• Le Brésil tente de contrôler l'envolée de sa croissance

    Le Brésil tente de contrôler l'envolée de sa croissance

    Au premier trimestre, le produit intérieur brut a progressé de 9,84 % et le pays a créé près d'un million d'emplois
    Rio de Janeiro Correspondant
     

     

    Allegro ma non troppo : tel est le tempo que le gouvernement brésilien souhaite imprimer à la croissance de l'économie nationale. Or, depuis quelques mois, celle-ci progresse trop vite et court les risques d'une surchauffe à la chinoise.

    Frappé tardivement par la crise mondiale, le Brésil fut l'un des premiers pays à s'en délivrer. Et de quelle manière ! Après avoir subi un léger recul du produit intérieur brut (PIB) de 0,2 % en 2009, son économie caracole à nouveau, et plus rapidement qu'avant la crise.

    Selon une projection de la banque centrale, la croissance a fait un bond de 9,84 % au cours du premier trimestre par rapport à la même période de 2009, et de 2,38 % par rapport à la période octobre-décembre 2009. L'économie pourrait croître de 6 % à 7,5 % en 2010, un record sur les vingt-cinq dernières années.

     

    Les signes de surchauffe sont visibles. Principal moteur de la croissance, la consommation intérieure tourne à plein régime. Elle est entretenue par la fièvre d'achats des quelque 25 millions de Brésiliens qui ont depuis dix ans rejoint la classe moyenne et découvert les charmes du crédit. Au premier trimestre, le commerce a augmenté de 13 %.

    En trois mois, le Brésil a créé près d'un million d'emplois. Il devrait en créer 2,5 millions en 2010 sur un marché qui reste tendu à cause de la pénurie de main-d'oeuvre qualifiée dans certains secteurs en plein essor, comme l'industrie pétrolière. De janvier à mars, plus de 11 000 visas de travail ont été accordés à des étrangers, un chiffre en hausse de 16 %.

    Les importations destinées à satisfaire la demande intérieure en biens d'équipement et en produits industriels devraient, pour la première fois depuis 2000, dépasser les exportations, constituées, pour l'essentiel, de matières premières agricoles et minières, notamment à destination de la Chine, premier client du Brésil.

    Pour prévenir l'aggravation du déficit de la balance des paiements, le gouvernement vient d'adopter une série de mesures d'aide aux exportateurs, pénalisés de surcroît par la trop forte valeur du real, la monnaie nationale.

    Mais ce qui inquiète surtout les dirigeants, c'est le réveil de l'inflation, ce fléau qui a tant ravagé l'économie du Brésil dans le passé. La hausse des prix atteint 5,3 % depuis un an, et devrait être de 5,5 % en 2010, soit un point de plus que l'objectif officiel (4,5 %). Pour le président, Luiz Inacio Lula da Silva, il est politiquement impératif de contenir l'inflation, la pire ennemie des pauvres.

    D'où la décision prise par la banque centrale, fin avril, de relever de 0,75 point son taux directeur, à 9,50 %. Une première depuis près de deux ans, qui devrait être suivie par d'autres augmentations. Avec pour souci d'agir en douceur pour ne pas trop " refroidir " l'économie.

    Cette mesure ponctuellement indispensable ne remet pas en question, à long terme, la baisse progressive des taux qui, en termes réels, sont passés de 20 % en 2003 à 5 % aujourd'hui. Ces taux restent très attractifs pour les spéculateurs étrangers, séduits par le Brésil, depuis que les agences de notation en ont fait, en 2008, un " pays sûr ".

    En 2010, les investissements directs étrangers devraient atteindre le chiffre record de 45 milliards de dollars. A la Bourse de Sao Paulo, ils sont supérieurs aux investissements des institutions et des personnes physiques.

    Et pourtant, si le Brésil approche de la surchauffe, c'est qu'il n'investit pas assez dans son appareil productif. Il épargne également trop peu : 19 % de son PIB (contre 40 % en Chine). Luciano Coutinho, président de la Banque de développement économique et social (BNDES), estime à 25 % les taux d'investissement et d'épargne souhaitables pour que le Brésil puisse affronter une croissance annuelle de 10 %.

    Cet argent devrait financer le développement des infrastructures, notamment routières et portuaires, qui saturent, et l'amélioration de l'enseignement public et professionnel, dont la faiblesse limite les gains de productivité. Faute de quoi, le pays risque de manquer encore plus de machines, d'espace et de main-d'oeuvre qualifiée.

    En attendant, pour freiner la demande, le gouvernement a aboli les " carottes " fiscales instaurées pendant la récession pour doper la consommation. Il a annoncé 17 milliards de dollars (13,3 milliards d'euros) de coupes dans les dépenses publiques. Mais, sur ce terrain de l'austérité, sa marge de manoeuvre budgétaire est réduite en cette année d'élection présidentielle.

    Il y a quelques jours, à Madrid, le président Lula célébrait " le moment magique " que vit l'économie brésilienne. Pour que cette magie dure, il n'est ni souhaitable ni raisonnable que celle-ci croisse cette année au-delà de 6 %.

    " Nous ne voulons pas voler au-delà de ce qui était programmé ", résumait le ministre de la planification, Paulo Bernardo. Rassurant, le ministre de l'économie, Guido Mantega, rajoutait en plaisantant : " Après tout, contrôler la surchauffe est une tâche plutôt agréable. " Une tâche que beaucoup de ses homologues, ici ou là, lui envient.

    Jean-Pierre Langellier

    • Petrobras, première société d'Amérique latine

      La compagnie pétrolière

      brésilienne Petrobras est l'entreprise qui a dégagé, en 2009, le plus gros bénéfice d'Amérique latine (13,4 milliards d'euros), selon l'agence spécialisée Economatica. Autre groupe brésilien, le minier Vale (4,748 milliards d'euros) est au troisième rang. Créée en 1953, Petobras est aussi la première firme du Brésil, et la troisième de tout le continent américain par sa capitalisation boursière. Présente dans 28 pays, elle s'est notamment développée dans l'exploitation de pétrole en eaux très profondes (plus de 7 000 mètres). Fin 2007, Petrobras a découvert, au large des côtes sud-est du Brésil, des gisements géants qui pourraient contenir quelque 50 milliards de barils de brut.


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