• Le couple infernal inflation-déflation

    éditorial par Jean-Marc Vittori

    Le couple infernal inflation-déflation  

    Il est des pays où l’inflation menace. C’est le cas de l’Inde, qui a relevé ses taux d’intérêt hier pour la deuxième fois un en mois alors que la hausse des prix frôle 10 %. C’est le cas de la Chine, qui relève les siens depuis le début de l’année. Dans ces pays qui font à eux deux plus du tiers de la population mondiale, la hausse des prix alimentaires menace de fragiles équilibres politiques. La Norvège et l’Australie ont aussi basculé dans le paysage du resserrement monétaire, le Brésil et le Canada devrait y venir bientôt. L’image d’une planète plongée dans la déflation s’éloigne. La croissance mondiale dépassera 3 % cette année, comme le confirmera demain le FMI. Ce dynamisme se retrouve sur la demande de matières premières, repartie de plus belle. Les mines de métaux tournent au maximum, et il n’y aura pas d’ouverture significative de nouvelles exploitations dans les trois années à venir. Les cours risquent donc de continuer à s’apprécier, comme on le voit pour le pétrole. L’une des grandes sources de l’inflation va donc couler abondamment.Il y a aussi des pays où l’inflation va bientôt redevenir un souci. C’est le cas des Etats-Unis, qui sortent vigoureusement de la récession. La résurgence de tensions sur les prix va poser à la Réserve fédérale un grave dilemme, que l’on sent déjà poindre. Un remballage trop rapide de l’arsenal déployé pour lutter contre la crise et une hausse précoce des taux d’intérêt pourraient replonger Wall Street dans la tourmente. En 1994, une hausse mal anticipée des taux avait provoqué un krach obligataire qui avait traumatisé Alan Greenspan. Celui qui était alors président de la Fed n’a jamais pu ensuite se résoudre à relever franchement les taux.Il est enfin des pays où l’inflation est hors champ. C’est le cas d’une Europe toujours anémiée où la hausse des prix dépasse à peine 1 %. Des usines ferment et celles qui survivent pourraient produire davantage – un tiers de plus par exemple dans l’industrie française. Cette divergence des prix reflète bien sûr un formidable découplage entre les pays. Mais elle révèle aussi une économie mondiale où chaque pays peut basculer entre deux périls. D’un côté, le versant de l’inflation avec une demande très forte des émergents couplée à des goulets d’étranglement sur la production de matières premières. De l’autre, le versant de la déflation avec le dégonflement à venir des excès de dettes, des milliers d’usines en déshérence et des dizaines de millions d’actifs au chômage. Le basculement de l’un à l’autre peut être brutal. Dur métier que celui de banquier central.


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