelle de liquidités.

    fiabilité des données en question

    Incontestable sur le papier, mais basée sur le volontariat, l'EITI peine pour l'heure à faire la preuve de son efficacité. Seul trois petits pays - l'Azerbaïdjan, le Liberia et le Timor-oriental - ont jusqu'à présent fourni des informations d'une qualité suffisante pour être déclarés « compliant », alors que près de trente pays, essentiellement africains, sont aujourd'hui candidats à ce statut. Dans un récent rapport d'analyse, la Banque Mondiale, qui milite pour un « EITI++ », souligne que de « nombreuses parties prenantes » estiment « que la qualité variable des rapports de l'EITI ou certaines préoccupations sur la fiabilité des données risquent de nuire à l'EITI à moyen terme et à sa valeur en tant que norme de déclaration sérieuse et crédible ». Le document plaide notamment pour des rapports contenant revenus et paiements détaillés plutôt que des données agrégées. Ou encore pour faire figurer à côté des chiffres publiés par les États les informations correspondantes communiquées aux parlements ou aux organismes internationaux, pour vérifier leur cohérence.

    Au-delà de la qualité des rapports, l'EITI souffre également de l'absence des États les plus riches en ressources. Au sein de l'OPEP, par exemple, seul le Nigeria et l'Irak ont fait acte de candidature. Idem, les compagnies pétrolières publiques, assises sur plus de 90 % des réserves mondiales d'hydrocarbures, ne sont pour la plupart pas représentées au sein de la coalition. O. H.


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