• Le bras de fer s’engage

    Le bras de fer s’engage

    Les Etats-Unis ne peuvent pas regarder sans broncher la Chine se préparer à devenir la première puissance mondiale. Obama veut conserver la haute main.

    11.02.2010 | Xue Litai* | Shun Po (Hong Kong Economic Journal)


    Obama, le Dalaï-lama et le dragon chinois
    © Dessin de Hachfeld paru dans Neues Deutschland, Berlin.

    Dans son discours sur l’état de l’Union, le président Barack Obama a déclaré qu’il n’accepterait pas “une deuxième place pour les Etats-Unis”. Il a cité à deux reprises le nom de la Chine, sans chercher à la rabaisser ni à l’accuser. Les observateurs, dans leurs analyses, ont relevé que le refus du président d’accepter la perspective d’un tel recul des Etats-Unis équivalait de sa part à lancer une sorte de défi à la Chine. J’estime quant à moi qu’il faut aller plus loin et, à mes yeux, Obama a voulu dire à la Chine : “Je ne vous laisserai pas devenir le numéro un mondial !”

    Le PIB chinois pourrait bien avoir dépassé celui du Japon en 2009 et faire passer la Chine au rang de deuxième puissance économique mondiale. Ces dernières années, les capacités militaires chinoises ont également connu une progression fulgurante. D’où l’inquiétude – et même le refus – du président Obama de voir son pays risquer de rétrograder en deuxième position. D’où, également, l’immense fierté du peuple chinois et de nombre de ses dirigeants.

    Les déclarations du président Obama visant la Chine reflètent en fait un état d’esprit devenu commun aux élites américaines quant aux conséquences de l’émergence de la Chine. Si celle-ci s’est effectivement assuré la position de numéro deux, les Etats-Unis et toute l’élite occidentale en tireront la même conclusion : la Chine va devenir très vite une nouvelle superpuissance disputant l’hégémonie aux Etats-Unis. Et cela quelles que soient les explications et les promesses des dirigeants chinois et de leurs services de propagande.

    Le 20 janvier, alors qu’il était en visite en Inde, le secrétaire à la Défense américain, Robert Gates, a déclaré que les Etats-Unis souhaitaient mener avec la Chine des négociations sur le désarmement nucléaire “de type guerre froide”, afin d’éviter tout affrontement militaire. Il a souligné que les négociations qui avaient été engagées entre les Etats-Unis et l’Union soviétique pour réduire leur arsenal militaire stratégique avaient contribué de façon très importante à diminuer les malentendus entre les deux parties et qu’il serait “dans l’intérêt de la sécurité de toute la planète” qu’un dialogue similaire soit entamé avec la Chine. Des chercheurs chinois estiment que Washington reconnaît ainsi la Chine en tant que superpuissance militaire. Je ne suis pas de cet avis. Selon moi, ces propos montrent simplement que Washington traite la Chine comme un numéro deux à prendre au sérieux.

    Que ce soit dans l’histoire de la Chine ou dans celle du monde, lorsqu’une nation a occupé de façon durable le deuxième rang mondial, le numéro un n’a jamais supporté de lui céder la prééminence, même quand les deux premières nations appartenaient à un même camp. Une lutte à mort a semblé inévitable, le monde entier étant confronté soit à une guerre froide sans fin, soit à une guerre d’une barbarie inouïe. A l’époque de la guerre froide, l’ensemble du monde occidental faisait bloc contre l’Union soviétique. En effet, les Etats-Unis considéraient que l’Union soviétique était devenue une superpuissance susceptible de faire vaciller leur leadership sur le monde. Si les deux parties n’avaient pas trouvé insupportables les conséquences tragiques d’une guerre nucléaire, une troisième guerre mondiale aurait sans doute éclaté. Cependant, en près d’un demi-siècle, le monde occidental“progresse de manière séparée en attaquant ensemble” , que ce soit sur le plan politique, économique, militaire ou idéologique, ce qui a abouti finalement à l’effondrement de l’Union soviétique. Les politologues occidentaux, quand ils jugent la menace que peut constituer tel ou tel pays émergent, se fondent sur la force globale dont dispose ce pays, et non sur ses intentions à une période donnée. La puissance est une donnée objective alors que les intentions finales sont difficiles à appréhender et peuvent varier au gré de l’alternance des dirigeants au pouvoir.

    L’émergence d’un pays peut toujours être considérée comme une menace

    Pour ces spécialistes, le fait que la Chine soit devenue “l’atelier du monde”, qu’elle soit membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et qu’elle soit également un pays doté de la force nucléaire ayant une influence considérable dans la zone Asie-Pacifique constitue le triple pilier sur lequel la Chine bâtit son émergence. Dans peu de temps, elle devrait devenir une superpuissance capable de rivaliser au sommet avec les Etats-Unis. C’est sur cette constatation que repose la théorie de la “menace chinoise” qui a cours dans les pays occidentaux. En résumé, ceux-ci redoutent les conséquences de l’émergence de la Chine, et non de la façon dont elle émerge.

    En Occident, on entend souvent dire qu’une grande puissance émergente est synonyme de menace émergente. Mais les hauts dirigeants et chercheurs chinois soulignent toujours que la Chine émerge, certes, mais de manière pacifique. Ne sous-estimeraient-ils pas l’intelligence des stratèges occidentaux ? Comment les Etats-Unis pourraient-ils regarder sans broncher la Chine devenir la première puissance mondiale ? Il existe deux solutions : soit ils transforment leurs inquiétudes en dynamique et lancent une nouvelle révolution industrielle, soit ils cherchent à entraver l’avancée de la Chine. Ou ils mènent ces deux actions de front. Les beaux jours du dé­ve­loppement de la Chine sont passés.


    * Chercheur au Centre de recherches sur la sécurité et la coopération internationale de l’université Stanford, en Californie.


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