• Le basculement de la richesse vers les pays du Sud et de l'Est s'accélère

    Le basculement de la richesse vers les pays du Sud et de l'Est s'accélère

    Les pays industrialisés de l'OCDE ne pèseront que 43 % du produit brut mondial en 2030, contre 60 % en 2000

     

    L'axe économique du monde est en train de changer au détriment des pays riches, qui perdent du terrain sur ceux lancés à leur poursuite. Les pays de l'Organisation de développement et de coopération économiques (OCDE) pesaient 60 % du produit brut mondial en 2000, 51 % en 2010 et n'en représenteront plus que 43 % en 2030.

    Les cartes publiées par le Centre de développement de l'OCDE dans son rapport " Le Basculement de la richesse " du mercredi 16 juin le prouvent, les pays non-membres de cette organisation - dits en développement - voient leur retard sur le havre d'opulence occidentale se combler à toute allure.

    La catégorie des pays riches ne s'étend guère, tandis que celle des pays convergents se développe spectaculairement, la Chine ayant été rejointe, dans ce statut, par la quasi-totalité de l'Asie. Le nombre des pays qui connaissent une croissance deux fois supérieure à celle des membres de l'OCDE est passé dans les années 2000 de 12 à 65. Les pays répertoriés comme très pauvres ne sont plus que 25, contre 55 dans les années 1990.

    Les pays en développement détenaient, en 2008, 4 200 milliards de dollars (3 400 milliards d'euros) de réserves, soit une fois et demie la somme détenue par les pays industrialisés. De 1990 à 2008, le commerce mondial a été multiplié par quatre, mais le commerce entre pays du Sud l'a été par dix et le premier partenaire commercial du Brésil, de l'Inde et de l'Afrique du Sud est désormais la Chine.

    Le rapport du Centre de développement de l'OCDE fait apparaître un premier phénomène : la Chine est en tête, mais le peloton des pays en convergence avec les pays développés est de plus en plus fourni. On y trouve de façon surprenante une bonne partie de l'Afrique subsaharienne et toute l'Asie du Sud-Est, deux régions laissées pour compte lors de la dernière décennie.

    Deuxième enseignement : la crise a été " un accélérateur " de ce rattrapage, souligne le rapport, car les pays de l'OCDE sont tous tombés en récession, à l'exception de l'Australie, de la Corée du Sud et de la Pologne. Pendant ce temps-là, les pays en développement poursuivaient une croissance à peine ralentie par le recul de la demande occidentale." Et ce n'est pas transitoire ", préviennent les auteurs, ce que confirment les taux de croissance actuels de la quasi-totalité des pays en développement.

    La première cause de ce basculement remonte aux années 1990, lorsque 1,5 milliard de travailleurs chinois et indiens ont fait irruption sur le marché mondial avec des coûts de main-d'oeuvre imbattables, permettant à leur pays de développer leurs exportations et de passer de l'état de débiteurs nets à celui de créanciers nets.

    C'est au cours des années 2000 que cet enrichissement a profité au reste des pays en développement. La croissance des pays convergents a multiplié leurs importations de produits de base (énergie, métaux) en provenance des pays d'Afrique, du Moyen-Orient et d'Amérique latine, qui ont profité de la redistribution de cette manne. Un point de croissance supplémentaire de la Chine génère 0,2 point de croissance chez les pays pauvres et 0,3 point chez les économies à revenus intermédiaires.

    La première conséquence de cette heureuse diffusion de capitaux a été un réel recul de la pauvreté. Depuis 1990, le nombre des personnes vivant avec moins d'un dollar et demi par jour a diminué d'un quart, soit de 500 millions.

    La deuxième conséquence est moins réjouissante : les inégalités s'accroissent dans les pays convergents et tous les calculs montrent que celles-ci constituent un frein au développement lui-même. C'est pourquoi deux des auteurs du rapport, Johannes Jütting et Andrew Mold, insistent sur la nécessité, pour ces pays, de mettre en place des embryons de systèmes de protection sociale. " L'Inde, la Chine ou le Vietnam ont les moyens de mettre en place des systèmes de redistribution dont ont besoin leurs classes moyennes et devraient s'inspirer des mécanismes inventés dans d'autres pays du Sud ", préconisent-ils. Par exemple, au Brésil ou au Mexique, où sont apportés des revenus complémentaires aux familles pauvres qui scolarisent leurs enfants.

    Reste que la perspective d'être rattrapés en termes de niveau de vie par des pays considérés hier avec une certaine commisération pourrait faire redouter un " déclin de l'Occident ". Pour combattre une telle crainte, qui risque d'inspirer des réflexes protectionnistes, MM. Jütting et Mold affirment que ce rattrapage " n'est pas dangereux : le gâteau mondial va s'accroître, ce qui veut dire que lorsque l'Inde et la Chine basculeront vers la société de consommation, tout le monde en profitera ".

    Alain Faujas


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